Coronavirus : Des tests sérologiques remboursés à 100 %, mais à quelles conditions, et pour quel intérêt ?

BESOIN DE SAVOIR Depuis le 29 mai, les tests sérologiques pour savoir si l’on a contracté le coronavirus peuvent être prescrits par un médecin

Anissa Boumediene

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Un test sérologique permet de savoir si l'on a contracté le coronavirus et si l'on est immunisé contre la maladie.
Un test sérologique permet de savoir si l'on a contracté le coronavirus et si l'on est immunisé contre la maladie. — CATHERINE KOHLER/SIPA
  • Les tests sérologiques permettent de déterminer si l’on a été en contact avec le coronavirus et si l’on a développé des anticorps.
  • Désormais, il est possible de se faire prescrire par son médecin un test sanguin, mais selon des critères déterminés par le ministère de la Santé.
  • Si ces tests sanguins présentent un intérêt individuel certain, leur intérêt collectif reste à démontrer.

Ils devaient être un outil majeur dans la stratégie de déconfinement. Grâce aux tests sérologiques, les personnes immunisées auraient pu décrocher un « passeport d’immunité ». Mais ça, c’était avant que l’Institut Pasteur ne dévoile ses estimations fin avril, selon lesquelles environ 5,7 % de la population française aurait contracté le Covid-19 d’ici à la fin du confinement. Depuis, l’espoir d’une immunité collective s’est évaporé et cet outil a perdu quelque peu de son intérêt. Mais les tests sérologiques sont loin d’être inutiles pour autant.

Le 28 mai, le gouvernement annonçait le remboursement par la Sécurité sociale de ces tests sanguins, qui recherchent la présence d’anticorps indiquant si une personne a été confrontée au Covid-19. Mais à condition qu’ils aient été prescrits par un médecin. Mais quels sont les critères de prise en charge ? Quel intérêt ces tests présentent-ils ? Et quels risques induisent-ils ?

« Je veux savoir si j’ai eu le Covid-19 et si je suis immunisée »

« Pratiquer le test n’a de sens que pour les personnes qui ont présenté des symptômes ou qui, en raison de leur profession, étaient particulièrement exposées au coronavirus. C’est notamment le cas des personnels soignants et des personnels exerçant en Ehpad », insiste le ministère de la Santé.

Marine, qui travaille dans une crèche municipale francilienne, attend le résultat de son test sérologique, pris en charge pour l’ensemble de ses collègues. « J’ai eu des symptômes du coronavirus au début du confinement. Depuis, je me pose la question de savoir si j’ai ou non contracté la maladie, donc je suis bien contente que mon boulot prenne en charge le test, confie la jeune femme. Je veux savoir si j’ai eu le Covid-19 et si je suis immunisée. J’espère presque que le résultat soit positif, pour me sentir plus tranquille. Ici, évidemment, tout le personnel porte un masque, mais la distanciation physique est impossible et on s’occupe de bébés ! On ne leur fait plus de bisous, mais on les a tout le temps dans les bras, on joue avec eux, on les change. C’est important de faire ce test pour être sûre que je ne représente pas un risque pour moi-même, pour les petits et pour mes collègues ».

« Je n’ai aucune raison de refuser le test »

Comme Marine, nombreux sont celles et ceux qui veulent savoir. « Je comprends ces questionnements, mais on ne peut probablement pas généraliser leur utilisation tant qu’on n’a pas plus d’informations sur la corrélation entre niveau d’anticorps et protection, et sur la durée de la protection », explique le Pr Christophe D’Enfert, directeur scientifique de l’Institut Pasteur, où a été évaluée la performance des tests homologués et pris en charge par l’Assurance maladie.

« Curieusement, assez peu de patients viennent me consulter pour se faire prescrire un test sérologique, constate le Dr Jacques Battistoni, médecin généraliste et président du syndicat MG France. Evidemment, si un patient me consulte parce qu’il pense avoir eu les symptômes du coronavirus et veut savoir avec certitude s’il l’a eu, je n’ai aucune raison de le lui refuser. Beaucoup sont dans ce cas, avec pour certains des risques de séquelles, notamment d’atteinte respiratoire, de fibrose pulmonaire ». Depuis quelques semaines, nombre de personnes se plaignent de symptômes persistants. Pour elles, qui ont développé des symptômes compatibles avec le coronavirus au mois de mars, période où les tests – PCR ou sérologiques – étaient peu pratiqués, le besoin de lever l’incertitude se fait de plus en plus sentir.

