Coronavirus : Une commission scientifique préconisait-elle le port du masque deux mois avant le confinement ?

FAKE OFF Un document daté du 22 janvier circule sur les réseaux sociaux depuis quelques jours

Francois Launay
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Le document circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux
Le document circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux — Capture d'écran
  • Un document officiel daté du 22 janvier est relayé ces derniers jours sur les réseaux sociaux.
  • Publié près de deux mois avant le confinement par la Coreb, une commission scientifique dépendante du ministère de la Santé, il préconisait le port de masques et de gants pour les soignants.
  • Des préconisations dans la lutte contre le coronavirus qui sont jugées tout à fait normales par les soignants.

« Le gouvernement savait. » Avec ce commentaire accrocheur, un internaute a relayé ces derniers jours sur les réseaux sociaux une note publiée le 22 janvier par la Coreb (Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique). Créée en 2003 à la suite du Sras, la Coreb dépend directement du ministère de la Santé. L’une de ses missions principales est de produire et d’envoyer des recommandations pour les soignants de première ligne (Samu, personnel hospitalier…) en cas d’épidémies.

Ce document, partagé plus de 17.000 fois en quelques jours sur Facebook, donne aux soignants les mesures à appliquer en cas de contact avec un patient atteint du Covid-19. Gel hydroalcoolique, port de gants et masques FFP2 font ainsi partie des gestes indispensables à mettre en place chez les soignants. En date du 22 janvier 2020, il interpelle les internautes car il est paru près de deux mois avant le confinement.

L’auteur du post viral a d’ailleurs entouré à la main certaines consignes formulées par la Coreb, insinuant que le gouvernement aurait sous-estimé les mesures de protection nécessaires et minimisé le danger de la maladie.

Le document circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux
Le document circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux - Capture d'écran

FAKE OFF

Après vérification, il apparaît que ce document est authentique et a bien été émis par la Coreb le 22 janvier. Il est d’ailleurs toujours disponible sur le site du ministère de la santé. Il n’émet pas de recommandations pour la population mais, on le rappelle, aux soignants en première ligne face à une maladie nouvelle.

Au moment où le texte a été rédigé, aucun malade n’avait été encore diagnostiqué sur le sol français. Si, la veille, la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, estimait que le risque d'introduction du virus dans l'Hexagone était « faible » mais pas nul, la Coreb se préparait toutefois bien à l’arrivée de l’épidémie partie de Wuhan le 12 décembre 2019.

« Ce texte est une procédure générique Coreb et fait partie des trois piliers de notre mission. Cette procédure est déclinée à chaque alerte que ce soit pour le Covid, Ebola, le Sras ou toute autre épidémie, explique la professeure Catherine Lefort, responsable de la mission Coreb. Ce qui nous permet d’y mettre quelques spécificités plus précises que la simple procédure générique. »

Premiers destinataires de ce texte, les personnels soignants n’y trouvent rien à redire. « La Coreb est une mission scientifique et c’est tout à fait normal qu’elle nous informe. Il n’y a rien de choquant car on a commencé à s’occuper de cas possibles bien avant le confinement, explique François Braun, président du syndicat Samu-Urgences de France. A l’époque, la prise en charge devait se faire uniquement dans des établissements santé de référence. Quant au port de masques et de gants, c’est une protection classique. Ce sont des choses tout à fait normales dans le cadre d’une pathologie infectieuse émergente. Ce texte est arrivé avec de bonnes recommandations. »

Le 24 janvier 2020, soit deux jours après l’envoi de ce document, les trois premiers cas dans l’Hexagone étaient d’ailleurs diagnostiqués. Si la pénurie de gels et de masques dans les hôpitaux a été depuis pointée du doigt, elle n’est pas de la responsabilité du Coreb dont le rôle est avant tout de donner des recommandations en cas d’épidémie. Et ses conseils peuvent d’ailleurs évoluer au fur et à mesure de l’épidémie, comme en témoigne la nouvelle procédure, envoyée le 29 février aux soignants de première ligne.