Coronavirus : Quels renforts pour soulager les hôpitaux et les équipes soignantes ?

EPIDEMIE Alors que les médecins alertent sur le risque de saturation des hôpitaux dans les jours qui viennent, le gouvernement évalue les moyens de renfort disponibles

Manon Aublanc

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Un hôpital militaire va ouvrir sur le parking de l'hôpital Emile Muller à Mulhouse pour libérer des lits.
Un hôpital militaire va ouvrir sur le parking de l'hôpital Emile Muller à Mulhouse pour libérer des lits. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Le nombre de patients atteints par le Covid-19 et hospitalisés a atteint 7.240, ce lundi matin, dont 1.746 se trouvent en réanimation. Depuis le début de l’épidémie, 674 personnes sont décédées en France.
  • Certains hôpitaux sont d’ores et déjà arrivés à saturation, comme à Mulhouse ou à Ajaccio, et ont dû faire évacuer les patients atteints du coronavirus vers d’autres structures hospitalières du territoire.
  • Mobilisation de la réserve sanitaire, appels aux vétérinaires, évacuation militaire, hôpitaux de campagne ou établissements privés… « 20 Minutes » fait le point sur les moyens de renfort disponibles.

Construction d’un hôpital de campagne militaire, réquisition des cliniques privées, mobilisation de la réserve sanitaire, recensement des vétérinaires disponibles… Face à l’augmentation quotidienne du nombre de cas connus de  coronavirus, le ministère de la Santé tente de mobiliser tous les moyens de renfort disponibles pour libérer des lits et renforcer les équipes soignantes.

Avec plus de 1.700 patients hospitalisés en réanimation, ce lundi, les capacités d’accueil des hôpitaux publics commencent à être mises à rude épreuve. Dans certaines régions, comme dans le Grand Est ou en Corse, les établissements sont d’ores et déjà saturés. Quels sont les moyens dont dispose le système de santé français pour aider les hôpitaux publics et les soignants dans la lutte contre le coronavirus ? 20 Minutes fait le point sur les forces qui peuvent être mobilisées.

  • L’armée

Pour faire baisser la pression dans certains hôpitaux, une trentaine de patients ont été transférés vers d’autres régions, moins touchées par l’épidémie. Mercredi dernier, l’armée de l’air avait mobilisé un A330 Phénix équipé par le Service de santé des armées (SSA) pour évacuer six patients de Mulhouse vers Marseille et Toulon. Samedi, ce sont six autres patients qui ont été transportés par le même engin de Mulhouse à Bordeaux.

Dimanche, douze patients hospitalisés à Ajaccio (Corse) ont été évacués vers Marseille à bord du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre. Et pour cause, sur les 15 lits de réanimation disponibles à Ajaccio, 13 étaient occupés avant l’évacuation, soit une « quasi-saturation », avait souligné Marie-Hélène Lecenne, directrice de l’ARS de Corse.

Mais ce n’est pas tout. L’armée déploie actuellement un hôpital de campagne sur le parking du groupe hospitalier Emile-Muller de Mulhouse, saturé par les malades du coronavirus. « La structure pourra accueillir 30 patients, pris en charge par une centaine de soignants issus du Service de santé des armées (SSA) », explique une porte-parole du SSA à 20 Minutes, précisant que les médecins, les infirmiers et les réanimateurs mobilisés travaillent habituellement dans l’un des douze hôpitaux d’instruction des armées (HIA), comme l’hôpital Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne) ou Percy à Clamart (Hauts-de-Seine).

En parallèle, d’autres mesures ont été prises pour soulager les établissements hospitaliers. La Direction des Approvisionnements des Produits de Santé des Armées (DAPSA) a, elle aussi, été mobilisée pour contribuer au ravitaillement des hôpitaux en matériel de santé, ajoute la porte-parole. Les étudiants des Écoles militaires de santé Lyon-Bron (EMSLB) ont été dispersés dans les hôpitaux et les centres d’appels. Enfin, l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées (IRBA) et le Centre d’épidémiologie et de santé publique des armées (CESPA), deux services du SSA, sont venus prêter main-forte pour diagnostiquer et recenser les malades. « La direction centrale du Service de santé des armées est en coordination directe avec le ministère de la Santé, on travaille vraiment main dans la main », précise la porte-parole.

