Coronavirus : « Ça va être tendu de tester 500.000 personnes par semaine… » Une matinée sur un « drive » de dépistage

REPORTAGE « 20 Minutes » s’est rendu sur le parking P7 du Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, où les laboratoires Cerballiance effectuent des tests de dépistage du Covid-19

Vincent Vantighem
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Paris, le 20 avril 2020. Un biologiste s'apprête à effectuer un prélèvement naso-pharyngé sur une jeune femme afin de vérifier si elle est porteuse du Covid-19 ou non.
Paris, le 20 avril 2020. Un biologiste s'apprête à effectuer un prélèvement naso-pharyngé sur une jeune femme afin de vérifier si elle est porteuse du Covid-19 ou non. — V. VANTIGHEM
  • Depuis quelques semaines, plusieurs laboratoires proposent des dépistages dans des lieux inhabituels, comme l’un des parkings du Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, où 20 Minutes s’est rendu.
  • Prescrits sur ordonnance, ces tests virologiques permettent d’identifier les personnes malades, mais ils sont loin d’êtres fiables à 100 %.
  • Ce dimanche, Édouard Philippe a indiqué que le déconfinement progressif s’accompagnerait d’un plan de dépistage de 500.000 personnes par semaine.

Légère courbe à droite. Accélération le long des barrières métalliques. Et demi-tour complet sur la gauche pour revenir au point de départ. Depuis quelques semaines, le parking P7 du Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris, a tout du circuit d’entraînement pour pilotes débutants. A ceci près que les deux tentes qui font office de stand sur la droite ne proposent pas de ravitaillement mais bien un prélèvement. Chaque jour, à cet endroit, les biologistes des laboratoires Cerballiance testent, en moyenne, une cinquantaine de personnes afin de déterminer si elles sont porteuses du Covid-19.

Le ballet est désormais bien rodé. Comme au fast-food, chaque voiture avance vitre ouverte. Un biologiste prend les renseignements à la volée et vérifie l’ordonnance, tandis qu’un second s’occupe du prélèvement, sans que le patient ne descende de son véhicule. Une chaise copieusement désinfectée est là pour accueillir les malades qui viennent à pied. Pour chacun, un écouvillon, sorte de long coton-tige, dans la narine droite. Un second dans la gauche. Pour être efficace, le prélèvement naso-pharyngé doit être profond…

Paris, le 20 avril 2020. Un biologiste s'apprête à effectuer un prélèvement naso-pharyngé sur une jeune femme afin de vérifier s'il est porteuse du Covid-19 ou pas.
Paris, le 20 avril 2020. Un biologiste s'apprête à effectuer un prélèvement naso-pharyngé sur une jeune femme afin de vérifier s'il est porteuse du Covid-19 ou pas. - V. VANTIGHEM

« C’est un peu désagréable mais cela ne fait pas mal… », tente de rassurer Patrice Hérisson, le directeur régional Île-de-France de ce laboratoire. « Hum… Ça se voit qu’il n’a pas fait le test… », soupire Clémence. Dans sa petite voiture rouge et blanche, cette infirmière de 24 ans est l’une des premières à se présenter ce matin-là. Elle sait de quoi elle parle. « Je suis déjà venue il y a 15 jours, poursuit-elle. J’étais positive. Je reviens le faire pour savoir si je peux reprendre le travail… »

Paris, le 20 avril. Les biologistes ont installé leur matériel sur un parking pour tester les porteurs du coronavirus.
Paris, le 20 avril. Les biologistes ont installé leur matériel sur un parking pour tester les porteurs du coronavirus. - V. VANTIGHEM

Objectif : 500.000 tests par semaine au 11 mai

Derrière elle, dans la file d’attente, essentiellement des soignants et des particuliers qui sont envoyés par leur médecin traitant. Comme Paul*, un électricien d’une quarantaine d’années. « Je l’ai eu et j’en ai vraiment bavé. J’ai été hospitalisé et tout…, lâche-t-il, des valises sous les yeux. Aujourd’hui, je viens faire le test pour rassurer mes proches. Ma femme et ma fille, surtout, qui ne comprend pas que je ne puisse pas la prendre dans les bras… »

Thibaut Carrère acquiesce, compatissant. Biologiste médical, c’est lui qui effectue les prélèvements ce matin-là. Sur sa liste, une vingtaine de patients qui ont pris rendez-vous. Mais à partir du 11 mai, peut-être beaucoup plus. Ce Dimanche, Edouard Philippe, le Premier ministre, a, en effet, indiqué que le déconfinement progressif allait reposer sur une stratégie de tests massifs à partir de cette date. L’objectif est de passer de 150.000 tests par semaine actuellement à 500.000, et de mettre à l’isolement toutes les personnes positives. Comme en Allemagne qui, forte de cette stratégie, assure que l’épidémie est maintenant « sous contrôle » sur son sol.

« On navigue à vue », reconnaît la biologiste

Patrice Hérisson ne doute pas de l’Allemagne. Des tests, un peu plus. « On sait que les résultats de nos prélèvements virologiques présentent 20 à 30 % de faux-négatifs [des personnes en réalité contaminées mais non-détectées]. Pour être sûr, il faut faire le test au moins 48 heures après l’apparition des symptômes. Ce n’est pas évident… » Alors, bien sûr, il y a aussi les tests sérologiques dont le but est de chercher la présence d’anticorps. Mais ces derniers ne sont pas encore validés et remis en cause… « On apprend tous les jours », soupire le directeur.

« Bienvenue dans notre monde ! », ironise Marine Anselmo. Tout en ajustant sa charlotte, la biologiste ne cache pas son scepticisme. « On ne sait même pas encore avec certitude si l’on est définitivement immunisé une fois qu’on a attrapé le virus… On navigue à vue. Ça va être tendu de tester 500.000 personnes par semaine. Ne serait-ce que pour avoir le matériel nécessaire… » Tout le monde a en tête l’expérience du Royaume-Uni qui a dépensé, en urgence, 20 millions de dollars pour acheter à la Chine des tests qui se sont, en fait, révélés… inefficaces.

Paris, le 20 avril 2020. Un biologiste effectue un prélèvement naso-pharyngé sur un homme afin de vérifier s'il est porteur du Covid-19 ou pas.
Paris, le 20 avril 2020. Un biologiste effectue un prélèvement naso-pharyngé sur un homme afin de vérifier s'il est porteur du Covid-19 ou pas. - V. VANTIGHEM

Édouard Philippe, lui, n’a pas encore indiqué précisément comment allait s’articuler le plan de dépistage envisagé par le gouvernement. Mais tout le monde s’y prépare. Selon nos informations, la mairie de Paris a ainsi déjà recensé d’immenses espaces dans chaque arrondissement, comme le parking P7 du Parc des Expositions. Ils devraient rapidement se transformer en autant de centres de prélèvements. Ce n’est plus qu’une question de jours maintenant.