Stocks de sang au plus bas: « J’ai reçu un SMS de l'EFS pour donner mon sang, alors je suis venu »

REPORTAGE L’Etablissement français du sang appelle tous ceux et celles qui le peuvent à venir donner leur sang, alors que les réserves sont au plus bas depuis le déconfinement

Anissa Boumediene

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Confortablement installés, celles et ceux qui donnent leur sang peuvent contempler les hauts plafonds dorés des salons de l'Hôtel de Ville de Paris, où l'EFS organise une collecte jusqu'au 14 juin.
Confortablement installés, celles et ceux qui donnent leur sang peuvent contempler les hauts plafonds dorés des salons de l'Hôtel de Ville de Paris, où l'EFS organise une collecte jusqu'au 14 juin. — A. Boumediene / 20 Minutes
  • Depuis le déconfinement, les dons du sang sont en chute libre et les réserves sont passées sous le seuil d’alerte.
  • Dans le même temps, les interventions chirurgicales non-urgentes ont repris, et les besoins en produits sanguins ont de nouveau augmenté.
  • L’Etablissement français du sang appelle les donneurs à se mobiliser et organise notamment une collecte jusqu’à dimanche dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris.

Assis sur un plot en béton, Maxime prend le soleil en attendant l’heure de son rendez-vous. Dans un quart d’heure, l’étudiant de 23 ans ira donner son sang dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris, mis à disposition de l’Etablissement français du sang (EFS), qui y organise jusqu’à dimanche une collecte*. Et il y a urgence.

Conséquence de la crise du coronavirus, l’EFS n’a pas pu ériger son village éphémère sur le parvis, comme il l’avait fait l’année dernière à l’occasion de la journée mondiale du don du sang, dont l’édition 2020 a lieu ce dimanche. Conséquence supplémentaire : depuis le déconfinement, les dons sont en chute libre et les stocks sont si bas qu’ils risquent de ne pas couvrir les besoins qui, eux, ont augmenté.

Masque et gel hydroalcoolique pour tout le monde

Une fois passé le portique de sécurité, une bénévole vérifie le nom et l’heure du rendez-vous des donneurs. Puis, c’est masque et gel hydroalcoolique pour tout le monde. « Depuis le 15 mars, nous avons mis en place un protocole sanitaire spécifique, avec un système de don sur rendez-vous, une organisation nouvelle qui permet de mieux gérer le flux et limite les temps d’attente », expose le Dr François Charpentier, porte-parole de l’ESF. Evidemment, ceux qui se présentent spontanément sont accueillis.

Sous les plafonds dorés et les lustres en cristal des salons de l’Hôtel de Ville, on ne badine pas avec les gestes barrières. Les donneurs sont à bonne distance les uns des autres, et médecins, infirmiers et bénévoles sont eux aussi tous masqués. Après s’être enregistrés, donneurs et donneuses sont invités à s’asseoir et à répondre à un questionnaire sur leur état de santé. Précaution supplémentaire, un bénévole désinfecte les sièges entre chaque passage.

Entre chaque donneur, les sièges sont désinfectés par un bénévole.
Entre chaque donneur, les sièges sont désinfectés par un bénévole. - A. Boumediene / 20 Minutes

Ensuite, chacun rencontre un médecin pour un entretien médical. « Outre les questions d’usage, le médecin s’assure que les donneurs n’ont pas présenté de symptômes du Covid-19 ou de toute autre pathologie dans les jours précédents », précise le Dr Charpentier. Ainsi, Maud, jeune étudiante rentrée de l’étranger durant le confinement, devra attendre quelques jours avant de pouvoir donner son sang. « J’ai une petite douleur, alors le médecin n’a voulu prendre aucun risque et m’a conseillé de faire des examens médicaux », explique la jeune femme.

« Nos stocks sont sous le seuil d’alerte »

Nombreux sont celles et ceux qui ont répondu à l’appel, à l’instar de Mamoudou et Victor. A 19 ans, les deux jeunes hommes sont des donneurs réguliers. « On voulait venir avant le confinement, puis après, le contexte était particulier. Alors là, quand on a vu que les dons manquaient, on n’a pas hésité », indiquent-ils. « J'ai reçu un SMS de l’EFS pour donner mon sang, alors je suis venu. C’est important de rester mobilisés pour ceux qui ont besoin de notre sang. Ceux qui ont des accidents ou des maladies comptent sur nous », ajoute Mamoudou.

