Coronavirus : Un traitement testé à Marseille pour lutter contre « l’orage de cytokine », à l’origine des complications chez les malades

CORONAVIRUS Une étude est lancée à Marseille sur l’éfficacité d’une molécule contre « l’orage cytokinique », une réponse immunitaire qui peut engendrer des complications respiratoires aigues et le décès chez les malades du Covid-19

Adrien Max
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Eric Vivier, directeur scientifique d'Innate Pharma.
Eric Vivier, directeur scientifique d'Innate Pharma. — JM Huron
  • Une étude est lancée à Marseille pour tester l’efficacité de l’Avdoralimab, une molécule développée par Innate Pharma.
  • L’Avdoralimab bloquerait une molécule qui activerait et recruterait des cellules immunitaires en trop grand nombre, responsable de « l’orage cytokinique » qui peut engendrer des complications respiratoires aiguës, et le décès, chez les patients atteints du Covid-19.
  • L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a publié ce lundi les résultats préliminaires d’un essai clinique prometteur sur l’efficacité et l’inocuité du tocilizumab pour éviter l'« orage de cytokine » chez les patients graves

L’orage cytokinique au cœur de la bataille contre le Covid-19. Un nouvel essai est lancé à Marseille afin de tester l’efficacité de l’Avdoralimab, une molécule développée par Innate Pharma. Elle pourrait être efficace pour lutter contre la réponse immunitaire surdimensionnée chez certains malades​ du Covid-19, souvent à l’origine de complications respiratoires aiguës, et de décès.

Qu’est ce que l’Avdoralimab ?

L’Avdoralimab est une molécule développée par le laboratoire Innate Pharma en phase I d’essai pour les cancers du poumon et du foie. Cette molécule a la particularité de bloquer les récepteurs C5A.

Pourquoi l’utiliser chez les malades du Covid-19 ?

Eric Vivier, directeur Scientifique d’Innate Pharma et professeur aux hôpitaux et à la faculté de Marseille, a souhaité lancer une étude pour déterminer si l’Avdoralimab pouvait être repositionnée pour la lutte contre le Covid-19. « On a lancé en partenariat avec l’AP-HM, le centre d’immunologie de Marseille et Innate Pharma une étude observationnelle. On a analysé ce qu’il se passe dans le sang et les poumons des malades en regardant 40 paramètres. Et on s’est aperçu que beaucoup de choses bougeaient, notamment sur certaines molécules et particulièrement la molécule C5A », explique Eric Vivier.

Or l’Avdoralimab, développé par Innate Pharma, a justement cette faculté de bloquer la molécule C5A. « Cette molécule aurait deux fonctions, d’une part elle activerait ces cellules anti inflammatoires, et d’autre part elle les ferait affluer vers l’inflammation donc nous pensons que c’est une molécule clé », détaille Eric Vivier. Notamment dans l’apparition d’un « orage cytokinique », responsable d’une réponse immunitaire trop importante du corps, qui peut découler sur une détresse respiratoire aiguë et un décès.

Quelle différence avec le test réalisé par l’AP-HP ?

Les hôpitaux de Paris ont présenté lundi les résultats d’un essai randomisé sur l’efficacité du tocilizumab qui bloque lui aussi un récepteur à l’origine de « l’orage cytokinique ». « Il s’agit d’une démarche parallèle à la nôtre, qui pourra d’ailleurs se révéler complémentaire, sauf que nous ne ciblons pas la même molécule », prévient Eric Vivier. Si les résultats ont déjà été rendus publics pour l’étude de l’AP-HP, ce n’est pas encore le cas de celle d’Eric Vivier et de ses équipes, qui débute seulement.

Quelle échéance pour les premiers résultats ?

L’étude sur l’efficacité de l’Avdoralimab vient seulement de débuter. Elle portera sur 108 patients âgés de 18 à 80 ans et sera randomisée. C’est-à-dire qu’un groupe de patient recevra l’Avdoralimab tandis qu’un autre groupe recevra un placebo afin de comparer l’efficacité, ou non, de la molécule. « Le plus compliqué sera de recruter un nombre suffisant de patients », prévient Eric Vivier. Les premiers résultats ne sont attendus que d’ici plusieurs semaines, voire quelques mois.