VIDEO. Coronavirus à Marseille : Des surblouses friables comme du papier distribuées aux soignants de l’AP-HM ?

FAKE OFF Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, des infirmières marseillaises qui travaillent à la lutte contre le coronavirus à l’AP-HM déplorent avoir des blouses défectueuses qui se déchirent au moindre mouvement

Mathilde Ceilles

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Des patients dans un hôpital de Marseille pendant l'épidémie de coronavirus
Des patients dans un hôpital de Marseille pendant l'épidémie de coronavirus — FREDERIC MUNSCH/SIPA

A peine la blouse enfilée, la matière, fine, se craque. « Attention, on a reçu les nouvelles blouses, les Américains ils n’en ont pas voulu sur le tarmac, lance cette soignante en blouse blanche de la Timone. Je la prends délicatement. On ne sait jamais ce qui va se passer. Et hop ! Coucou ! J’ai ma main ​qui est passée à travers. »

Rapidement, la vidéo diffusée ce week-end fait le tour des réseaux sociaux. Certes, dans cette séquence, les soignantes préfèrent s’amuser de la situation ubuesque. Mais les rires ne sauraient cacher les questions que soulèvent ces images tournées ce week-end à Marseille, dans le troisième CHU de France, en pleine épidémie de coronavirus. Des blouses défectueuses ont-elles été vraiment été distribuées au personnel soignant de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille ?

FAKE OFF

Contactée, l’AP-HM reconnaît l’existence de ces blouses qui ont été d’abord distribuées dans plusieurs services dédiés aux patients atteints du coronavirus, dont le service adéquat de l’hôpital pédiatrique de la Timone. « Nous distribuons, au fur et à mesure des besoins, par l’intermédiaire de notre lieu de stockage qui est la plateforme logistique, explique à l’issue d’une conférence de presse sur le sujet Pierre Pinzelli, secrétaire général de l’AP-HM. Nous y réalisons des sondages qualité dans des lots que nous distribuons. Evidemment, on ne va pas ouvrir chaque sachet. C’est impossible. Ici, c’était un lot de 20.400 blouses. Et nous ne l’avions pas acheté récemment, en Chine. Il fait partie de nos stocks avant la crise du coronavirus. Et nous avons identifié dans ce lot 300 blouses défectueuses. »

L’AP-HM affirme qu’une fois le défaut signalé en interne, par ces équipes, les cartons défectueux ont été « immédiatement retirés » et un autre carton de surblouses a été distribué au personnel soignant. « Dans ce service, il n’y a eu aucune mise en danger de personne, ni des professionnels, ni de nos patients », martèle Pierre Pinzelli.

Dans un communiqué de presse, l’AP-HM affirme qu’une enquête interne a été diligentée pour faire toute la lumière sur ces faits. Les conditions de stockage de ces blouses pourraient expliquer cette situation. « Trois cartons, sur l’ensemble de lot, ont pu prendre l’humidité, reconnaît Pierre Pinzelli. Des traces d’humidité ont été identifiées sur le dessous des cartons, et il est probable que cela ait détérioré ces quelques blouses, qui représentent un nombre anecdotique par rapport au nombre de blouses distribuées tous les jours. »

Un ton qui laisse transparaître le malaise qu’a provoqué cette courte vidéo au sein des hôpitaux marseillais. « Cette vidéo a été rendue publique par Cyril Navarro Diaz, qui ne travaille pas pour l’AP-HM, précise ainsi l’AP-HM dans un communiqué. Elle avait été diffusée, dans un premier temps, sur un groupe de discussion privé réservé à notre personnel. Selon les premiers éléments, l’infirmière au centre de cette vidéo, n’a pas donné l’autorisation à une personne extérieure qu’elle soit rendue publique sur les réseaux sociaux. »

L’incident a-t-il causé du tort aux soignantes liées à cette vidéo, plusieurs sources laissant entendre qu’elles avaient été convoquées par leurs supérieurs ? « Il n’y a eu aucune convocation, aucun acte à caractère disciplinaire, juste le fonctionnement de l’institution », réfute Pierre Pinzelli.

Le cataclysme provoqué par cette vidéo est d’autant plus fort que l’approvisionnement en surblouses comme celles incriminées sur ces images est à cette heure particulièrement critique dans les hôpitaux de Marseille. « On nous dit que c’est un cas isolé, résume Audrey Jolibois, secrétaire du syndicat Force ouvrière de l’AP-HM. Pour l’instant, on veut bien les croire. Maintenant, on reste très vigilant à ce que ça ne reproduise pas. La situation est déjà très tendue sur ce genre de matériel. S’il faut à chaque fois jeter un carton, ça va être encore plus compliqué. »

« Nous utilisations entre 5.000 et 7.000 surblouses par jour, ce qui est nettement supérieur à notre consommation habituelle », reconnaît Pierre Pinzelli, qui affirme notamment qu’une réunion a été tenue pour relancer une filière locale de production de blouses et ainsi assurer l’approvisionnement des hôpitaux marseillais. En attendant, l’AP-HM espère pouvoir compter sur une livraison de 79.500 surblousses prévue ce mardi, sans laquelle ses stocks en la matière seraient totalement vides dans seulement six jours…

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