Coronavirus : Des tablettes dans les hôpitaux italiens pour que les malades disent adieu à leurs proches ?

FAKE OFF Un tweet viral affirme qu’en Italie, des malades du coronavirus « en phase terminale » sont contraints de dire adieu à leur proche en visioconférence. Si cette situation n’est pas une généralité, elle s’est effectivement produite en Lombardie, notamment

Marie-Laetitia Sibille

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Une hospitalisation en service de réanimation,
Une hospitalisation en service de réanimation, — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Des malades italiens contraints de faire leurs adieux à leur proche par l’intermédiaire de tablettes ? C’est ce qu’affirme un compte Twitter ivoirien, photo d’illustration à l’appui.
  • Si la photo ne correspond pas à un cas de patient en fin de vie, des mesures de ce genre ont bien été prises en Italie.
  • L’interdiction de visites dans les hôpitaux et celle de se rendre aux obsèques posent la question du deuil et des conséquences psychologiques.

« En Italie, les malades en phase terminale disent adieu à leurs familles par appel vidéo. » Ce tweet, posté ce dimanche par le compte du site people ivoirien First Magazine, alerte sur l'isolement des patients atteints du coronavirus.  Il s'accompagne d'une photo d’un personnel soignant tenant une tablette devant un malade sur son lit d’hôpital. A l’écran, on distingue plusieurs visages et un autre patient alité.

Le tweet a, depuis, été supprimé.
Le tweet a, depuis, été supprimé. - Capture d'écran Twitter

Ce tweet n’a pas manqué de provoquer des réactions d’internautes, entre tristesse, colère et incrédulité : « Vous comprenez que la situation est grave ? Si non, il serait peut-être temps d’ouvrir les yeux maintenant », « Mon Dieu c’est horrible, les pauvres gens », « Continuez à sortir, allez-y bande d’égoïstes » ou « Quelle est votre source ? »

Le tweet a été supprimé dans la matinée de ce mardi 24 mars, a constaté 20 Minutes.

Le post retwitté.
Le post retwitté. - Capture d'écran Twitter

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, First Magazine n’a pas répondu sur la source de cette photo. Le professeur Jean-Paul Mira, chef du service de médecine intensive et de réanimation de l’hôpital Cochin, à Paris, la décrypte : « Selon moi, il ne s’agit pas d’une fin de vie. Ce n’est pas un environnement de réanimation où le patient serait intubé. Là, il a juste de l’oxygène. Et il a même l’œil vif, il n’est pas en grande détresse. »

Néanmoins, si, dans ce cas précis, le cliché semble être une photo prétexte, des appels vidéos entre des malades en fin de vie et leurs proches ont bien été organisés par des soignants italiens, comme le relate un article du quotidien Il Giornale, paru le mercredi 18 mars : « Une grand-mère voulait voir sa petite-fille. J’ai sorti le téléphone et l’ai appelée en vidéo. Elles se sont dit au revoir. J’espère qu’ils nous donneront des mini iPads, trois ou quatre suffiraient, pour ne pas les laisser mourir seuls », y témoigne un médecin de l’hôpital San Carlo Borromeo, à Milan. Dans cet article, on apprend aussi que l’opérateur de téléphonie mobile italien Tim a promis de faire don de « tablettes pour les hôpitaux à la pointe de la lutte contre le coronavirus ». Lorenzo Musotto, conseiller municipal du 6e arrodissement de Milan, a, lui, déclaré dans un post sur Facebook avoir « acheté des tablettes à donner aux établissements de santé pour permettre aux malades de pouvoir saluer leurs proches une dernière fois ».

Cette solution est-elle envisagée en France ? « Hier, en réunion de crise à Paris, le sujet a en effet été évoqué, poursuit le professeur Jean-Paul Mira. Mais il en faudrait au moins 1.100 sur Paris. La dépense est-elle vraiment utile ? »

De la « désobéissance civile »

Lui a choisi une autre méthode, plus radicale : passer outre les consignes. « Je n’en peux plus de cette directive [l'interdiction faite par l’Agence régionale de santé de visiter les malades] qui n’a aucun sens [...]. Directive inhumaine, car quand ces patients meurent, les familles peuvent alors apercevoir un peu leur aimé dans un sac mortuaire avant la fermeture de celui-ci et point », témoigne-t-il sur son compte Facebook. « Je vais demander ce jour officiellement de pouvoir accepter un visiteur par jour près de ces patients. J’espère que cette demande sera acceptée. Si elle ne l’est pas, je ferai de la désobéissance civile ».

Comme il le détaille sur une vidéo YouTube, ces visites demeureraient très encadrées : « Nous avons mis au point un protocole et notre objectif a été la sécurité de chacun. Un seul visiteur par patient et le même visiteur durant toute la durée du séjour. Avant chaque visite, nous nous assurons que le visiteur n’a pas de symptômes du Covid-19. »

« Cette épidémie tue deux fois »

En France, des appels ont bien été lancés pour l’obtention de tablettes, mais pas forcément pour les patients en fin de vie, comme à Argenteuil (Val d'Oise), au centre hospitalier Victor-Dupouy. Pour que les patients en unité de soins de longue durée puissent garder un contact avec leurs proches par visioconférence, l’hôpital espère acquérir une dizaine d’appareils, comme il est expliqué sur sa page Facebook : « Permettez-nous d’acheter des tablettes 4G pour maintenir du lien entre nos patients de gériatrie, de soins palliatifs et leurs familles ! »

Quoi qu’il en soit, le problème de l’adieu au mourant va sans doute avoir de graves conséquences psychologiques sur les familles endeuillées : « On parle des retombées économiques, mais la réalité psychologique à venir et les syndromes post-traumatiques vont être énormes pour les familles qui n’ont pas pu dire au revoir au défunt, ni assister aux obsèques », s'inquiète le professeur Jean-Paul Mira. « Cette épidémie tue deux fois, témoigne un employé des pompes funèbres en Lombardie dans les colonnes des Echos​. En isolant les malades avant leur décès et en empêchant leur famille de les accompagner dans leur dernier voyage. Elles sont dévastées et ont du mal à l’accepter. »