Le coronavirus sensible à la chaleur et aux UV, vraiment ?

RECHERCHE Si beaucoup de doutes entourent la question de sa fragilité à la chaleur, certains estiment que les ultraviolets pourraient être un outil pour décontaminer le matériel uniquement

Oihana Gabriel

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Le soleil
Le soleil — Pixabay / Qimono
  • On en apprend tous les jours sur le nouveau coronavirus.
  • Une des questions actuelles concerne son éventuelle saisonnalité. Dans ce cas, il pourrait faire moins de dégâts pendant l’été mais revenir à l’automne, comme d’autres coronavirus.
  • Des lampes à UV sont utilisées pour nettoyer des blocs opératoires et pourraient se révéler d’une aide précieuse pour nettoyer de grandes surfaces. Mais pas pour les humains, car les UV sont très dangereux.

 

Ce dangereux Covid-19 fondra-t-il comme neige au soleil cet été ? Reviendra-t-il nous enquiquiner à l’automne, comme les autres coronavirus responsables des rhumes ? Énormément de questions entourent encore l’éventuelle fragilité de ce virus à la chaleur, à l’humidité et aux UV… et donc sa saisonnalité.

Mais cette hypothèse intéresse beaucoup de scientifiques et sera déterminante à l’avenir, pour savoir si nous devrons vivre avec ce coronavirus encore des années tant qu’un vaccin ne sera pas trouvé.

Sensible à la chaleur ?

« Il est possible que ce virus (le Sars-CoV-2) soit en partie sensible à certains aspects climatologiques qui pourraient jouer un rôle », avait déclaré Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique Covid-19, sur la chaîne de télévision LCP le 15 avril, mais « il y a encore beaucoup d’inconnus ».

Pour Gilles Pialoux, chef du service des pathologies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon (AP-HP), il faut tordre le cou à ces contre-vérités qui font croire que les températures élevées et les UV permettent de supprimer le coronavirus. « D’abord, parce qu’il circule dans les pays chauds, dans les pays africains, en Australie, argumente-t-il. Ensuite, il est vrai que les coronavirus sont sensibles aux températures, mais à partir de 60 °C. Il y a peu de pays avec de telles chaleurs ! Troisième argument : un autre coronavirus, le Mers (Coronavirus du Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient ), est apparu en Arabie Saoudite, où il fait très chaud. » D’ailleurs, dans un communiqué sur les fake news entourant ce coronavirus, l’ Organisation mondiale de la santé précise que « vous pouvez contracter la COVID-19 sous n’importe quel climat, même par temps chaud ou ensoleillé. Les pays où le climat est chaud ont rapporté des cas de COVID-19. »

Mais ce serait trop simple si le débat s’arrêtait là. S’il est clair que vivre dans des climats peu tempérés n’empêche pas de rencontrer le virus, d’autres chercheurs avancent que le coronavirus serait sensible aux températures élevées et aux UV. En effet, une étude américaine présentée fin avril assurait qu’il s'affaiblit dans une atmosphère chaude et humide ainsi que sous les rayons du soleil. « Notre observation la plus frappante, à ce jour, est l’effet puissant que semble avoir la lumière du soleil pour tuer le virus, aussi bien sur des surfaces que dans l’air », a déclaré un haut responsable du département de la Sécurité intérieure américain, Bill Bryan. Des études précédentes avaient montré que le virus survivait mieux dans des conditions météorologiques froides et sèches plutôt que chaudes et humides. « Raisonnablement, on peut dire que ce virus est moins dangereux avec des températures estivales, entre 20 et 30 °C », confirme Laurent Lagrost, directeur de recherche à l’Inserm.

