Coronavirus : Tout savoir sur MakAir, ce respirateur à bas coût créé « en mode start-up »

INNOVATION Imaginé et mis au point en un mois, ce respirateur artificiel devrait bientôt démarrer ses essais cliniques

Julie Urbach

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Le respirateur Makair
Le respirateur Makair — Makers for Life
  • Né à Nantes, un collectif de 250 entrepreneurs, industriels, chercheurs ou professionnels de santé a conçu un respirateur à bas coût, en à peine quelques semaines.
  • MakAir, exclusivement dédié aux malades du Covid-19, devrait bientôt démarrer ses essais cliniques pour entrer rapidement en phase de production.

Après des heures et des heures de travail, il est quasiment prêt. MakAir, un respirateur artificiel pour la prise en charge des patients gravement malades du coronavirus, pourrait bientôt entrer en phase de production. L’appareil a été conçu en un mois par le collectif Makers for Life, né à Nantes, qui regroupe aujourd’hui 250 entrepreneurs, industriels, chercheurs ou professionnels de santé. Ce qu’il faut savoir.

Qu’est-ce que MakAir ?

Né dans la tête d’un petit groupe de Nantais au début de la crise sanitaire, MakAir est un respirateur artificiel exclusivement dédié aux malades du Covid-19, alors qu’une pénurie de ce matériel était à craindre en France et à l’étranger. « Les respirateurs traditionnels ont énormément de fonctionnalités pour répondre aux pathologies diverses, explique Grégory Thibord, en charge de la communication du projet. On a enlevé tout ce qui était superflu pour rendre le dispositif beaucoup plus simple, et aussi moins cher à produire. »

Résultat, MakAir serait donc 40 fois moins onéreux qu’un équipement classique : moins de 1.000 euros contre 45.000 euros pour une machine plus conventionnelle. « On a travaillé en mode start-up en allant chercher des composants en dehors du circuit traditionnel, poursuit Grégory Thibord. La batterie de secours est une batterie de scooter : ce n’est pas commun mais ça fonctionne aussi bien ! »

A-t-il la même efficacité ?

Avec de nombreux professionnels de santé et universitaires (notamment du CHU de Nantes et de Brest) en son sein, le collectif l’assure : le prototype a été conçu dans le respect strict des règles visant à garantir la sécurité du patient et selon les recommandations des sociétés savantes. Les essais cliniques, selon un protocole en cours d’examen par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), doivent démarrer prochainement sous la responsabilité du CHU de Nantes. Mais déjà, l’appareil a montré son efficacité lors des essais pré-cliniques, sur des poumons artificiels. « Sa prise en main par les équipes s’est très bien passée », indique-t-on.

Comment cet appareil a-t-il pu voir le jour en si peu de temps ?

Au-delà de cette prouesse technique, MakAir est aussi une réussite du point de vue organisationnel. « Ce projet inclut plus de 250 personnes volontaires et bénévoles qui bossent jour et nuit pour faire de ce projet un succès, se félicite sur Twitter Quentin Adam, l’un des initiateurs du projet. C’est un collectif regroupant privé et public, petites entreprises, indépendants, ETI ou grandes entreprises, et une variété étendue de compétences. »

Impossible de citer tous les partenaires du projet, qui a fédéré au-delà des acteurs nantais et a su convaincre le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), et la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui lui apporte un soutien financier. « L’urgence du moment a créé une énergie incroyable, observe Grégory Thibord, qui a mis à disposition du collectif le Palace, espace de coworking nantais qu’il dirige. Ce projet a un côté un peu fou, où personne n’a compté ses heures. Des rencontres nous ont permis à chaque fois de trouver la bonne clé pour avancer. »

Et s’il n’y a pas de pénurie de respirateurs ?

Pour autant, et alors que l’épidémie se stabilise en France, pas sûr que les MakAir soient finalement si attendus. « Si notre produit ne sert à rien, ça voudrait dire que l’épidémie est maîtrisée, et ce sera tant mieux, assure Grégory Thibord. Après on ne sait pas comment tout ça va se passer, en France et à l’étranger… On a déjà pas mal de demandes à l’international ». Le président de région Auvergne Rhône Alpes Laurent Wauquiez a déjà annoncé vouloir équiper les hôpitaux du territoire avec ce respirateur « parce qu’on a passé un pic de crise, mais on ne sait absolument pas de quoi peut être fait l’avenir ».

La balle sera aussi dans le camp de Renault et Seb, qui produiront l’appareil, d’ici à la fin avril, avec une capacité de plusieurs centaines d’unités par jour. « Cette histoire n’est de toute façon pas terminée, espère le collectif. Elle aidera probablement à une réflexion à plus long terme. Le sujet a déjà bien avancé. »