Coronavirus : Une étude estime à 60.000 le nombre de morts évités grâce au confinement

EPIDEMIE L’étude, publiée par des épidémiologistes de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), contredit l’idée que l’on aurait pu « juste » laisser se propager le virus. Les hôpitaux auraient été surchargés, point départ d’un scénario catastrophe

F.P.
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Coronavirus (illustration)
Coronavirus (illustration) — Sarah ALCALAY/SIPA

21 340 décès en France liés au coronavirus, depuis le début de l’épidémie. Tel est le dernier bilan dressé par Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, lors de son point presse de mercredi. Maintenant, quel aurait été ce bilan si la France n’avait pas pris des mesures de confinement ? C’est la question que se sont posée des épidémiologistes de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) dans une étude publiée ce mercredi 22 avril, rapporte Le Monde.

61.700 vies « épargnées »

« Nous avons été les premiers surpris par l’ampleur de ce chiffre », indique Pascal Crépey, co-auteur de l’étude, dans les colonnes du quotidien. Dans le modèle pris en compte dans l’étude, soit donc l’absence d’un confinement ou d’autres mesures de contrôle en France, « le nombre de décès quotidien double tous les 4 à 5 jours à partir du 19 mars, et atteint 10.000 le 19 avril », précise le chercheur.



Si le virus avait suivi son cours, 23 % de la population aurait été infectée pendant cette période, occasionnant une vague de cas graves impossible à absorber par les établissements de santé, poursuit l’étude. Près de 670.000 patients auraient eu besoin d’être hospitalisés, et au moins 140.000 cas graves auraient dû être pris en charge, nécessitant plus de 100.000 lits de réanimation.

Selon la modélisation de l’EHESP, 73.900 personnes seraient décédées à l’hôpital entre le 19 mars et le 19 avril si aucune mesure de distanciation sociale n’avait été prise, contre un peu plus de 12.200 décès observés. Soit donc 61.700 vies « épargnées ».

De quoi enterrer l’idée « qu’on aurait pu laisser se propager le virus »

« Ces chiffres sont un minimum », indique Pascal Crépey, « Ils ne tiennent pas compte de tous les patients qui seraient morts faute de soins si les hôpitaux avaient été débordés », explique-t-il, toujours dans les colonnes du Monde. « Ces résultats enterrent définitivement l’idée qu’on aurait pu laisser le virus se propager, en se disant : une fois qu’on l’aura tous eu, on sera débarrassé », estime le chercheur. « Ce qui s’est passé dans le Grand Est ou en Ile-de-France, où il a fallu transférer d’urgence des patients dans d’autres régions, nous donne un aperçu de ce qui aurait pu se passer. »