Coronavirus : Grossesse, pilule… Comment s’organise le suivi gynécologique des femmes pendant le confinement ?

SANTE Les gynécologues obstétriciens et les sages-femmes s’organisent pour assurer le suivi médical de leurs patientes, notamment les femmes enceintes

Anissa Boumediene

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Même en période de confinement, décidé face à l'épidémie de Covid-19, les femmes enceintes bénéficieront d'un suivi normal de grossesse, et les patientes ayant besoin de consulter un gynécologue pourront le faire également.
Même en période de confinement, décidé face à l'épidémie de Covid-19, les femmes enceintes bénéficieront d'un suivi normal de grossesse, et les patientes ayant besoin de consulter un gynécologue pourront le faire également. — MYCHELE DANIAU / AFP
  • Alors que l’épidémie de coronavirus progresse et que la France est placée en confinement, les gynécologues et les sages-femmes restent mobilisés pour assurer le suivi de leurs patientes.
  • De nombreuses précautions sanitaires sont observées pour garantir leur accueil en toute sécurité.
  • Mais ces soignants redoutent que la pénurie de masques de protection ne les oblige à cesser leurs consultations.

La France au ralenti. Alors que des millions de Françaises et de Français sont confinés à la maison, télétravaillent ou font l’école à leurs enfants, certains doivent continuer à se rendre sur leur lieu de travail. C’est notamment le cas des professions médicales, dont les gynécologues et les sages-femmes, qui s’adaptent pour assurer le suivi de leurs patientes tout en respectant les précautions sanitaires.

« Nous sommes disponibles pour nos patientes afin d’assurer la permanence des soins et soulager les urgences hospitalières qui sont réorientées vers la lutte contre le coronavirus – Covid-19 », assure ce mercredi la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM). En pratique, plusieurs ajustements sont nécessaires.

Réorganisation dans les cabinets et téléconsultation privilégiée

En médecine de ville comme à l’hôpital, l’heure est à la réorganisation. Au diapason, la FNCGM et le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) rappellent que « les consultations non urgentes sont à reconsidérer » et recommandent de « décaler les examens simples type frottis et consultations de routine, et privilégier pour celles-ci la téléconsultation ou les rendez-vous téléphoniques ». Habituellement, Isabelle Fournier, présidente de  l'Association nationale des sages-femmes libérales (ANSFL), partage son activité de sage-femme entre consultation à son cabinet et suivi à domicile. « Mais nous suivons les consignes, donc toutes les consultations non-urgentes de type suivi gynécologique ou rééducation périnéale sont annulées. Mais depuis cette semaine, un décret nous permet de faire de la téléconsutation. Cela nous permet d’accompagner nos patientes et de calmer leurs inquiétudes ». Comme elle, « j’ai annulé toutes mes consultations non-urgentes des quinze prochains jours, confirme aussi le Dr Michèle Scheffler, gynécologue à Nancy. Nous avons proposé à nos patientes de les reporter ultérieurement. Sinon, nous proposons la téléconsultation : je m’y suis mise il y a trois jours. Il faut un petit temps d’adaptation, mais les patientes sont satisfaites. Elles ne se sentent pas abandonnées et à la fin, elles ont les réponses à leurs questions et une prescription pour le traitement dont elles ont besoin ».

A Paris, Aurélie avait un rendez-vous prévu ce mercredi matin pour une consultation de suivi, afin de renouveler ses traitements. Si la consultation a bien eu lieu à l’heure prévue, elle ne s’est pas en revanche pas déroulée dans le bureau de la praticienne. « Je l’ai vue par téléconsultation, via le site Consulib, explique la jeune femme. Ma gynécologue m’a prévenue que pour mon motif de consultation, la téléconsultation était privilégiée. Ça s’est très bien passé : c’est pratique, et j’ai eu mon ordonnance en ligne ».

De nombreuses mesures de protections sanitaires pour les consultations physiques

Pour les patientes qui doivent être examinées, la consultation physique reste possible. Mais de nombreuses mesures de protection doivent être respectées. Ainsi, le Syngof conseille aux gynécologues de « contacter les patientes avant leur rendez-vous pour s’assurer qu’elles ne présentent pas de symptômes du COVID-19 » et « d’espacer les rendez-vous pour que les patientes ne se croisent pas dans le cabinet ». Ces dernières sont priées de « venir seules au cabinet, sans accompagnant et sans enfant », prescrit aussi la FNCGM. « Ma salle d’attente est fermée, et les patientes rentrent une par une au cabinet », indique le Dr Scheffler.

Côté hygiène, rien n’est laissé au hasard. « En plus des recommandations d’usage (gel hydroalcoolique, savon, lavage des mains entre chaque patiente), vous (et votre personnel) devez porter obligatoirement des gants et des masques », insiste le Syngof. Dans son cabinet, le Dr Scheffler « porte systématiquement un masque. Je me lave quatre à six fois les mains au gel hydroalcoolique à chaque consultation, et chaque patiente doit aussi le faire en arrivant au cabinet ».

