Coronavirus : Qu’est-ce que le R0, le taux de transmission du Covid-19, et en quoi est-il déterminant pour le déconfinement ?

SORTIE Le R0 est le taux de transmission du virus, qui doit être le plus bas possible pour éviter une deuxième vague de l’épidémie de coronavirus

Anissa Boumediene

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Un R0 au-dessous de 1 témoigne d'un ralentissement de l'épidémie de coronavirus, et cet indicateur dépend notamment du respect des gestes barrières, dont le port du masque.
Un R0 au-dessous de 1 témoigne d'un ralentissement de l'épidémie de coronavirus, et cet indicateur dépend notamment du respect des gestes barrières, dont le port du masque. — Franck Castel/MPP/SIPA
  • Ce jeudi seront dévoilés les derniers détails du déconfinement progressif de la France, qui démarrera le 11 mai.
  • Parmi les indicateurs importants : le R zéro, qui correspond au nombre de personnes contaminées par une seule personne infectée.
  • Selon son niveau, l’épidémie freine ou progresse.

J-4. Après huit semaines de confinement, les Français se préparent à sortir progressivement de chez eux dès lundi, le 11 mai. Ce jeudi à 16h, le chef du gouvernement, Edouard Philippe, donnera des détails supplémentaires sur les conditions de ce déconfinement.

Réouverture des commerces, retour des enfants à l’école et reprise du travail pour de nombreux salariés sont au programme, mais toujours dans le respect des gestes barrières. Les mesures de distanciation sociale, essentielles pour garder le coronavirus à bonne distance, seront plus que jamais de mise. L’objectif : éviter que le R zéro (R0), ou taux de reproduction du virus, ne reparte à la hausse. Mais qu’est-ce que ce R0 ? Et en quoi est-il un élément déterminant du déconfinement ?

Le nombre de personnes contaminées par une personne infectée

Le R0, ou taux reproduction de base d’un virus, permet de dire combien de personnes en moyenne sont infectées par une personne contaminée par ce virus. S’il est supérieur à 1, un malade va contaminer plus d’une personne et l’épidémie va progresser. S’il est inférieur à 1, les malades contaminent moins de personnes et l’épidémie régresse, voire disparaît.

Avant le confinement, le R0 du Covid-19 en France « était à 3,4 ou 3,5 », selon le président du comité scientifique qui conseille les autorités françaises, Jean-François Delfraissy. Or, il s’agit là d’un niveau suffisant pour permettre une diffusion exponentielle de la maladie. A titre de comparaison, le R0 de la grippe saisonnière était estimé cette année à 1,3. Pour casser les chaînes de transmission du virus, les Français ont donc dû observer un confinement. Et cela a payé. « L’impact du confinement a été très important, il a permis de réduire le taux de transmission du virus de 84 %, souligne le Dr Simon Cauchemez, responsable de l’unité de modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’Institut Pasteur. Avant le confinement, une personne infectée transmettait le virus à 3,3 personnes en moyenne. Grâce au confinement, le R0 est passé à 0,5, avec environ 700 admissions en réanimation par jour avant, à environ 200 à la mi-avril. Au 11 mai, on attend de 10 à 50 admissions en réanimation chaque jour ».

Aujourd’hui, « le R0 du coronavirus en France est de 0,6 », indique à 20 Minutes le Dr Benjamin Davido, infectiologue à  l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) et médecin référent de crise Covid-19.

Maintenir le R0 en dessous de 1

« Les mesures annoncées autour du déconfinement ne valent que si le R0 reste à 0,5 », avertissait le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, le 21 avril dernier. Pourquoi ? « Parce qu’avec un R0 inférieur à 1, on contrôle une épidémie, répond le Dr Davido. S’il grimpe à 1,3 ou 1,5, cela signifie que le virus circule de nouveau et que l’épidémie repart », avec un risque de nouvel engorgement des services de réanimation. Et de reconfinement.

La France, comme l’Allemagne, assure donc que le confinement a fait baisser le R0 au-dessous de 1. Mais l’allégement de ces mesures le fera mécaniquement remonter La marge de manœuvre est donc très étroite. « A 1,1, nous pourrions atteindre les limites de notre système de santé en termes de lits en réanimation d’ici à octobre », prévenait mi-avril la chancelière allemande Angela Merkel. « A 1,2, nous atteindrons les limites de notre système de santé en juillet. Avec un taux à 1,3, nous y arriverons déjà en juin ».

