Coronavirus à Toulouse : Pourquoi le semblant de retour au calme au CHU peut être trompeur ?

EPiDEMIE Désormais au CHU de Toulouse, les deux tiers des patients en réanimation ne le sont pas à cause du Covid-19. Mais les soignants se préparent à une « deuxième vague » fin mai

Hélène Ménal

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Devant le CHU de Toulouse, à Purpan.
Devant le CHU de Toulouse, à Purpan. — F. Scheiber - Sipa
  • Il n’y a plus « que » 113 patients atteints du coronavirus hospitalisés au CHU de Toulouse, dont 39 en réanimation.
  • Mais les équipes s’attendent à une nouvelle augmentation des cas fin mai, après le déconfinement, dans une région où le virus a relativement peu circulé.
  • Les blessures liées au confinement augmenten, et certaines pathologies se sont aggravées parce que les patients n’ont pas osé solliciter les urgences pendant le pic l’épidémie.

Un « plateau » offert par le confinement, avant une inévitable nouvelle montée. Ce vendredi, 116 patients sont en réanimation au CHU de Toulouse. Mais seulement 39, un tiers, s’y retrouvent à cause du coronavirus. « La majorité des patients Covid-19 sont à plus de 15 jours d’évolution, nous n’en accueillons plus qu’un tous les deux ou trois jours, et les premiers extubés de fin mars-début avril sont pour la plupart rentrés chez eux », explique Béatrice Riu, cheffe du service réanimation de Purpan.

« On est clairement en réduction d’activité Covid, résume Marc Penaud, le directeur du CHU, mais on reste vigilants, enchaîne-t-il aussitôt, sur la probabilité forte d’une ré-augmentation fin mai ». La « vague », ou « vaguelette » personne ne sait, du déconfinement qui doit s’amorcer le 11 mai.

« On en est qu’aux dix premières bornes d’un marathon »

Mais pour l’instant, oui, le CHU souffle un peu. Certains soignants ont même pu partir en vacances de Pâques. « Ça nous permet de reprendre des forces, souligne Vincent Bounes, le patron du Samu, parce qu’on sait bien qu’il y aura des résurgences et qu’on en est qu’aux 10 premières bornes d’un marathon ».

D’ailleurs au Samu, la pause n’est pas vraiment à l’ordre du jour : « Tout ce que l’activité Covid perd, les autres pathologies le gagnent ». Il y a ceux qui n’ont pas osé déranger les soignants pour des pathologies chroniques en plein pic de l’épidémie et dont l’état s’est aggravé. Les interventions directement liées au confinement augmentent aussi, en raison des violences à hui clos ou des accidents domestiques. Ces derniers sont en hausse « de 37 % », avec notamment des intoxications d’enfants sous la garde depuis maintenant plus d’un mois de parents fatigués.

« Immunité plus faible »

Et, de façon générale, le CHU « ne désarme pas » ses unités. « Elles ont la capacité de monter en charge très vite en cas de besoin », insiste Marc Penaud. Un besoin de quelle ampleur ? Les signaux sont contradictoires. Une étude « maison », réalisée aux urgences montre que seulement 2 % des enfants symptomatiques sont en fait réellement infectés par le coronavirus, contre 25 % des adultes. Une tendance « frappante » qui montrerait donc que les enfants sont relativement épargnés et que la réouverture de certaines écoles ne va pas allumer des mèches trop grosses.

En revanche, Toulouse et sa région, relativement épargnées par l’épidémie comme l’Ouest de la France en général, sont exposées à un effet boomerang. « Le virus a moins circulé, par conséquent on peut craindre que l’immunité globale soit plus faible », souligne Jacques Izopet, chef du service virologie. Ce n’est donc probablement qu’un répit.