Des critères précis de remboursement

Et elles seraient en droit de s’en voir prescrire, selon les critères de remboursement bien précis établis par le ministère. « Pour confirmer le fait qu’une personne est infectée, dès lors qu’elle présente des symptômes, mais qu’un premier test par PCR s’est révélé négatif. Les tests sérologiques interviennent alors en complément de diagnostic », indique-t-on avenue de Ségur. Le test sera également remboursé s’il est prescrit « a posteriori, alors que la personne ne présente plus de symptômes et n’a jamais été testée positive par PCR, pour confirmer qu’elle a bien été infectée par le virus et permettre ainsi, par exemple, d’éviter des complications ultérieures ».

C’est également pris en charge « pour les personnels de santé ou qui exercent en structure médicale ou médico-sociale, compte tenu de l’exposition particulière au virus qui a pu être la leur et du fait qu’ils interviennent au contact de personnes fragiles », indique le ministère de la Santé. « En outre, les tests sérologiques sont utiles aux soignants notamment pour la reconnaissance du Covid-19 comme maladie professionnelle », complète le Dr Battistoni.

Principe de précaution et gestes barrières malgré tout

Mais même en cas de résultat positif, est-on sûr d’être efficacement immunisé ? Des doutes sur l’effet et la durée des anticorps ont rapidement été émis par les chercheurs. Mais les connaissances scientifiques ont progressé ces dernières semaines. Fin mai, une étude de l’Institut Pasteur menée auprès du personnel hospitalier des deux sites des Hôpitaux Universitaires Strasbourg a montré que même les patients atteints de formes mineures développaient des anticorps et que ces anticorps parvenaient à neutraliser le virus en laboratoire. Mais « on ne sait toujours pas formellement si cette activité neutralisante est associée à une protection contre la réinfection », souligne le Pr Schwartz, responsable de l’unité virus et immunité de l’Institut Pasteur.

Dans le doute, le principe de précaution est de mise, d’autant que même si un test sérologique positif garantissait l’absence de risque personnel, il n’autorise pas pour autant à baisser la garde. « Si vous serrez la main de quelqu’un qui est malade, même si vous-même ne tombez pas malade, vous pouvez ensuite serrer d’autres mains ou déposer du virus sur des surfaces et ainsi contaminer d’autres personnes », a averti le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Un intérêt collectif à démontrer

Attendus par de nombreux patients, les tests sérologiques peinent à faire la preuve de leur intérêt collectif. « Ils ont un intérêt individuel de curiosité satisfaite, mais au-delà, ils ne débouchent pas sur des mesures pratiques, donc ne présentent pas de réel intérêt collectif, estime le Dr Battistoni. Ce serait le cas si des études sérologiques étaient menées à des fins épidémiologiques, dans des zones géographiques données, et sur des échantillons statistiquement représentatifs de la population, suggère-t-il. Or, j’ai l’impression que ce n’est aujourd’hui pas le cas, ce qui me surprend. Début mai, peu avant le déconfinement, j’ai interrogé le Conseil scientifique sur la question de la stratégie d’utilisation des tests sérologiques, pour savoir si une politique nationale allait être mise en place. J’ai l’impression qu’on n’a jamais vraiment su quoi faire de ces tests. Il manque une réflexion de fond sur les outils diagnostics et leur utilisation optimale. Donc on n’en fait rien, on laisse les patients s’autoprescrire le test sérologique en quelque sorte. Et c’est tout ».

Pour le médecin généraliste, « un dépistage d’ampleur pour évaluer la prévalence du coronavirus dans la population serait très intéressant ». Sur le modèle de l’étude épidémiologique menée par l’Institut Pasteur à Crépy-en-Valois (Oise), l’un des premiers foyers épidémiques français de Covid-19.

Une étude épidémiologique d’ampleur vient ainsi d’être lancée par la ville de Nice (Alpes-Maritimes), qui propose à 18.000 volontaires un test sanguin gratuit.