  • Les hôpitaux et les cliniques privées

Alors qu’une grande majorité des hôpitaux publics français se consacrent pleinement à la lutte contre l’épidémie de coronavirus, les hôpitaux et les cliniques privés se sont eux aussi mis en ordre de bataille. Selon la Fédération des cliniques et hôpitaux privés de France (FCHP)​, 500 cliniques et 300 établissements de soins « de suite » sont déjà mobilisés pour le Covid-19. Près de 100.000 interventions chirurgicales non-urgentes ont été déprogrammées la semaine dernière, libérant 4.000 lits de réanimation pour des patients. « Nous avons déclenché le plan blanc avec l’installation de tentes à l’extérieur de nos établissements et un circuit isolé de transfert des personnes contaminées. C’est dans ces tentes que sont accueillis ceux qui présentent de la fièvre, avant d’être acheminés dans des locaux dédiés », détaille le président de la FCPH, Lamine Gharbi, pour 20 Minutes.

Mais dans certaines régions, « les établissements privés restent sous-utilisés. Des lits qui ont été libérés dans les cliniques restent vides. Compte tenu de la gravité de la situation, c’est évidemment inconcevable », déplore Lamine Gharbi, qui plaide pour « une coopération sans faille entre toutes les forces sanitaires ». « Nous sommes prêts mais nous sommes trop peu sollicités alors que nous sommes mobilisés et disponibles pour épauler l’hôpital public », ajoute-t-il.

  • La réserve sanitaire

Pour soulager les équipes de soignants, des membres de la réserve sanitaire pourraient également être davantage mobilisés. Selon Santé publique France, qui chapeaute le dispositif, la réserve sanitaire est constituée de « professionnels de santé volontaires et mobilisables à tout moment » pour apporter du renfort, en cas de catastrophe ou d’urgence sanitaire, dans les hôpitaux, les centres d’appels ou encore pour accompagner médicalement les rapatriés. Il s’agit de médecins, d’infirmiers, de pharmaciens, de sages-femmes, de psychologues, mais aussi d’agents hospitaliers non soignants (cadres, ingénieurs), en activité – qui travaillent dans le public, dans le privé ou en libéral –, et également de retraités et d’internes et étudiants en pharmacie.

Depuis fin janvier, environ 300 membres de la réserve sanitaire ont déjà été déployés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, a expliqué Santé publique France aux Echos, le 13 mars. L’organisme a d’ailleurs reçu un nombre inédit d’inscriptions ces derniers jours : « Il y a actuellement environ 36.000 inscrits », a précisé Geneviève Chêne, directrice de l’établissement public, à Franceinfo, le 19 mars.

  • Les vétérinaires

Les vétérinaires vont-ils eux aussi venir prêter main-forte aux médecins ? La semaine dernière, le ministère de la Santé a demandé à l’Ordre national des vétérinaires de recenser les spécialistes disponibles pour renforcer les équipes soignantes : « Près de 4.000 vétérinaires (sur les 18.000 qui exercent) se sont portés volontaires pour intégrer la réserve sanitaire », explique Anne Laboulais, directrice de la communication de l’Ordre national des vétérinaires à 20 Minutes, précisant qu’il s’agissait de spécialistes en activité, mais aussi de retraités ou d’étudiants.

« Ils ne feront pas d’actes de médecine humaine, car ils ne sont pas autorisés à le faire. Mais ce sont des scientifiques, ils pourraient être mobilisés pour aider sur les centres de télérégulation, le tri ou l’accueil dans les hôpitaux », précise Anne Laboulais, qui rappelle que les cliniques et les hôpitaux vétérinaires font partie des établissements qui restent ouverts malgré le confinement. L’Ordre national des vétérinaires a également recensé 900 appareils (respirateurs de réanimation, respirateurs d’anesthésie, concentrateurs d’oxygène et moniteurs) pouvant servir aux hôpitaux. « Le ministère de la Santé fera le tri entre ce qui est compatible et ce qui est en état de fonctionnement », ajoute-elle.