Coronavirus : Un homme dans un état critique après avoir voulu se soigner à la chloroquine

INFO « 20 MINUTES » Âgé de 42 ans, cet homme a été admis, cette semaine, en réanimation à l’hôpital Jacques Cartier de Massy (Essonne) après avoir pris de la chloroquine

Vincent Vantighem

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Des soignants de l'Institut de Marseille montrent des plaquettes de chloroquine, efficace, selon eux, pour lutter contre le coronavirus.
Des soignants de l'Institut de Marseille montrent des plaquettes de chloroquine, efficace, selon eux, pour lutter contre le coronavirus. — GERARD JULIEN / AFP
  • Selon nos informations, un homme de 42 ans a été admis à l’hôpital Jacques Cartier en détresse cardiaque, après avoir pris de la chloroquine en automédication.
  • Testé positif au Covid-19, cet homme ne présentait pas de symptômes graves mais avait choisi de se soigner tout seul.
  • Intubé et ventilé dans le service de réanimation, il était, jeudi soir, dans un « état critique mais stable ».

Quand le remède supposé est pire que le mal. Selon nos informations, un homme de 42 ans a été admis en réanimation à l’hôpital privé Jacques Cartier de Massy (Essonne), après avoir pris de la chloroquine. Testé positif au coronavirus mais ne présentant pas de symptômes graves, cet homme avait choisi de se soigner en prenant en automédication la substance qui fait aujourd’hui débat dans la communauté scientifique. Jeudi soir, il était « stabilisé » mais toujours « dans un état critique ».

« Il est arrivé aux urgences en fibrillation ventriculaire. Quasiment en arrêt cardiaque, indique François Auquière, le directeur de l’hôpital. Il a été intubé, ventilé et admis en réanimation. Si j’en parle aujourd’hui, c’est pour alerter sur les dangers de la chloroquine. Ce n’est pas un médicament anodin. Il ne faut pas en prendre sans l’avis d’un médecin ! »

« C’est la première chose que les patients demandent »

Utilisée à l'origine pour lutter contre le paludisme, la chloroquine (ou son dérivé l’hydroxychloroquine) suscite aujourd’hui la polémique dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus. Héraut de ce traitement, le professeur marseillais Didier Raoult assure que ce traitement est efficace dès l’apparition des premiers symptômes du Covid-19. Mais il présente aussi des effets secondaires et peut entraîner des troubles cardiaques. Le praticien a lui-même mis en garde contre les risques liés à l'automédication.

Il n'empêche, le 1er avril, le directeur de l’Agence régionale de Santé de Nouvelle-Aquitaine avait indiqué que dix patients avaient dus être admis en soins intensifs après avoir pris de la chloroquine en automédication.

« L’impact médiatique de la chloroquine est assez dingue, témoigne Bertrand Devaux, chef de l’unité Covid-19 au CHU de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne). La première chose que les patients demandent en arrivant ici pour une suspicion de coronavirus, c’est s’ils vont en avoir. Et quand ils sont inconscients, c’est leur famille qui réclame ! Nous en prescrivons un peu selon des critères stricts. Car, on n’est absolument pas certains pour l’instant des bénéfices de la molécule. Mais absolument certains des risques qu’elle fait courir aux patients… »

Montereau-Fault-Yonne, (Seine-et-Marne), le 9 avril 2020. Le protocole Chloroquine est affiché dans la salle de soins.
Montereau-Fault-Yonne, (Seine-et-Marne), le 9 avril 2020. Le protocole Chloroquine est affiché dans la salle de soins. - V. VANTIGHEM

Une visite de Macron à Raoult mais pas de « reconnaissance »

Jeudi, Emmanuel Macron a rendu visite au professeur Didier Raoult , qui lui a présenté la dernière étude de ses services qui confirme, selon lui, l’efficacité de la chloroquine pour lutter contre le Covid-19. Mais l’Elysée a insisté sur le fait que cette rencontre ne présentait pas une « reconnaissance » de la méthode du professeur controversé.

Quant au patient admis à l’hôpital Jacques Cartier de Massy, « tout sera évidemment fait pour tenter de le sortir de cette situation », poursuit François Auquière. Et cela même si le travail ne manque pas pour les soignants submergés par les patients atteints par le coronavirus.

Contactée par 20 Minutes, l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France était dans l’incapacité de préciser si d’autres cas de contamination à la chloroquine après une automédication avaient été signalés ces derniers jours.