Coronavirus : Tout savoir sur XAV-19, ce traitement à base d'anticorps en cours d'élaboration

RECHERCHE La start-up nantaise Xenothera annonce la fabrication prochaine de son « candidat médicament », dans le but d’un essai clinique au mois de juin

Julie Urbach

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L'entreprise nantaise Xenothera travaille sur un traitement destiné aux malades du Covid-19
L'entreprise nantaise Xenothera travaille sur un traitement destiné aux malades du Covid-19 — Xenothera
  • Spécialisée dans la biotechnologie, l'entreprise Xenothera travaille sur un traitement à base des anticorps qu'elle fabrique depuis plusieurs années.
  • Elle annonce la production du premier lot de ce médicament, qui permettra le lancement d'un essai clinique d'ici à deux mois.

Chloroquine, plasma de patients guéris, vaccin… Les chercheurs du monde entier s’attellent à explorer les différentes pistes thérapeutiques pour faire face à la pandémie de coronavirus. En France, la start-up nantaise Xenothera a annoncé, ce mercredi, avoir conclu un partenariat avec le laboratoire pharmaceutique LFB pour l’élaboration d’un « candidat médicament », appelé XAV-19. Ce qu’il faut savoir.

De quoi parle-t-on ?

Le XAV-19 est un traitement destiné aux patients touchés par le Covid-19 déjà hospitalisés. Objectif : éviter que leur état de santé ne se dégrade encore, jusqu’à nécessiter un placement en réanimation. La start-up Xenotheramise sur XAV-19, un médicament à base d’anticorps, afin de booster les défenses immunitaires du malade et d’empêcher le virus d’entrer dans les cellules (et donc de se multiplier). « Normalement, une personne fabrique ses propres anticorps mais on ne sait pas encore bien ce qu’il se passe pour ce coronavirus, explique Odile Duvaux, la présidente de Xenothera. Avec XAV-19, l’objectif est de le neutraliser, tout en évitant ce mécanisme d’aggravation qui se produit parfois pour les infections virales. Nous savons aussi que ces anticorps n’induisent pas de phénomène inflammatoire. »

D’où viennent ces anticorps ?

La biotech Xenothera travaille depuis cinq ans à la mise au point de ces anticorps dits « glyco-humanisés », produits par des animaux mais qui ressemblent à ceux des hommes. Elle affirme avoir déjà décliné cette technologie dans d’autres cas, notamment le traitement du cancer, et a récemment lancé un essai clinique autour du rejet des greffes. « On ne débarque pas sur ces sujets, et c’est pour cela que nous pensons pouvoir non pas sauver le monde, mais apporter une réponse à l’épidémie de Covid-19 ». Une technique qui se rapproche de celle qui consisterait à injecter des anticorps de patients guéris, sauf qu’elle permettrait « d’en produire davantage », estime la chercheuse.

Où en est le processus ?

L’équipe d’Odile Duvaux, composée d’une douzaine de personnes, vient de convaincre le laboratoire LFB de produire « un premier lot clinique ». « La fabrication va commencer début mai, annonce la présidente. Notre calendrier est très ambitieux car un essai clinique pourrait démarrer à la mi-juin ». Dans les faits, et une fois l’autorisation de l’ANSM délivrée, une vingtaine de patients du CHU de Nantes pourraient recevoir ce traitement, administré par intraveineuse. Une deuxième série d’essai du XAV-19 pourrait suivre et concerner cette fois « plusieurs centaines » de malades, indique la start-up.

Combien ça coûte ?

C’est l’un des freins rencontrés par Xenothera, qui estime à 3 millions d’euros la somme nécessaire pour mener à bien ce projet. Il y a deux semaines, la start-up a lancé un appel aux dons (toujours d’actualité) permettant déjà de réunir « plus de 90.000 euros » et susciter l’intérêt des collectivités. Jeudi dernier, la région Pays-de-la-Loire a annoncé une aide immédiate de 200.000 euros au programme de recherche de la start-up, qualifiée de « vitrine de l’excellence ligérienne en matière de biotechnologie ». Le député LREM François de Rugy a aussi fait part de son soutien. « On a pris le risque financier de faire avancer le programme sans le ralentir, confie Odile Duvaux, qui mise sur un soutien prochain de la BPI. On espère désormais convaincre nos dirigeants : le président Macron l’a rappelé lors de son allocution, aucune piste thérapeutique ne doit être laissée de côté ! »