Coronavirus : Persistance des symptômes, rechute… Pour certains patients, c’est le Covid sans fin

MALADIE Certains patients ayant développé une forme bénigne du coronavirus décrivent des symptômes persistants ou qui réapparaissent plusieurs semaines après leur contamination

Anissa Boumediene

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De plus en plus de patients ayant développé les signes compatibles avec une forme bénigne du coronavirus décrivent un phénomène de persistance des symptômes ou de rechute.
De plus en plus de patients ayant développé les signes compatibles avec une forme bénigne du coronavirus décrivent un phénomène de persistance des symptômes ou de rechute. — Baleydier/SIPA
  • Pour la majorité des patients développant une forme peu grave du Covid-19, les symptômes disparaissent une à deux semaines après leur apparition.
  • Pour certains toutefois, les signes de la maladie réapparaîtraient au bout de plusieurs semaines, alors qu’ils se croyaient guéris.
  • D’autres décrivent des « rechutes », et se demandent s’ils n’ont pas contracté le virus une deuxième fois. Mais est-ce possible ?

Etre malade du coronavirus. Guérir. Croire que la maladie est derrière soi. Puis en développer à nouveau les symptômes, et se demander si, un jour, on sera enfin débarrassé de ce satané Covid-19. Sur Twitter, l’apparition des hashtags #aprèsJ20 et #aprèsJ60 a ouvert un espace de parole sur lequel nombre de patients, souvent des femmes jeunes, partagent leur désarroi. Soit face à des symptômes qui les accablent depuis de longues semaines, soit face une deuxième vague de symptômes, leur faisant craindre une réinfection.

Beaucoup se demandent alors s’il y a bien un lien avec le Covid-19, ou si leur esprit leur joue des mauvais tours. Or, selon une étude menée par le King’s College London, environ 5 % des patients infectés seraient dans ce cas. Près d’un patient sur 20 ressentirait encore les symptômes de la maladie un mois, voire près de trois mois après son apparition. Mais comment expliquer ce phénomène ? Cela signifie-t-il que l’on peut attraper le coronavirus une deuxième fois ? Et quand faut-il s’inquiéter de la persistance de ces symptômes ?

Des symptômes éprouvés pendant plusieurs semaines

Fatigue intense, fièvre, courbatures, sensation d’oppression et de gêne respiratoire : les symptômes classiques du Covid-19 sont généralement ressentis durant une à deux semaines après leur apparition, ce qui correspond à la durée moyenne de la maladie pour les formes les plus bénignes. La perte du goût et de l'odorat, elle, peut durer plus longtemps, avant de s’estomper progressivement. Pourtant, une fraction de patients décrivent la persistance des symptômes. « Essoufflement, tachycardie (…), conjonctivite et mal aux ganglions du cou persistant », décrit sur Twitter une jeune femme de 34 ans. Courbatures, grosse fatigue et essoufflement au moindre effort, décrit sur le réseau social une autre femme, qui a « l’impression d’étouffer » encore plusieurs semaines après sa contamination. Et les témoignages similaires sont nombreux.

« Aujourd’hui, on voit de plus en plus en consultation des patients, notamment des femmes jeunes en bonne santé, qui ont développé des symptômes compatibles avec le Covid-19 et qui s’adressent à nous parce que, 30 à 45 jours plus tard, elles se plaignent de nouveau de ces symptômes », confirme à 20 Minutes le Dr Benjamin Davido, infectiologue à  l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) et médecin référent de crise  Covid-19.

Dermatologue à Paris, le Dr Catherine Oliverès-Ghouti reçoit des patients manifestant des symptômes cutanés du Covid-19 « depuis un bon moment, notamment une patiente qui avait une forme d’urticaire depuis plus de trois semaines, et qui avait développé quelques semaines auparavant les premiers symptômes du Covid-19. Et j’en reçois encore au cabinet ou en téléconsultation qui, plusieurs semaines après les premiers signes de la maladie, viennent me voir pour un trouble dermatologique et font par ailleurs état de douleurs musculaires, articulaires et névralgiques, qui font partie des symptômes persistants décrits par de nombreux patients Covid ».

