Coronavirus : Des plages rouvrent, mais peut-on se baigner sans risque de contracter le Covid-19 dans l’eau ?

SECURITE SANITAIRE La réouverture progressive des plages pose la question du risque de contamination lors des baignades

Anissa Boumediene

— 

Pourra-t-on se baigner sans risque de contracter le Covid-19 sur les plages?
Pourra-t-on se baigner sans risque de contracter le Covid-19 sur les plages? — Fred TANNEAU / AFP
  • Durant ce week-end de l’Ascension, nombre de Françaises et Français comptent profiter des températures estivales en allant sur les plages du littoral qui ont rouvert, ce qui pose la question du risque de contracter le coronavirus en se baignant.
  • L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a publié cette semaine les résultats d’analyses menées sur des échantillons d’eau de mer prélevés sur le littoral français, et les premiers résultats sont rassurants.
  • Le Haut conseil à la santé publique rappelle que le principal risque de contamination se fait par les gouttelettes, d’où l’importance de respecter les gestes barrières et la distanciation sociale.

Après deux mois confinés à la maison comme des lions en cage, beaucoup ne rêvent que d’une chose : fouler le sable des plages et aller piquer une tête dans les vagues. Pour une partie de ceux qui habitent près du littoral, c’est déjà possible. Un peu partout sur les côtes Atlantique et méditerranéenne, plusieurs villes ont rouvert leurs plages à la promenade et à la baignade, et d’autres vont leur emboîter le pas dès ce week-end de l’Ascension, durant lequel les températures s’annoncent estivales.

Le soleil et la mer ne doivent toutefois pas faire oublier que le coronavirus reste présent sur le territoire. L’épidémie se poursuit, de nouveaux foyers de contamination ont été identifiés et aucun vaccin n’est à ce jour disponible pour se prémunir. Mais alors que des traces de SARS-CoV2 ont été retrouvées dans des prélèvements d’eaux usées, se pose la question de savoir si on pourrait contracter le coronavirus en se baignant dans l’eau de mer. Dans ce cas, le scénario des vacances d’été prendrait sérieusement du plomb dans l’aile. Selon les premières recherches menées sur le sujet par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), il n’y aurait pas d’inquiétudes à avoir.

Pas de traces du coronavirus dans les prélèvements d’eau de mer

Depuis l’apparition du Covid-19, plusieurs études scientifiques ont relevé la présence du virus dans les selles de patients infectés. Des toilettes aux égouts et aux stations d’épuration, il n’y a qu’un pas qu’ont franchi plusieurs groupes de recherche qui ont vite trouvé des éléments du génome du SARS-CoV-2 dans les eaux usées de nombreuses grandes villes de la planète, dont Paris. Aucun risque de contamination de l’eau du robinet, soumise à des traitements scrupuleux.

Certes, la présence de traces du virus dans les selles ne veut pas nécessairement dire qu’il est infectieux ou transmissible par cette voie, estiment certains experts, qui rappellent qu’il est incapable de se répliquer dans la nature hors d’un hôte. Mais après la détection du SARS-CoV-2 dans des eaux usées, l’Ifremer a décidé d’effectuer des analyses pour vérifier que ce virus n’était présent ni dans l’eau de mer ni dans les coquillages du littoral français. L’institut a donc prélevé quatre échantillons d’eau marine potentiellement soumise à des rejets humains. Et aucun n’a présenté de traces de SARS-CoV-2. « Même si elle ne vaut pas certitude pour l’ensemble des coquillages et des eaux marines métropolitaines, l’absence de traces du SARS-CoV-2 révélée par notre étude est une bonne nouvelle », souligne Soizick Le Guyader, virologiste et responsable du laboratoire nantais Santé environnement et microbiologie de l’Ifremer.

Surveiller de près la qualité des eaux de baignade

Mais « prouver l’absence réelle du virus est un art difficile », relève la chercheuse. Et les prélèvements ont été réalisés pendant le confinement. « Nous avons donc décidé de poursuivre nos prélèvements et nos analyses sur les mêmes sites tous les 15 jours pendant encore plusieurs mois, afin de suivre les éventuels effets d’une circulation potentiellement accrue du virus dans la population dans le contexte de la levée progressive des mesures de confinement ». Des prélèvements qui seront notamment pratiqués sur les eaux usées susceptibles d’être rejetées près du littoral.

Saisi par le ministère de la Santé, le Haut conseil à la santé publique (HCSP) s’est prononcé dans un avis rendu début mai sur le risque de contracter le Covid-19 en se baignant sur les plages du littoral. Le HCSP indique que « l’analyse de la littérature scientifique ne permet pas de confirmer, à ce jour, la présence de SARS-CoV-2 infectieux dans les eaux du milieu naturel ». Mais après la découverte de traces du virus dans les eaux usées, le HCSP « recommande de porter une attention particulière, pendant la phase de déconfinement, en augmentant la fréquence de surveillance de la qualité des eaux de baignade en matière de contamination fécale avec, si nécessaire, des mesures de fermeture anticipées pour les sites connus pour leur dégradation lors d’épisodes pluvieux. Il déconseille les baignades sur des sites ne faisant pas l’objet d’un contrôle sanitaire réglementaire ».

L’Espagne s’est elle aussi penchée sur la question. Une étude du conseil supérieur de la recherche scientifique espagnole conclut que « bien qu’il n’existe actuellement aucune donnée sur la persistance du SARS-CoV-2 dans l’eau de mer, l’effet de dilution, ainsi que la présence de sel, sont des facteurs susceptibles de contribuer à une diminution de la charge virale et à son inactivation, par analogie avec des virus similaires ». La salinité de l’eau de mer serait donc un élément de nature à détériorer l’enveloppe du coronavirus.

Le manque de distanciation sociale : la source du risque

Cela ne signifie pas pour autant un risque zéro. Et avec les vacances d’été qui approchent à grands pas, nombreux sont celles et ceux attendent une réponse claire sur le risque d’attraper le Covid-19 en se baignant dans l’eau de mer. Pour le HCSP, chargé d’éclairer le ministre de la Santé, le lien éventuel entre Covid-19 et baignade tiendrait surtout au non-respect des gestes barrières. L’instance rappelle que « c’est le respect strict des mesures de distanciation physique qui constitue un élément fondamental et prioritaire de prévention générale d’infection par le SARS-CoV-2 ».

D’ici cet été, « les agences régionales de santé devraient certainement émettre des recommandations pour sécuriser la baignade sur le littoral au regard du risque de SARS-CoV2 », avance-t-on à l’Ifremer. Et puisque, comme le rappellent les autorités sanitaires, « la principale voie de transmission du SRAS-CoV-2 dans les plages, les rivières, les lacs et les piscines passe par les sécrétions respiratoires générées par la toux, les éternuements et le contact de personne à personne », le respect de la distanciation sociale sera un outil de protection majeur, sur le sable comme dans l’eau. Mais la tâche s’annonce déjà compliquée. Tout juste rouvertes, des plages vite bondées du Morbihan viennent déjà d'être fermées pour non-respect des gestes barrières et incivilités.