Coronavirus dans l’Oise : Seulement un quart de la population possède des anticorps dans un foyer de l’épidémie

SANTE Une étude épidémiologique, menée dans l’Oise montre que 26 % des enseignants, lycéens et leur famille ont été infectés par le Covid-19

G.D. avec AFP
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Une école à Crépy-en-Valois, fermée depuis le 2 mars 2020 pour cause d'épidémie de Covid-19.
Une école à Crépy-en-Valois, fermée depuis le 2 mars 2020 pour cause d'épidémie de Covid-19. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Une étude épidémiologique dans un lycée à Crépy-en-Valois révèle que 26 % des enseignants, lycéens et leur famille possèdent des anticorps contre le coronavirus.
  • C’est loin des 60 % à 70 % espérés dans la population générale pour avoir une immunité de groupe suffisante pour stopper l’épidémie.
  • Les contaminations intra-familiales n’apparaissent pas si fréquentes.

La ville est au sein d’un épicentre de l’épidémie de Covid-19 en France. Une étude épidémiologique* dans un lycée à Crépy-en-Valois, dans l’Oise, révèle que 26 % des enseignants, lycéens et leur famille ont été infectés et possèdent des anticorps contre le virus, selon l’Institut Pasteur. Un niveau totalement insuffisant pour justifier le moindre relâchement, selon les chercheurs.

Dans le détail, 41 % des lycéens, enseignants et personnels travaillant dans ce lycée ont été infectés par le nouveau coronavirus lors d’une épidémie en février-mars, selon cette étude publiée jeudi et réalisée à l’aide de tests de détection d’anticorps. Mais seulement 11 % des proches des lycéens (parents et fratrie) avaient des anticorps contre le SARS-CoV-2.

Aucune certitude sur le caractère protecteur des anticorps

C’est loin des 60 % à 70 % espérés dans la population générale pour avoir une immunité de groupe suffisante pour stopper l’épidémie, sous réserve que les anticorps soient réellement protecteurs contre le coronavirus et que cette immunité perdure au moins plusieurs mois.

« Nous n’avons pas de certitude sur le caractère protecteur des anticorps », souligne le Pr Arnaud Fontanet, premier auteur de l’étude et responsable de l’unité Epidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur à Paris.

Dans le cas de l’épidémie de SRAS née en Chine au début des années 2000, des études avaient rapporté que 10 % des patients n’avaient plus d’anticorps au bout de 12 mois.

Des régions quasiment indemnes

Les résultats de cette étude suggèrent que l’immunité collective ne s’établira pas rapidement. D’autant que « d’autres régions de France sont quasiment indemnes » de contact avec ce virus, ajoute le chercheur.

Il constate cependant « les effets positifs du confinement sur le ralentissement de l’épidémie : les vacances scolaires de février et le confinement dans l’Oise (intervenu le 1er mars, avant son extension au pays le 17 mars) ont fait diminuer fortement la circulation du virus dans les semaines qui ont suivi ».

Contaminations intra-familiales peu fréquentes

L’étude, mise en ligne sur le site de MedRxiv, a été réalisée du 30 mars au 3 avril dans un lycée de Crépy-en-Valois lié à un foyer de cas d’infection («cluster »). Elle a été réalisée par tests sérologiques faits à partir d’une prise de sang. Le taux d’infection est similaire dans les deux sexes.

Les contaminations intra-familiales n’apparaissent pas si fréquentes : le risque d’être infecté au sein du domicile passait de 9 % à 17 % pour les parents si le lycéen était infecté, et de 3 % à 21 % pour la fratrie si le lycéen était infecté.

Moins de fumeurs, mais des complications pour ces derniers

Les 9 % de parents infectés quand le lycéen ne l’était pas donnent une estimation de la circulation du virus en population adulte à Crépy-en-Valois. Parmi les symptômes, l’étude confirme que l’infection est retrouvée chez 84,7 % et 88,1 % des personnes ayant perdu l’odorat et le goût.

L’infection a touché moins de fumeurs (7,2 %) que de non-fumeurs (28 %) dans cette étude, confirmant de précédentes observations d’un très faible taux de fumeurs chez les patients hospitalisés pour Covid-19. Mais « les fumeurs, en cas de contamination, risquent de faire plus des complications de la maladie Covid-19 », avertit le Pr Fontanet.

* Elle a permis de tester 661 personnes.