Une impression de « rechute »

Pour d’autres, le schéma a d’abord été classique. Une quinzaine de jours difficiles, avant d’avoir le sentiment de se sentir mieux, d’être guéri, de retrouver peu à peu son énergie. Puis de décrire une « rechute », une deuxième vague de symptômes. C’est le cas de Julie, 35 ans, qui a éprouvé les premiers symptômes de la maladie au mois de mars, « quelques jours avant le début du confinement. J’ai eu fièvre, toux, courbatures partout, maux de tête, et une fatigue intense que je n’avais jamais ressentie avec d’autres virus. Je dormais 16 heures par jour et je me sentais encore épuisée, se souvient la jeune femme. Puis c’est passé, mais la fatigue, elle, est restée, alors qu’avec le confinement et le télétravail, j’avais la possibilité de dormir davantage et d’éviter la fatigue des transports en commun. Et j’étais essoufflée très vite, se souvient-elle ». Au début, Julie n’y voit rien d’anormal et met cela sur le compte du stress lié au confinement. « Puis, un mois et demi plus tard, j’ai de nouveau un pic de fatigue, des migraines horribles et des douleurs musculaires et cervicales qui m’empêchaient de travailler. Là, je me suis posé des questions : était-ce lié au Covid-19 ? Est-ce que je m’écoutais un peu trop ou bien devenais-je folle ? C’est très déroutant d’être dans l’inconnu comme ça, d’être jeune et en bonne santé et de se demander si cette cochonnerie va enfin être derrière nous pour de bon ».

« Beaucoup de ces patients décrivant ce phénomène persistant n’ont pas été dépistés quand ils ont développé, généralement au mois de mars, leurs premiers symptômes compatibles avec le coronavirus, souligne le Dr Davido. Certains l’ont probablement eu, d’autres non. Mais il y a aussi un ensemble de facteurs psychologiques liés au stress d’un confinement totalement inédit qu’il ne faut pas négliger, et qui a induit une "désadaptation" à l’effort. Toutefois, vu l’affluence en consultation de ces patients, une partie d’entre eux a effectivement dû contracter le Covid-19. Certains se demandent s’ils l’ont contracté une seconde fois, ce qui ajoute l’inquiétude supplémentaire d’être contagieux pour leurs proches. Mais ce n’est pas le cas : ces patients-là ne sont ni réinfectés, ni contagieux. Les tests subis le confirment ».

La piste d’un « dérèglement immunitaire »

Mais comment expliquer alors que la forme bénigne de la maladie, qui on l’a dit est censée guérir le plus souvent en deux semaines, puisse durer parfois jusqu’à trois mois ? « Si le Covid-19 est une maladie émergente sur laquelle nous avons encore beaucoup à apprendre, reconnaît le Dr Davido, cela reste tout de même une maladie virale qui partage des traits communs avec d’autres virus. Comme on a pu le voir avec Zika ou le chikungunya, dans 90 % des maladies virales, les patients guérissent dans un délai de quinze jours à trois mois. Avoir des symptômes persistants du Covid-19 pendant ce délai n’est pas anormal : le syndrome post-viral est quelque chose de commun », rassure-t-il.

L’hypothèse la plus probable pour ces patients bénins décrivant un « Covid sans fin » serait celle d’un « dérèglement du système immunitaire, que l’on n’observe pas vraiment chez ceux qui ont développé des formes graves. Après le déconfinement, ces patients bénins pourraient avoir été de nouveau en contact avec le virus, qui circule toujours, et avoir développé de nouveau les symptômes, parce que la réponse immunitaire de leur organisme se réactive, sans que cela ne provoque d’urgence médicale grave », assure le Dr Davido. Il n’y aurait donc aujourd’hui pas de raison de s’inquiéter outre mesure. Mais en cas de doute ou de désagrément important, « les généralistes sont le maillon essentiel de suivi, et d’orientation, si besoin, des patients aux symptômes persistants vers l’hôpital, ou déjà vers un test sérologique, conseille le Dr Davido. Toutefois, si les symptômes persistaient au-delà de trois mois, cela pourrait être le signe d’une maladie qui prend une forme chronique, avance l’infectiologue. Pour ces patients, le coronavirus ne serait alors plus une maladie infectieuse, mais une maladie inflammatoire post-infectieuse. Mais il est trop tôt aujourd’hui pour le confirmer, les prochaines semaines vont nous en apprendre davantage ».