Coronavirus à Marseille : Manque de personnel, incertitudes… L’AP-HM est-elle prête à faire face ?

SANTE Après des années de difficultés, marquées par un manque de personnel, l'AP-HM tente de se mettre en ordre de marche alors que l'épidémie de coronavirus déferle sur Marseille

Mathilde Ceilles

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Des soignants de l'AP-HM lors de l'épidé
Des soignants de l'AP-HM lors de l'épidé — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Depuis plusieurs années, entre vétusté, déficit et absentéisme, l’AP-HM, troisième CHU de France après Paris et Lyon, va de crise en crise.
  • C'est dans ce contexte que l’épidémie de coronavirus va probablement déferler dans quelques jours à Marseille.
  • L’hôpital tente de se préparer, non sans inquiétude.

Alors que l’épidémie de coronavirus s’est muée en un tsunami qui noie les équipes médicales des différents hôpitaux publics à Paris ou dans le Grand Est, à Marseille, le personnel de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM) regarde la vague s’approcher des côtes de la cité phocéenne, non sans crainte.

« On est dans une phase ascendante », constatait ce vendredi lors d’un point presse le professeur Dominique Rossi, face aux hospitalisations en hausse. Selon nos informations, dans les différents services de réanimation de l’AP-HM, ce lundi, 79 lits étaient occupés sur les 142 disponibles, soit une augmentation de 25 % depuis vendredi. Et pas moins de 200 lits sont occupés dans les unités consacrées au coronavirus, dites « unités Covid », soit 55 % de la capacité totale maximum.

Une institution fragile

Mais comment faire face à la vague qui, immanquablement, va déferler sur Marseille et sa région, quand on connaît la situation particulièrement délicate du troisième hôpital public de France après Paris et Lyon ? Entre des systèmes de lutte contre les incendies défectueux, des bâtiments vétustes qui accueillent pourtant des millions de patients chaque année et des drames qui viennent écorner sa réputation, comme ce patient, retrouvé mort en septembre dans une pièce désaffectée de la Conception, l’AP-HM va de crise en crise depuis plusieurs années. Des difficultés qui l’ont notamment conduite à supprimer de nombreux lits et à lancer une rationalisation à tous les étages, malgré un taux d’absentéisme record de son personnel.

Une fragilité qui inquiète les personnels soignants marseillais. « Si c’est la même catastrophe sanitaire que dans d’autres régions de France, si la vague nous arrive comme elle est arrivée à Mulhouse, je crains que l’on ne soit pas prêt, confie ainsi sans détour Audrey Jolibois, secrétaire du syndicat FO de l’AP-HM. L’AP-HM a vécu des périodes d’austérité. Donc, forcément, aujourd’hui, on se retrouve face à une crise que l’on ne peut pas prendre en charge. Il nous manque des lits fermés depuis des années. On a tiré la sonnette d’alarme. Personne ne nous a écoutés. Résultat : aujourd’hui, on est en pénurie d’effectifs et on est obligé d’ouvrir les vannes pour recruter à tour de bras. »

Des recrutements en urgence

En fin de semaine dernière, l’AP-HM a en effet déclenché un vaste plan de communication pour recruter en urgence du personnel. « Si on avait des effectifs normaux, on n’aurait pas à faire ces recrutements de dernière minute, affirme Jean-Luc Jouve, chef de service à la Timone et référent de la région Paca du collectif interhôpitaux. Malheureusement, cette épidémie reflète toute la faiblesse de l’hôpital public. »

De son côté, la direction préfère évoquer une anticipation des besoins. « On a fait un appel assez général, pour nous aider à prendre en charge tous les patients, aussi bien en urgence, affirmait ce vendredi Jean-Olivier Arnaud, président du directoire de l’AP-HM. Nous prévoyons une montée en puissance des unités de réanimation. Nous allons devoir augmenter au-delà de nos capacités. Et pour armer ses lits, il nous faut plus de médecins et plus d’infirmières. Il nous reste quelques jours de préparation avant la montée en puissance. » « Au bout du bout, on aura un total de 500 lits dédiés au Covid-19 », tente de rassurer de son côté Dominique Rossi.

De nombreuses inconnues

L’AP-HM a de plus lancé récemment une application pour suivre les malades du coronavirus une fois sortis du système hospitalier. Enfin, détail qui compte, l’IHU voisin, dirigé par le désormais célèbre professeur Didier Raoult, ​est en première ligne sur la question du coronavirus, avec notamment des locaux particulièrement adaptés pour la prise en charge de ces patients.

Restent toutefois de nombreuses inconnues face à ce phénomène inédit qu’est l’épidémie de coronavirus dans la région. « On ne sait pas quand le pic sera atteint, analyse Jean-Pierre Jouve. C’est ça qui est profondément angoissant. On peut évaluer le pic en faisant des extrapolations à partir des autres régions. Mais on ne sait pas à quel moment le pic sera atteint et on ne sait pas l’efficacité du confinement partiel qu’on a eu à Marseille… » Depuis le début de l’épidémie, près de 500 malades du Covid-19 ont été hospitalisés à l’AP-HM, et huit patients sont décédés.