Nouvelle-Calédonie : Une chauve-souris prisée pour sa viande est un véritable risque sanitaire

SANTE « Des gens chassent la roussette en claquettes, sans gants, risquant de se faire mordre ou griffer » et donc de contracter une maladie, s'inquiète un scientifique

20 Minutes avec agences

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Une chauve-souris roussette.
Une chauve-souris roussette. — Henry Ausloos / Sipa

Petit animal, gros risques. En Nouvelle-Calédonie, la roussette, une grande chauve-souris emblématique du territoire, reste un gibier prisé par la population, malgré les risques sanitaires mis en avant avec l’épidémie de coronavirus, et l’identification en 2017 d’une nouvelle maladie associée à ce mammifère volant. « On n’est pas assez prudent ici, alors que la crise du Covid-19 est venue nous rappeler que la chauve-souris est un réservoir pathogène », commente un scientifique, qui a requis l’anonymat.

Sur le Caillou, « il y a des gens qui chassent la roussette en claquettes, sans gants, risquant de se faire mordre ou griffer », ajoute-t-il. L’archipel compte quatre espèces de roussettes, dont trois endémiques. « On les surnomme “les jardinières des forêts” car elles ont un rôle capital dans la dispersion des graines et la pollinisation », explique Malick Oedin, qui consacre son doctorat en biologie au chiroptère.

« Maladie […] des chauves-souris »

En 2016, la fédération des chasseurs avait été sollicitée pour collecter des animaux après la découverte, au parc forestier de Nouméa, de roussettes porteuses d’anticorps du virus Nipah. Apparue en 1998 en Asie, cette pathologie grave, dont la chauve-souris est l’hôte, a fait plusieurs dizaines de morts. Les investigations réalisées à l’époque avaient révélé que 30 % des roussettes calédoniennes étaient porteuses d’anticorps Nipah.

Ce mardi sur Radio Classique, le professeur Didier Raoult a affirmé qu’en Nouvelle-Calédonie, « comme ils mangent des chauves-souris, il y a une maladie spécifique des chauves-souris (…) qui se répand probablement partout en Océanie ». Le centre hospitalier territorial (CHT) a mis en évidence une nouvelle maladie, soupçonnée d’être transmise par les roussettes, à la suite de travaux menés en collaboration avec l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille (IHU), que dirige le Pr Raoult.

Des recherches sont en cours

Cette zoonose appelée fièvre hémolytique, qui provoque perte de poids, fièvre et augmentation de la rate, a touché entre 2012 et 2019 une quinzaine de personnes dont quatre sont mortes. « Tous les malades, sauf un, avaient été en contact avec des roussettes soit à la chasse, soit en les cuisinant et la plupart en avaient mangé de trois semaines à trois mois avant le début des symptômes », a indiqué le docteur Julien Colot, du laboratoire de microbiologie du CHT.

L’équipe scientifique pluridisciplinaire calédonienne à laquelle il appartient va approfondir les recherches sur les modes de transmission, les autres réservoirs potentiels (cochons, rats) et étendre le champ d’étude au Vanuatu et à Wallis et Futuna. A Nouméa, l’Institut Pasteur travaille par ailleurs au séquençage du génome de leptospires de roussettes.

« Celles-ci n’ont pas la capacité d’infecter les hommes mais nos travaux vont néanmoins aider à mieux décrire la leptospirose humaine. Nos échantillons vont aussi permettre d’élargir la recherche sur les risques pathogènes, en incluant les coronavirus », confie Cyrille Goarant, le chercheur chargé du programme. Ce vétérinaire de formation tient toutefois à insister sur le fait que ce véritable « musée » de virus qu’est la roussette reste inoffensif pour l’homme, « pour peu qu’on le laisse tranquille dans son lieu de vie naturel ».