Coronavirus : Finalement, les enfants ne seraient pas de grands vecteurs de transmission du Covid-19

CONTAGION Si au début de l’épidémie de coronavirus en France, les scientifiques ont alerté sur le potentiel contaminant des enfants, ces derniers ne seraient finalement pas de grands vecteurs de diffusion du Covid-19

Anissa Boumediene

— 

Des enfants entrent dans une école élémentaire (illustration).
Des enfants entrent dans une école élémentaire (illustration). —
  • Les écoles rouvriront le 11 mai prochain, ce qui suscite l’inquiétude de nombreux parents.
  • Au départ présentés comme des vecteurs importants du coronavirus, les enfants seraient finalement peu contaminés et peu contaminants, selon plusieurs études.
  • Mais le respect des gestes barrières restera de mise.

Ils ne seraient finalement pas si contaminants que ça. Alors qu’au début de l’épidémie de coronavirus, les enfants étaient décrits comme un public largement vecteur de transmission, ce ne serait donc pas le cas, rassurent les scientifiques. Une bonne nouvelle, puisque les enfants doivent reprendre le chemin de l’école à partir du 11 mai prochain. Enfin, sur la base du volontariat des parents, précise ce jeudi l’Elysée, alors que de nombreuses familles ne cachent pas leur inquiétude.

Pourtant, début mars, « nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques (…), sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus », avait déclaré le président Macron pour justifier la fermeture des écoles. Alors, quel rôle les enfants jouent-ils finalement dans l’épidémie ? Sont-ils particulièrement à risque ou contagieux ? Peut-on les renvoyer à l’école sans risque de relancer l’épidémie ? Une étude, publiée en avril dans la revue de la société des infectiologues américains (Clinical Infectious Diseases), conclut qu’ils ne seraient pas d’importants vecteurs de transmission de la maladie.

« Une dynamique de transmission différente chez les enfants »

Cette étude se penche notamment sur le cas de l’enfant de 9 ans qui avait contracté le Covid-19 aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie), l’un des tout premiers foyers infectieux français. Fin janvier, un Britannique de retour de Singapour avait rejoint dans la station de ski des compatriotes, dont une famille résidente de la station. Infecté, il était à l’origine de la contamination de douze personnes, dont cet enfant de 9 ans. Le petit garçon, qui a continué à fréquenter trois écoles et un ski-club avant que l’alerte sanitaire ne soit donnée, a finalement déclenché des symptômes légers du coronavirus, présentant une charge virale très faible huit jours après les premiers symptômes.

Après enquête menée sur place, infectiologues et épidémiologistes ont établi que ce jeune patient avait été en contact avec 172 personnes, dont 112 élèves et professeurs, alors qu’il était malade. Tous avaient alors été placés en quarantaine chez eux, car considérés comme à haut risque. Mais finalement, cet enfant n’a contaminé personne, pas même les deux autres enfants de sa fratrie. Ce cas « laisse à penser que les enfants pourraient ne pas être une source importante de transmission de ce nouveau virus » et suggère « une dynamique de transmission différente chez les enfants », conclut l’étude. Alors qu’ils sont un vecteur important d’autres virus comme la grippe, par exemple. « On sait que s’agissant des épidémies de grippe saisonnière, les enfants – donc les écoles – jouent un grand rôle dans la propagation du virus, confirme le Pr Arnaud Fontanet, directeur de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes de l’Institut Pasteur. Avec le coronavirus, le rôle des enfants dans la transmission n’est pas le même ».

Les enfants « peu impliqués dans les foyers infectieux »

Vraisemblablement, « il est possible que les enfants, parce qu’ils ne présentent pas beaucoup de symptômes et qu’ils ont une charge virale faible, transmettent peu ce nouveau coronavirus », explique Kostas Danis, épidémiologiste à Santé Publique France et auteur principal de cette étude.

Si l’on sait aujourd’hui que les enfants « développent des formes bénignes du Covid-19, on sait aussi désormais qu’ils sont peu impliqués dans les foyers infectieux, décrit le Pr Fontanet. Ils gardent généralement du virus dans la gorge environ une semaine. Mais on a observé qu’ils sont des formes "d’impasses" du virus : ils sont infectés par les adultes – et non l’inverse – et vont peu transmettre le virus par la suite. Ce qui laisse à penser que les enfants sont probablement moins infectés et moins infectieux ». Et plus précisément « les enfants de moins de 10 ans », qui pourraient être « moins sensibles à l’infection, observe ce jeudi sur France 2 le Pr Anne-Claude Crémieux, médecin spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. On attend sur ce point les résultats de travaux en cours », puisque cette étude, menée sur un seul enfant, doit être confirmée par d’autres enquêtes de terrain.

Reste qu'« il faudra accompagner la réouverture des écoles d’un certain nombre de précautions », insiste le Pr Fontanet, qui rappelle que « nous sommes très loin d’une immunité collective, donc les gestes barrières devront être respectés par tous ».

Et les adolescents ?

Mais qu’en est-il des adolescents ? L’Institut Pasteur a mené une étude épidémiologique réalisée à l’aide de tests de détection d’anticorps dans un lycée à Crépy-en-Valois (Oise), au sein d’un épicentre de l’épidémie de Covid-19 en France. Ces travaux, publiés ce jeudi, révèlent que 41 % des lycéens, enseignants et personnels travaillant dans ce lycée ont été infectés par le Covid-19 en février-mars. Et seulement 11 % des proches des lycéens (parents et fratrie) avaient des anticorps contre le SARS-CoV-2.

Les adolescents contaminés n’auraient donc pas massivement rapporté le virus à la maison, puisque les contaminations intrafamiliales n’apparaissent pas si fréquentes. « Le risque d’être infecté au sein du domicile passait de 9 % à 17 % pour les parents si le lycéen était infecté, et de 3 % à 21 % pour la fratrie », observent les chercheurs. Mais « les lycéens se rapprochent plus des adultes pour la capacité de transmission du virus que des enfants », avance le Pr Fontanet, premier auteur de l’étude.

A ce jour, on sait qu’en Chine, en Europe ou encore aux Etats-Unis, les personnes de moins de 20 ans représentent entre 1 % et 2 % des cas confirmés. Et de nombreux cas non-diagnostiqués auraient développé des formes peu ou pas symptomatiques. Ainsi, « au moins 17 % des personnes infectées à Crépy-en-Valois n’ont pas eu de symptômes », rappelle le Pr Fontanet. Et « la proportion de malades asymptomatiques se situerait entre 17 et 40 % », souligne le Dr Simon Cauchemez, responsable de l’unité de Modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’Institut Pasteur. Une proportion probablement plus importante chez les plus jeunes, et qui n’entre pas dans les critères de dépistage prévus dans le cadre du déconfinement progressif, qui prévoit de réserver les tests aux patients présentant des symptômes du Covid-19. « On ne sera jamais capable de tester tout le monde », reconnaît le Dr Cauchemez. Pour identifier malgré cela les malades asymptomatiques, « il faudra détecter les contacts qui, eux, pourraient présenter des symptômes, avance-t-il. Le dépistage de l’entourage permettra de capter ces patients peu ou pas symptomatiques et de les isoler ».

En France, selon des chiffres dévoilés par Santé publique France le 7 avril dernier, sur 29.721 personnes hospitalisées, on recensait 110 enfants de moins de 15 ans.