Coronavirus : Que faut-il savoir sur l’essai clinique piloté à Lyon ?

RECHERCHE L'essai clinique européen Discovery contre le Covid-19 a été lancé dimanche à Lyon, où ce projet européen est piloté

Elisa Frisullo

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Dans un laboratoire de test pour le coronavirus.  Illustration.
Dans un laboratoire de test pour le coronavirus. Illustration. — Rainer Droese - Sipa
  • L’essai clinique européen Discovery contre le Covid-19 a été lancé dimanche à Lyon, où ce projet européen est piloté.
  • Quatre traitements vont être évalués, avec de premiers résultats attendus dans les toutes prochaines semaines.
  • 800 patients français, atteints par le coronavirus et hospitalisés avec déjà des signes de gravité, vont être inclus dans l’étude.

C’est un projet de recherche en temps réel qui a mobilisé de nombreux chercheurs nuit et jour depuis le 1er mars. Dimanche a été lancé Discovery, un essai clinique européen piloté à Lyon et destiné à évaluer différentes molécules pour lutter contre le coronavirus. 20 Minutes vous explique ce qu’il faut savoir sur ce projet d’envergure détaillé par Florence Ader, professeur de maladies infectieuses au CHU de Lyon, en charge du recrutement des patients pour cet essai, et Bruno Lina, virologue lyonnais et membre du comité scientifique qui entoure Emmanuel Macron pour gérer la crise du coronavirus.

Qu’attendre d’un tel essai en pleine crise sanitaire ?

Ce projet de recherche, coordonné par l’Inserm dans le cadre du consortium européen Reacting, a été mis sur pied en quelques semaines à peine grâce à la mobilisation de chercheurs et spécialistes des maladies infectieuses. « C’est un exploit absolu d’avoir réussi à monter un projet d’une telle ampleur. L’Inserm a fait un travail extraordinaire », souligne Florence Ader, qui pilote cet essai clinique destiné à faire émerger un ou des traitements efficaces contre le coronavirus et tolérés par les patients. L’objectif est d’en faire profiter les malades le plus rapidement possible à plus grande échelle si l’une des molécules évaluées montre sa supériorité dans le schéma thérapeutique.

Quelles sont les molécules évaluées ?

Quatre traitements thérapeutiques vont être étudiés. Il s’agit du remdesivir, « un antiviral conçu pour lutter contre le virus Ebola, mais qui a un spectre plus large et est capable de bloquer d’autres virus », souligne le professeur Lina. Les résultats des tests menés in vitro sont très bons et chez l’homme, on attend beaucoup de cette molécule », ajoute-t-il. Le lopinavir, molécule utilisée contre le VIH, sera évalué en combinaison avec le ritonavir. Ce traitement sera expérimenté en étant ou non associé avec l’interféron bêta (un antiviral immunomodulateur), pour vérifier si cette combinaison de molécules « permet de bloquer le processus inflammatoire » (problèmes respiratoires) qui apparaît avec le coronavirus. Enfin, l’hydroxychloroquine, dont l’efficacité sur le Covid-19 est notamment défendue par le professeur marseillais Raoult, a été intégrée à l’essai à la demande de l’OMS et de l’Etat.

« Nous allons comparer ces molécules pour voir si elles sont efficaces et bien tolérées », ajoute Florence Ader, insistant sur le caractère « évolutif » de Discovery. « Cet essai s’adapte à la situation. Au fur et à mesure des résultats, nous allons nous adapter. Si une molécule apparaît peu efficace, on arrêtera de l’évaluer et on basculera vers d’autres molécules candidates ».

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Quels patients vont être inclus dans l’étude ?

Ce projet européen va inclure des patients de Belgique, de Hollande, d’Allemagne, d’Espagne et probablement du Royaume-Uni. En France, 800 patients doivent participer à l’essai clinique. Les malades éligibles pour participer à l’étude doivent être hospitalisés et présenter des difficultés respiratoires (pneumonie) liées à la maladie. « Ce sont ces malades-là présentant déjà des signes de gravité qui ont besoin de traitement », estime Florence Ader. Et non tous ceux qui sont atteints par le Covid-19 et qui se soignent chez eux jusqu’à la guérison.

Cinq hôpitaux sont pour l’heure concernés : l’hôpital Bichat à Paris, et les CHU de Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon. « On suit la cartographie de l’épidémie », ajoute l’infectiologue, précisant que les établissements hospitaliers inclus dans l’essai doivent avoir les moyens humains et logistiques de le faire. Dans les hôpitaux concernés, les patients admis en réanimation ou dans les services des maladies infectieuses, mais également suivis dans les unités Covid-19, pourront participer à l’essai clinique.

Quand les premiers traitements vont être évalués ?

Depuis le 22 mars, l’essai clinique a débuté dans les hôpitaux Bichat à Paris et au CHU de Lyon. « Les malades vont recevoir le traitement dans des délais extrêmement rapides », précise Bruno Lina, l’efficacité des molécules reposant notamment sur une administration précoce, dès l’apparition des signes d’infection. L’essai sera ensuite progressivement étendu aux autres hôpitaux.

De premiers résultats devraient être connus d’ici à une quinzaine de jours pour les premiers patients inclus dans l’essai. Mais pour qu’ils soient analysés et que suffisamment de données permettent de démontrer la supériorité d’une molécule pour lutter contre le coronavirus, il faudra attendre davantage de temps. « C’est difficile aujourd’hui de dire combien. On espère le plus rapidement possible afin de pouvoir élargir l’utilisation de ce produit », ajoute Bruno Lina.