Coronavirus : Qui est Nicole Notat, la femme chargée de coordonner le « Ségur de la santé » ?

HOPITAL L’ancienne dirigeante de la CFDT est en charge de la coordination du « Ségur de la santé », censé mettre fin à la « paupérisation » des personnels soignants

20 Minutes avec AFP

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Portrait de Nicole Notat chargée de la coordination du plan Ségur? (ici en 2016)
Portrait de Nicole Notat chargée de la coordination du plan Ségur? (ici en 2016) — M.ASTAR/SIPA

Le très attendu, « Ségur de la Santé » initié par le ministre de la Santé Olivier Véran s’ouvre ce lundi 24 mai. L’objectif de cette concertation qui se tiendra jusqu’à la mi-juillet est d’améliorer les conditions de travail à l’hôpital, les rémunérations du personnel soignant et la prise en charge des patients.

C’est Nicole Notat qui a été chargée de la délicate mission de coordonner ce « Ségur de la santé ». Elle a promis d’exercer cette mission « en ayant à cœur d’organiser l’écoute réciproque et le dialogue entre l’ensemble des parties prenantes et d’aider à la construction de conclusions le plus partagées possible ». Mais qui est-elle ?

Une ex-dirigeante de la CFDT controversée

Cette Lorraine de 72 ans a d’abord travaillé comme enseignante spécialisée dans l’enfance inadaptée, avant d’être élu en 1982, à la commission exécutive de la CFDT. Agée de 35 ans, elle est alors la seule femme de cette instance dirigeante dont elle prendra la tête 10 ans plus tard. Cette prise de pouvoir ne se fait pas sans remous, car elle survient quelques mois après la démission forcée de Jean Kaspar. Certains militants parleront d’un « putsch ».

Energique, précise, courtoise, partisane d’un syndicalisme « partenaire » à l’allemande – « complaisant, d’accompagnement », diront ses détracteurs, n’hésitant pas à la qualifier de « tsarine », Nicole Notat ne fait pas l’unanimité les premières années de son mandat, car jugée insuffisamment offensive.

« Discuter avec le patronat, ce n’est en aucun cas le dédouaner »

La secrétaire générale maintient toutefois son cap, approuvant quelques mois plus tard le plan Juppé sur la réforme très controversée de la protection sociale en 1995, qui déclenche alors une mobilisation sociale jamais vue depuis mai 68. Ce soutien cristallise les critiques en interne. Des militants rejoignent ou créent des syndicats SUD.

Dans le cadre de la « Refondation sociale » (2000) lancée par le Medef, la CFDT devient le partenaire privilégié de l’organisation patronale, signant tous les accords, au grand dam de la CGT ou de FO. « Discuter avec le patronat, ce n’est en aucun cas le dédouaner », assure Nicole Notat en mai 2002, lors de son dernier congrès.

Elle vote « oui » à la Constitution européenne en 2005

Une fois rendu son mandat, l’ancienne dirigeante, qui reconnaîtra avoir souffert de sexisme, fonde Vigeo, une agence internationale de notation sociale et environnementale, réalisant notamment des audits sur les discriminations en entreprise et rachetée l’an dernier par Moody’s.

Parallèlement à ses fonctions au sein de cette agence, Nicole Notat est restée très active. Appelant à voter « oui » à la Constitution européenne en 2005, elle participe en 2007, sous le quinquennat Sarkozy, au comité d’évaluation du Grenelle de l'environnement, et sous celui de Hollande, en 2013, intègre un groupe de réflexion lancé par le gouvernement pour favoriser l’entreprise en France.

Proche « des idées de gauche progressistes »

Entre 2011 et 2013, elle préside l’association « Le Siècle », qui regroupe des dirigeants politiques, économiques, culturels et médiatiques français et dont l’objectif est de faire se rencontrer les « élites » pour mieux se connaître au-delà du clivage gauche-droite. Là aussi, c’est une première pour une femme dans cette association fermée à la gent féminine jusque dans les années 1980.

En 2018, l’exécutif la nomme déléguée gouvernementale à l’Organisation internationale du travail (OIT) pour représenter la France, mais fait marche arrière, en raison de « risques d’interférences potentiels » avec son activité professionnelle. Peu attirée par la politique mais proche « des idées de gauche progressistes », elle a souvent été pressentie pour des postes ministériels sous différents gouvernements.