Coronavirus : A quoi vont ressembler les « brigades sanitaires » pour tracer les patients contaminés ?

EPIDEMIE Le déconfinement s’accompagnera d’une politique de dépistage massif et de traçage des personnes infectées

Manon Aublanc

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Médecins, infirmiers, épidémiologistes ou encore bénévoles de la Croix Rouge composeront ces
Médecins, infirmiers, épidémiologistes ou encore bénévoles de la Croix Rouge composeront ces — Thomas SAMSON / AFP
  • Lors de la présentation du plan de déconfinement, mardi à l’Assemblée nationale, Edouard Philippe a dévoilé la politique de dépistage voulue par le gouvernement.
  • Pour éviter une seconde vague, le gouvernement veut faire tester massivement les personnes présentant des symptômes du Covid-19 et leurs contacts, mais aussi mettre en place des « brigades » dans chaque département pour identifier ces contacts.
  • A partir du 11 mai, 700.000 tests par semaine seront réalisés et les personnes testées positives seront invitées à s’isoler chez elles ou dans un lieu mis à disposition.

L’objectif est clair : ne laisser aucun patient contaminé passer à travers les mailles du filet. A partir du 11 mai, date de la première phase de déconfinement, des « brigades sanitaires » seront mises en place dans chaque département pour suivre les malades, identifier les personnes ayant été en contact avec eux et éviter l’apparition de nouveaux foyers d'infection, a annoncé Edouard Philippe, ce mardi à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a choisi de suivre l’avis du Conseil scientifique, qui a recommandé la mise en place de « plateformes téléphoniques complétées par des équipes mobiles pour la prise en charge des cas diagnostiqués et de leurs contacts ». En quoi consistent ces « brigades » ? Comment vont-elles fonctionner ? Peuvent-elles freiner l’épidémie ? 20 Minutes vous éclaire.

Comment fonctionnent ces « brigades sanitaires » ?

Mardi, devant les députés, Edouard Philippe a dévoilé la stratégie du gouvernement : le dépistage massif. En réalisant près de 700.000 tests par jour, les autorités sanitaires espèrent cibler et isoler les patients atteints par le nouveau coronavirus. C’est à ce moment-là que les « brigades sanitaires » entrent en jeu : une fois les patients infectés identifiés, ces brigades seront chargées d'« enquêter » sur l’entourage des malades, donc potentiellement contaminé, pour savoir avec qui ces personnes ont pu être en contact. Ces personnes seront à leur tour contactées pour se faire dépister.

« Nous engagerons un travail d’identification et le test de tous ceux, symptomatiques ou non, qui auront eu un contact rapproché avec elle », a expliqué Edouard Philippe, mardi, précisant que les tests seront remboursés à 100 % par la Sécurité sociale. « Dans chaque département, nous constituerons des brigades chargées de remonter la liste des cas contacts, de les appeler, de les inviter à se faire tester », a ajouté le Premier ministre.

Comment ces personnes vont-elles être isolées ?

Une fois les personnes contaminées identifiées, elles devront être isolées pour limiter la propagation du virus. « Nous laisserons le choix à la personne testée positive de s’isoler chez elle, ce qui entraînera le confinement de tout le foyer pendant 14 jours, ou bien de s’isoler dans un lieu mis à sa disposition, notamment dans des hôtels réquisitionnés », a détaillé Edouard Philippe devant les parlementaires. Et le chef du gouvernement a prévenu : il y aura des contrôles, « mais notre objectif est de nous reposer largement sur le civisme de chacun ».

Qui pour travailler dans ces « brigades » ?

Si le gouvernement n’a pas dévoilé le nombre de personnes qui composeront ces « brigades », Edouard Philippe a cependant indiqué que les « médecins généralistes et infirmiers libéraux » formeront « la première ligne » qui recensera les contacts d’un malade au sein de sa cellule familiale. Des équipes de l’Assurance maladie, de centres communaux d’action sociale, de mairies, de départements ou encore d’associations comme la Croix-Rouge prendront ensuite le relais, a poursuivi le Premier ministre, précisant que l'organisation se ferait au niveau local.

Selon Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, 30.000 personnes pourraient être nécessaires pour former des « brigades sanitaires » dans chaque département. « Vu la taille de notre pays, il faut tabler sur environ 30.000 personnes : des médecins généralistes, des soignants, des membres du milieu associatif, les services sanitaires des mairies… Sans cela, cela ne marchera pas », a-t-il expliqué dans une interview accordée au Monde, avant d’ajouter : « S’il n’y a pas cette force humaine (…), on va se planter ».

Ces « brigades sanitaires » peuvent-elles freiner l’épidémie ?

Pour William Dab, ancien directeur général de la Santé et épidémiologiste, « le repérage des cas, leur isolement, l’identification de leurs contacts et le fait de pouvoir les tester et les isoler est la seule manière de casser la chaîne de transmission et de maîtriser l’épidémie », explique-t-il à 20 Minutes. Mais le spécialiste estime que le dispositif arrive un peu tard : « Il y a encore un afflux quotidien de patients hospitaliers et on ne cherche pas à savoir où ils ont été contaminés. Cette méthode de traçage aurait dû être mise en place dès le début du confinement », déplore-t-il.

Pour Pascal Crépey, épidémiologiste à l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), la priorité, c’est d’agir vite : « Ce dispositif aura un véritable effet si on le met en place le plus rapidement possible et si on identifie scrupuleusement les personnes avec qui les malades ont été en contact ». « C’est cette rapidité et cette précision qui vont être gage de succès », ajoute-t-il.

Catherine Hill, elle aussi épidémiologiste, salue le dispositif, mais estime qu’il « ne fait que la moitié du travail ». « La moitié des contaminations se font par des gens qui n’ont pas eu, ou pas encore, de symptômes. Ces cas indétectables continuent de circuler et de propager le virus », explique la spécialiste qui recommande d’augmenter massivement les tests pour la population qui n’a pas de symptômes. Et Pascal Crépey prévient : « C’est un dispositif qui peut fonctionner en théorie, mais qui n’a jamais été testé à cette échelle en France. On voyage en terrain inconnu ».