Est-ce à dire que ce coronavirus serait saisonnier ? Les chercheurs s’écharpent sur cette question et on ne pourra y répondre qu’a posteriori, en 2021 peut-être… « On peut craindre un amenuisement de l’épidémie au cours de l’été dans l’hémisphère Nord, avec un déplacement vers l’hémisphère Sud, ce qu’on entrevoit déjà actuellement, souligne Laurent Lagrost. Mais ce serait un réservoir à virus avec un retour possible à l’automne. »

Une saison, c’est un ensemble de paramètres, insistent les deux chercheurs : température, humidité et ultraviolets. Et pas uniquement ! Il y a aussi un côté sociétal. « La question se pose de savoir si on peut avoir une amélioration saisonnale, pas liée uniquement à la météo, reprend Gilles Pialoux. Mais en rapport avec la distanciation sociale. Quand tout le monde est à l’air libre, que les écoles sont fermées, qu’on prend moins les transports publics, il est possible que les virus circulent moins qu’à l’automne. »

Sensible aux UV ?

« Tout ce qui est pathogène, bactérie, virus, est sensible aux ultraviolets et en particulier aux UV-C », assure Laurent Lagrost. Les ultraviolets, invisibles pour les hommes, se décomposent en trois longueurs d’onde. Les UV-B et UV-C sont arrêtés par la couche d’ozone, tandis que les UV-A sont filtrés moins efficacement par l’atmosphère.

Faut-il, dans ce cas, faire sécher son linge, et notamment les masques réutilisables, dehors au soleil ? « Exposer ses effets personnels à l’air libre et au soleil augmente les chances de rendre le virus non viable, avance Laurent Lagrost. D’autant plus que le Sars-COV-2 a une monocouche lipidique à la surface qui participe à sa stabilité, et cette structure n’aime pas les solvants, d’où l’inactivation avec du savon. Et il n’aime probablement pas non plus les UV, qui créent des lésions sur une partie du virus et casse ses capacités d’infection. » Pour lui, donc, il y a fort à parier que ces UV représentent un atout pour les humains afin de s’en débarrasser. Mais gare aux amalgames. Car étendre son linge et mettre ses chaussures dehors n’a rien à voir avec rôtir au soleil en pensant éloigner de soi ce virus… « Evidemment, on n’invite personne à s’exposer des heures au soleil. Les UV sont très dangereux pour la peau et à l’origine de mélanomes. Le rayonnement UV ne va jamais guérir personne quand on est infecté. En revanche, exposer ses effets personnels au soleil peut être une recommandation raisonnable. »

Des robots qui nettoient des surfaces grâce aux UV

Pour ce chercheur de l’Inserm, cette propriété des ultraviolets est également intéressante à exploiter pour nettoyer des surfaces. « Les UV-C sont "virucides", c’est connu. Certains pays ont systématisé l’utilisation de lampes à UV-C pour décontaminer des espaces publics : trains, couloirs de métro, blocs opératoires. Ces robots peuvent se déplacer et traiter un espace grand, sans oublier des coins et de façon systématique. »

Illustration d'une lampe à UV-C développée par Concept Light.
Illustration d'une lampe à UV-C développée par Concept Light. - Concept Light

Justement, l’entreprise alsacienneConcept Light travaille sur des prototypes de lampes à UV-C pour nettoyer des salles de réunion, bureaux, tables de restaurant… « La désinfection à l’UV-C, ça fait trente ans que c’est utilisé, mais avec la lampe à mercure, explique Victor Vincentz, gérant de l’entreprise. La nouveauté, c’est qu’on est en train de mettre au point des lampes led à UV-C. » Avantage ? Un outil plus écologique (car la lampe dure plus longtemps), plus efficace pour désinfecter et moins dangereux car la led ne risque pas d’exploser, et elle diffuse une lumière bleue qui permet aux personnes de savoir qu’il ne faut surtout pas rentrer dans la pièce tant que le robot fonctionne, plaide cette société. « Ces lampes émettent des radiations UV à haute énergie qui peuvent causer de sévères brûlures de la peau, mais aussi endommager la cornée et la rétine de l’œil », rappelle le PDG. Ces désinfections doivent donc se faire de nuit, et sans présence humaine…