Et parce que des urgences gynécologiques peuvent se présenter, le Dr Scheffler veille à ce que chaque patiente soit prise en charge. « Si lors de l’appel téléphonique précédant la consultation, une patiente présente les symptômes du Covid-A9, nous la réorientons vers le Samu pour qu’elle soit soignée dans les meilleures conditions. Et si une patiente a simplement un peu de fièvre, nous la recevons et lui donnons un masque de protection ». A l’issue de chaque consultation, « la salle d’examen est scrupuleusement désinfectée avec des produits bactéricides et virucides », précise la gynécologue.

Assurer un suivi normal pour les femmes enceintes et les patientes aux besoins urgents

L’objectif est donc d’assurer la continuité des soins et de permettre aux femmes enceintes et aux patientes en urgence gynécologique de pouvoir être prises en charge en toute sécurité. « Les femmes enceintes seront suivies à la date prévue », et les « trois échographies de grossesse » seront maintenues, rassure le Syngof face aux questionnements de futures mères inquiètes.

« Nous, gynécologues de ville, sommes aussi là pour prendre en charge en première intention les urgences gynécologiques, afin de soulager les urgences des hôpitaux et les médecins généralistes, souligne le Dr Michèle Scheffler. IVG, début de grossesse avec saignements, douleurs ou encore découverte d’un cancer gynécologique font partie des cas urgents pour lesquels nous allons évidemment continuer à recevoir nos patientes ».

Et pour celles qui s’inquiètent de ne pas obtenir de rendez-vous pour renouveler leur ordonnance de pilule contraceptive, le gouvernement a assuré ce mercredi qu’une ancienne ordonnance suffisait en pharmacie.

De leur côté, les sages-femmes sont elles aussi mobilisées pour leurs patientes. « Beaucoup de femmes, de futures mamans, sont inquiètes, et il est capital pour nous d’être disponibles pour elles, de les rassurer, les renseigner, et de continuer à les suivre de la manière la plus complète et sécurisée possible, souligne Isabelle Fournier, que ce soit par téléconsultation ou par consultation téléphonique. Mais aussi en consultation présentielle quand c’est nécessaire. Ainsi, on maintient au maximum les visites à domiciles programmées au moment de la sortie de la maternité, parce que cela peut être un moment de vulnérabilité pour les jeunes mères​, et que nous devons être là pour toutes celles qui en ont besoin », selon les préconisations de l’ANSFL.

Certains gynécologues confinés

Mais les gynécologues ne poursuivent pas tous leur activité. Le Dr Marie-Claude Benattar, gynécologue et auteure du Petit manuel de soins intimes pour les femmes (éd. Josette Lyon), et qui depuis sa retraite il y a trois ans ne travaille plus que deux jours par semaine, a cessé ses consultations depuis quelques jours.

« Désormais, comme des millions de Français, je suis confinée chez moi. Au début de l’épidémie, j’ai travaillé avec des masques de protection périmés, que j’avais reçus du temps de l’épidémie de grippe H1N1, quand Roselyne Bachelot était ministre de la Santé, raconte la gynécologue. Mais là, je suis à court de masques. En écoutant l’allocution du président Macron dimanche, j’ai décidé de ne pas prendre de risques et de décommander toutes mes consultations, d’autant que beaucoup de personnes jeunes sont des porteurs asymptomatiques du coronavirus, tout en étant très contagieuses. Donc pas question de travailler en cabinet sans matériel de protection. En revanche, mes patientes peuvent me joindre par e-mail et au besoin, je peux leur faire parvenir des ordonnances pour assurer le suivi de leurs traitements ».

La crainte d’une pénurie de masques

Aujourd’hui, nombre de praticiens redoutent une pénurie de masques, qui pourraient les contraindre à arrêter de recevoir de patients dès les prochains jours. « Dans la mesure où tous les cabinets médicaux n’ont pas encore été approvisionnés, nous vous recommandons d’attendre de les avoir reçus pour reprendre vos consultations », conseille ainsi le Syngof ce mercredi aux gynécologues. De son côté, l’ANSFL prescrit aux sages-femmes de réaliser « visites à domicile et consultations présentielles masquées ». « Mais nos stocks sont minces et beaucoup de collègues n’en ont déjà plus, déplore Isabelle Fournier. Heureusement que l’accompagnement téléphonique est possible, mais pour les consultations présentielles obligatoires, cela va devenir compliqué ».

Dans son cabinet nancéen, le Dr Scheffler voit son stock de masques réduire comme peau de chagrin : « Ça va très rapidement devenir un gros problème ». Et les dernières nouvelles ne la rassurent pas. « Je viens de recevoir un document du conseil de l’Ordre qui indique que les médecins, s’ils en reçoivent, n’auront que 18 masques par semaine. Il me faut deux à trois masques par jour pour moi, il en faut pour ma secrétaire, et si une patiente arrive en toussant un peu, je lui en donne un aussi. Dans ces conditions, impossible de tenir encore très longtemps ou de recevoir tous les cas urgents. C’est une catastrophe ! », déplore-t-elle. Mais pas question de baisser le rideau ou de s’alarmer. « J’espère que la situation va se décanter, ajoute la gynécologue. Et s’il le faut, je me confectionnerai des masques en tissu pour continuer à recevoir mes patientes ! »