Coronavirus : La nicotine va être testée car elle pourrait être une arme contre l’épidémie

ESSAIS CLINIQUES « Parmi ces patients, il y avait seulement 5 % de fumeurs », rapporte un des auteurs d'une étude sur le sujet

20 Minutes avec agences
— 
Un fumeur tenant sa cigarette. (photo d'illustration)
Un fumeur tenant sa cigarette. (photo d'illustration) — CHAMUSSY/SIPA

La nicotine pourrait avoir un effet protecteur contre l’infection par le nouveau coronavirus, avancent des chercheurs en France où des essais préventifs et thérapeutiques vont être entrepris avec des patchs à la nicotine pour le vérifier. L’hypothèse est étayée par le faible nombre de fumeurs parmi les malades du Covid-19 hospitalisés, selon plusieurs études dans le monde, avec des taux allant de 1,4 % à 12,5 %.

Une nouvelle étude française portant sur 350 malades hospitalisés et 150 plus légers qui ont consulté, tous atteints du Covid-19, apporte une confirmation de cette sous-représentation des fumeurs parmi les malades. « Parmi ces patients, il y avait seulement 5 % de fumeurs », a déclaré le professeur de médecine interne Zahir Amoura, auteur de cette étude.

Essais préventifs et thérapeutiques

« L’hypothèse est que la nicotine, en se fixant sur le récepteur cellulaire utilisé par le coronavirus, l’empêche ou le retient de s’y fixer » et donc de pénétrer dans les cellules et de se propager, explique Jean-Pierre Changeux, professeur à l’Institut Pasteur et du Collège de France. Ce neurobiologiste de renommée mondiale, spécialiste des récepteurs nicotiniques, est coauteur d’un article à ce sujet dans les Comptes Rendus de Biologie de l’Académie des sciences, dont il est membre.

L’hypothèse de la nicotine reste toutefois à prouver, d’où l’importance des essais cliniques. Dès le feu vert final obtenu, des patchs nicotiniques vont être administrés à des dosages différents dans trois essais, à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris : en préventif à des soignants, pour voir si cela les protège, en thérapeutique à des patients hospitalisés en médecine, pour tenter de diminuer leurs symptômes, et enfin à des patients graves en réanimation, détaille Zahir Amoura.

Ne pas oublier les effets néfastes

La nicotine pourrait amoindrir l’hyper-inflammation, les « orages de cytokine », qui semblent jouer un rôle-clé dans les cas graves de Covid-19 et laissent la médecine relativement démunie. D’après le Zahir Amoura, des patients fumeurs hospitalisés pourraient voir leur état s’aggraver en raison d’un sevrage brutal du tabac, mais cela mérite d’être vérifié.

Cependant, ces études ne doivent pas inciter la population à se ruer sur les cigarettes et les patchs. Fumer altère les poumons et ce n’est pas bon pour la santé (cancers, accidents cardiaques, bronchites chroniques graves…), rappellent les médecins.

Il s’agit d'« une piste intéressante, parmi d’autres pistes de recherche clinique », a commenté ce mercredi le ministre de la Santé Olivier Véran. « Il ne faut pas oublier les effets néfastes de la nicotine […] Les fumeurs présentent des cas graves de Covid », a expliqué le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, déconseillant de reprendre la cigarette et rappelant que « le tabac est le tueur numéro 1 en France avec 75.000 décès par an ».