Coronavirus : La thrombose, seule cause de décès ? Attention à ce message viral

FAKE OFF Un message viral affirme que les décès du Covid-19 sont causés par une thrombose et que la prise d'aspirine suffit à en « guérir ». « 20 Minutes » décrypte le vrai du faux avec des spécialistes

Mathilde Cousin

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Ce post comprend plusieurs fausses affirmations.
Ce post comprend plusieurs fausses affirmations. — Capture d'écran Facebook
  • Un message partagé sur les réseaux sociaux affirme que les décès du Covid-19 sont causés par une thrombose et que la prise d’aspirine suffit à en « guérir ».
  • L’apparition de thromboses peut être une des complications de la maladie, mais elle n’est pas la seule cause. Quant à la recommandation de la prise d’aspirine dans ce cas, elle est fantaisiste.
  • Cette demande de vérification nous a été envoyée par des lecteurs de 20 Minutes.

Un nouveau message trompeur sur le Covid-19 et les effets de la maladie circule sur Facebook et sur Whatsapp. Ses auteurs, anonymes, y soutiennent, qu'« en Italie, le remède contre le coronavirus a finalement été trouvé ». Ils assurent, à tort, que le Covid-19 n’est pas un virus et expliquent que cette maladie se manifeste uniquement par l’apparition de caillots dans le sang qui « entraînent la mort du patient ».

Ce message a été partagé en plusieurs langues.
Ce message a été partagé en plusieurs langues. - Capture d'écran Facebook

Ce message, diffusé des milliers de fois sur les réseaux sociaux, a également été partagé dans des versions légèrement différentes en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni et même en Inde et aux Etats-Unis, où des fact-checkers ont vérifié son contenu.

FAKE OFF

20 Minutes démêle le vrai du faux dans chacune des affirmations présentes dans ce post avec Damien Roux, professeur en médecine intensive et réanimation et médecin à l’hôpital Louis-Mourier à Colombes.

  • Ce que dit le post : « Les médecins italiens ont désobéi à la loi sanitaire mondiale de l’OMS de ne pas pratiquer d’autopsie sur les morts du coronavirus ».

« C’est faux, l’OMS ne l’a pas interdit, on l’a fait en France, explique Damien Roux. Il y a même des publications sur des patients autopsiés. »

Qui sont ces « médecins italiens » ? Le post ne le précise pas. Toutefois, une équipe de chercheurs de Milan et de Bergame a publié le 22 avril une étude sur des patients autopsiés, qui n’a pas encore été relue par des pairs, comme le souligne l’AFP. Cette étude porte sur des échantillons de tissu pulmonaire issus de 38 personnes mortes après avoir contracté le Covid-19.

  • Ce que dit le post : « Ils [les médecins italiens] ont découvert que ce n’est pas un virus mais une bactérie qui cause la mort. Elle [la bactérie] provoque la formation de caillots dans le sang et entraîne la mort du patient. »

Avec cette phrase, les auteurs du post « essaient de mettre dans le flou la physiopathologie des symptômes, c’est-à-dire, quelles sont les causes des symptômes, analyse Damien Roux. Par exemple, quand on meurt du Sida – je vais être caricatural – on ne meurt pas du VIH, du virus. Le virus induit des anomalies qui, à terme, vont favoriser l’apparition d’autres maladies et ce sont ces autres maladies qui tuent. »

« Avec ce coronavirus-là, la réponse inflammatoire est majeure chez certains malades et, effectivement, ce qu’on voit, c’est une réponse inflammatoire qui "noie" le poumon, et des thromboses un peu diffuses, développe le professeur. C’est bien le virus qui est responsable d’une réaction de l’hôte – notre corps – et c’est cette réaction qui induit les symptômes. Cette symptomatologie respiratoire est en effet en partie liée à la formation de caillots. »

L’étude des médecins italiens ne dit pas que le Covid-19 est une bactérie et n’affirme pas que seule la formation de caillots entraîne la mort. Les auteurs de l’étude rappellent d’ailleurs bien que le Covid-19 est un virus. Ils se sont penchés sur les lésions pulmonaires et ont observé un dommage alvéolaire diffus. Dans 33 cas, sur 38, ils ont également relevé des thromboses dans des petits vaisseaux.

D’autres études se sont penchées sur ce phénomène. En France, une étude thérapeutique vient d’être lancée, sous l’égide du professeur Stéphane Zuily, du CHRU de Nancy. 600 patients doivent être inclus dans cette étude nationale, qui a pour objectif de déterminer quelle dose d’anticoagulant est efficace.

« On s’est rendu compte que les patients qui présentent les formes les plus graves de Covid thrombosent, c’est-à-dire qu’ils présentent soit des caillots de sang dans les gros vaisseaux, – dans les veines on appelle ça une embolie pulmonaire - soit dans les petits vaisseaux des poumons également, détaille Stéphane Zuily à 20 Minutes. Le Covid serait à l’origine d’une activation de la coagulation qui épaissit le sang et qui entraînerait ensuite des formes sévères de thrombose. On s’est rendu compte que les traitements habituels ne suffisaient pas et que cette dose qu’on leur préposait n’était pas suffisante. »

L’essai comparera l’administration de deux doses, une dose habituelle de prévention et une dose intensive. « L’idée, c’est de pouvoir comparer l’efficacité d’une dose plus importante pour éviter que les patients qui présentent un Covid ne voient leur pronostic aggravé, voire assombri à cause d’une thrombose qui apparaîtrait. »

  • Ce que dit le post : « L’Italie bat le soi-disant Covid-19, qui n’est rien d’autre qu’une "coagulation intravasculaire disséminée" (thrombose). »

« Absolument pas », réagit Damien Roux. Ce qui a été observé, « c’est un état pro-coagulant, ce n’est pas spécifiquement ce qu’on appelle une coagulation intravasculaire disséminée ou CIVD (une réaction que l’on voit parfois dans certaines maladies infectieuses sévères ou des cancers). »

  • Ce que dit le post : « Et la façon de la combattre ou de la guérir [le Covid-19] c’est avec "des antibiotiques, des anti-inflammatoires et des anticoagulants" comme la simple aspirine… Ce qui indique que cette maladie a été mal traitée. »

Il est « complètement faux, sauf en cas de surinfection bactérienne » de dire qu’on guérit le Covid-19 avec des antibiotiques, lance Damien Roux. Au sujet des anti-inflammatoires, « on peut se poser la question. » La prescription d’anticoagulants a fait partie de la réponse au Covid-19, face au risque de thromboses. Quant à l’aspirine, « ce n’est pas un antibiotique et ce n’est pas un anticoagulant, rappelle Damien Roux. L’aspirine à forte dose est un anti-inflammatoire et elle n’est jamais utilisée en traitement anti-inflammatoire dans une pathologie infectieuse, notamment chez les patients graves. »

  • Ce que dit le post : « Encore plus, selon les pathologistes italiens : "Les respirateurs n’ont jamais été nécessaires, ni l’unité de soins intensifs." »

« Ça dépend. Si on veut laisser les gens mourir dehors, il n’y a pas de problème, on n’a pas besoin de ventilateur, ironise Damien Roux. Mais on a sauvé beaucoup de gens en les prenant en réanimation pour les ventiler avec ces respirateurs. La mortalité moyenne a l’air d’être à 30-35 %, ce qui est attendu chez des patients de cette gravité. » Et de conclure : « Donc évidemment, les respirateurs ont sauvé des vies, parce que ceux qu’on n’aurait pas pris, seraient, sans le moindre doute, décédés, alors que la majorité de ces patients ont survécu. »

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