« Le paradoxe du confinement, c’est qu’il est nécessaire pour réduire la progression de l’épidémie et désengorger les hôpitaux, mais en sortir nous mène à la case départ, résume le Pr Fontanet, qui appelle à maintenir la pression sur le virus tout en permettant une reprise de la vie économique et sociale ».

Une marge de manœuvre étroite, pour un allégement très progressif du confinement. « On ne va pas passer du noir au blanc, mais du noir au gris foncé », a insisté le Pr Delfraissy. En pratique, « à la sortie du confinement, il va falloir être capable de maintenir la transmission du virus à un niveau très faible, rappelle le Dr Cauchemez. Il faudra donc maintenir toutes les mesures barrières et une distanciation sociale forte ».

L’inquiétude autour de la réouverture des écoles

Au programme de cette reprise progressive : la réouverture des écoles, fermées depuis le 16 mars dernier, qui est attendue par certains et redoutée par d’autres. De nombreux parents craignent que leurs enfants n’y contractent le coronavirus et le rapportent à la maison. Dans la perspective de réouverture des crèches et des établissements scolaires, Santé publique France a donc compilé la littérature scientifique sur le Covid-19 chez l’enfant, afin d’évaluer les risques sanitaires. Après analyse des différentes études menées sur la question, l’agence sanitaire indique que « pour un objectif de suppression de l’épidémie à long terme qui repose sur la diminution du taux de reproduction en dessous de 1 pour que la circulation interhumaine s’arrête, la fermeture des écoles est plus efficace, en combinaison avec une distanciation sociale généralisée. (…) Pour assurer cet effet suppresseur, ces mesures doivent être maintenues de nombreux mois pour éviter un rebond ». Mais après deux mois de fermeture des écoles françaises, elle n’émet pas de recommandations particulières sur le prolongement de cette mesure.

En revanche, en Italie, les écoles resteront fermées. Une réouverture ferait « immédiatement » repartir à la hausse la pandémie de coronavirus, a estimé le 30 avril l’Institut supérieur de la Santé (ISS) dans le pays, où les élèves ne retrouveront pas le chemin des classes avant septembre. « La réouverture des écoles porterait immédiatement le R0 à 1,3 », a ainsi affirmé le chercheur Stefano Merler, lors d’une conférence de l’ISS.

Une inquiétude que ne partage pas le Dr Davido. « On sait que les enfants sont peu malades et peu contaminants, on l’a vu avec le cas du petit garçon qui a contracté le covid-19 aux Contamines-Montjoie et qui n’a transmis le virus à aucune des 172 personnes avec lesquelles il avait été en contact durant cette période de maladie, rappelle l’infectiologue. Il faut aussi regarder ce qu’ont fait nos voisins européens : en Autriche, les écoles ont rouvert et il n’y a pas eu de rebond, rassure-t-il. En France, le risque est faible et calculé, d’autant qu’a priori, moins d’un tiers des enfants vont retourner à l’école ».

« Une peur qui protège »

Mais la vigilance, des adultes notamment, reste de mise. Car « si les enfants sont peu vecteurs de la maladie, la plupart de ceux qui ont eu le coronavirus ont en réalité été contaminés par leurs parents, relève le Dr Davido. Si les adultes, qui travaillent et prennent les transports​, ne respectent pas scrupuleusement les gestes barrières, eux risquent de contracter le Covid-19 et de le transmettre à leurs enfants, qui à leur tour le diffuseront à l’école ».

Pour autant, le médecin infectiologue aborde ce déconfinement avec optimisme. « Le confinement a fonctionné, les Français l’ont respecté, donc il n’y a pas de raison que ce déconfinement très progressif ne se passe pas bien. Ils ont très largement intégré la gravité potentielle de ce virus, et compris l’importance du respect des gestes barrières. On le voit avec l’explosion des ventes des masques : aujourd’hui, le grand public est conscient que son port généralisé est une mesure de protection déterminante. Et si tout le monde a envie que l’épidémie s’arrête et que la vie reprenne son cours normal, cela ne signifie pas que tout le monde est prêt à aller se masser aux terrasses de café, parce que la peur du virus reste très présente. Et c’est une bonne peur, une peur qui protège ».