Coronavirus : Traiter les masques FFP2 pour les réutiliser ? Les possibilités actuelles sont limitées

FAKE OFF Deux méthodes pourraient être efficaces pour traiter une fois ces masques, selon des chercheurs de Stanford, qui restent prudents sur le sujet. « Aujourd’hui, l’arsenal pour retraiter est très limité », explique un spécialiste à « 20 Minutes »

Mathilde Cousin

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Illustration d'un masque FFP2.
Illustration d'un masque FFP2. — Prentice C. James/Cal Sport Medi/SIPA
  • La question de la réutilisation des masques FFP2 se pose pour les soignantes, face à la pénurie.
  • Une étude dévoilée par des chercheurs de l’université de Stanford dévoile deux méthodes qui pourraient permettre de les réutiliser.
  • Il existe d’importantes limites à ces méthodes.

Face à la pénurie, une infirmière américaine confie à un journal local qu’on lui a demandé de porter à nouveau un masque FFP2, normalement destiné à un usage unique. Les soignants peuvent-ils réutiliser les masques FFP2 ? Une étude dévoilée le 23 mars par des chercheurs de l’université américaine​ de Stanford s'est penchée sur la question.

Deux méthodes se détachent de l’étude : un air à 70°C pendant trente minutes dans un four, qui n’est pas celui de votre maison, soulignent les scientifiques, et un passage à la vapeur d’eau. Cela signifie-t-il que ces méthodes peuvent être adoptées ? Les chercheurs de Stanford sont très prudents : ils rappellent qu' « on ignore comment le fait de porter le même masque plusieurs fois affecte l’ajustement [sur le visage] des masques N95 (équivalents des FFP2) ».

Pas une solution miracle

En France, la pratique n’est pas recommandée. La Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) précisait le 14 mars que les masques ne doivent pas être réutilisés « dès lors qu’ils ont été manipulés et ôtés du visage. »

Ces méthodes testées par l’université américaine ne sont pas des solutions miracles au manque de masques, explique à 20 Minutes Pierre Parneix, médecin de santé publique et d’hygiène hospitalière au CHU de Bordeaux et ancien président de la SF2H. Il voit plusieurs obstacles à ces procédés : il faudrait vérifier le nombre de fois où ceux-ci peuvent être utilisés sans altérer les qualités barrières des masques. Il faudrait également s’assurer que ces procédés assurent une décontamination totale du masque. « Dans la plupart des études qui sont faites, ils ne font qu’un seul traitement, ils regardent si ça marche une fois, mais pas plusieurs fois », développe Pierre Parneix. Le spécialiste rappelle également « qu’à chaque fois que l’on manipule ces masques, on a un risque de se contaminer ».

Une limite au nombre de fois où le masque peut être traité

Plusieurs procédés ont déjà fait l’objet de tests, rappelle-t-il : « Les ultraviolets ont montré une efficacité. La difficulté de l’UV, c’est qu’il faut arriver à le diffuser partout. Certaines études ont montré que, selon la forme du masque, les UV vont à certains endroits, mais ils ne vont pas à d’autres. »

Un procédé de stérilisation industriel à basse température, le procédé Sterrad, testé par des chercheurs de l’institut de santé publique de l’environnement des Pays-Bas, « paraîtrait fiable, souligne Pierre Parneix. Par contre, au bout de trois fois, le masque était détruit. Même un procédé structuré comme cela, le retraitement serait a priori très limité. »

Autoriser la prolongation de la durée du port du masque

« Aujourd’hui, l’arsenal qu’on a [pour retraiter ces masques] est très limité », résume-t-il. Comment faire face aux difficultés d’approvisionnement ? La SFP2H recommande d’autoriser la prolongation de la durée de port du masque dans la journée.

Qu’en est-il des masques chirurgicaux et des masques en tissus ? « Pour les masques chirurgicaux, il n’y a pas de procédé de retraitement », rappelle Pierre Parneix. Pour les masques en tissu, le repassage à plus de 110°C pourrait être efficace. Mais attention, avant de porter un masque en tissu, il faut déjà que celui-ci protège correctement, ce qui n’est pas le cas de tous les modèles.

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