A seulement 19 ans, Mamoudou et Victor donnent tous les deux régulièrement leur sang.
A seulement 19 ans, Mamoudou et Victor donnent tous les deux régulièrement leur sang. - A. Boumediene / 20 Minutes

Car depuis le déconfinement, les besoins en produits sanguins sont repartis à la hausse, pour atteindre leur niveau normal. Mais les dons, eux ont chuté. « Paradoxalement, on n’a pas manqué de produits sanguins durant le confinement : beaucoup de gens sont venus donner parce qu’ils en avaient le temps et la possibilité, et qu’ils avaient envie d’aider, de se sentir utiles, note Aurore, bénévole de l’ADBS, l'association pour le don bénévole de sang à Paris, mobilisée sur les collectes durant le confinement. On a même eu beaucoup de primo-donneurs, et vu beaucoup d’anciens donneurs revenir ». Mais « depuis le 11 mai, on observe une baisse importante des dons, s’inquiète le Dr Charpentier. Avec la crise sanitaire, nous avons perdu une partie de notre territoire de collecte ». En pratique, depuis le mois de mars, « les universités, les lycées professionnels, tous les lieux de collecte installés dans l’enseignement supérieur, mais aussi les entreprises et les administrations, tout a fermé », décrit le médecin.

Depuis près de trois mois, l’EFS est ainsi privée d’une source précieuse. « Les collectes en entreprise représentent d’habitude 30 % des prélèvements réalisés en Ile-de-France, ce qui est très important. Et avec le télétravail qui est privilégié et les universités qui n’ont pas rouvert leurs portes, nous redoutons une baisse durable des dons au moins jusqu’au mois de septembre. D’où l’importance de mobiliser un maximum de donneurs et donneuses sur les collectes existantes ». Et il y a urgence : « nos stocks sont sous le seuil d’alerte, le déficit se creuse entre la baisse des dons et les besoins, notamment du fait de la reprise des greffes et de nombreuses interventions chirurgicales ».

« Passez le mot à vos proches pour qu’ils viennent donner »

Alors, sous les hauts plafonds de l’Hôtel de Ville, bénévoles et soignants s’affairent pour accueillir un maximum de donneurs. « Nous pouvons en recevoir ici 360 chaque jour », assure Aurore. Et puisqu’il faut attendre au moins huit semaines entre deux dons, anciens et nouveaux donneurs sont plus attendus que jamais pour assurer les besoins constants. D’où la présence de Marie, qui vient de donner son sang et s’accorde une petite collation. « J’ai longtemps donné, puis j’ai arrêté quand je suis devenue maman, par manque de temps. Avant le confinement, j’avais prévu d’aller à une collecte au Parc des Princes finalement annulée à cause du coronavirus. Pendant le confinement, j’ai fait l’école à la maison, donc là encore, j’ai manqué de temps. Mais là, la reprise de mon activité d’avocate est assez calme, et comme mon mari est soignant, nos filles ont pu retourner à l’école, donc c’était l’occasion parfaite. Je me suis inscrite la semaine dernière, et j’ai choisi un créneau qui me laisse le temps d’aller chercher mes filles à l’école. C’est très bien organisé, et très agréable de donner dans ce beau décor ! »

Après l'effort, le réconfort, le temps d'une petite collation bien méritée.
Après l'effort, le réconfort, le temps d'une petite collation bien méritée. - A. Boumediene / 20 Minutes

Une fois repris des forces, les donneurs rejoignent la sortie. Mais seulement après avoir croisé Muriel, bénévole, qui les invite à remettre un masque et du gel hydroalcoolique, avant de leur remettre quelques goodies pour les remercier de leur don.

En partant, les donneurs croisent Muriel, bénévole, qui leur remet quelques goodies pour les remercier de leur don.
En partant, les donneurs croisent Muriel, bénévole, qui leur remet quelques goodies pour les remercier de leur don. - A. Boumediene / 20 Minutes

Elle assure même une mission de communication : « Allez sur vos réseaux sociaux et passez le mot à vos proches pour qu’ils viennent donner ».

* Collecte de l’Etablissement français du sang à l’Hôtel de Ville de Paris, 5 rue de Lobeau, de 13h à 19h, sur rendez-vous. Mais aussi partout en France.