Coronavirus : Les masques de protection faits maison sont-ils efficaces pour les soignants et les particuliers ?

DO IT YOURSELF Alors qu’il est devenu quasiment impossible de se procurer des masques de protection, des tutoriels pour confectionner des modèles en tissu fleurissent sur Internet

Anissa Boumediene

— 

Les masques de protection faits maison peuvent rassurer les particuliers, mais les personnel médical réclame des masques certifiés pour prendre en charge les patients.
Les masques de protection faits maison peuvent rassurer les particuliers, mais les personnel médical réclame des masques certifiés pour prendre en charge les patients. — Raul ARBOLEDA / AFP
  • Au premier jour de son confinement total pour casser les chaînes de diffusion du coronavirus, la France souffre d’un manque de masques de protection.
  • Particuliers, personnels soignants en hôpital ou en médecine de ville : tout le monde en veut.
  • Des tutoriels permettant de fabriquer soi-même des masques de protection ont vu le jour sur Internet. S’ils peuvent rassurer les particuliers, les personnels soignants, eux, sont récalcitrants.

Aussi convoité que de l’or et encore plus introuvable qu’un paquet de papier toilette. Alors que la France connaît ce mardi son tout premier jour de confinement total pour tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus, il est un produit sur lequel tout le monde aimerait mettre la main : les masques de protection. Les particuliers font – en vain – le tour des pharmacies pour s’en procurer, et les personnels soignants, de ville comme à l’hôpital, tirent la sonnette d’alarme face à des stocks qui se réduisent comme peau de chagrin.

Le président Macron a bien promis lundi soir que des stocks allaient être rapidement livrés en priorité aux 25 départements les plus touchés par le Covid-19, mais pour l’heure, beaucoup s’inquiètent de cette pénurie et tentent de trouver des moyens pour se protéger. « Comment fabriquer son masque de protection ». « Tuto couture : coudre un masque de protection ». En ligne, les conseils pour se confectionner un masque fleurissent. Mais sont-ils fiables ? Peuvent-ils protéger du Covid-19 comme le ferait un masque FFP2, homologué et dont la fiabilité est garantie ? Pas sûr, non.

Un tuto proposé par le CHU de Grenoble Alpes

« Le personnel soignant d’un CHU invité à fabriquer ses propres masques ». Cela pourrait ressembler à une blague douteuse en temps de pandémie, c’est pourtant la réalité. Vendredi 13 mars, le CHU Grenoble Alpes a envoyé à ses personnels soignant un document les invitant, face au risque de pénurie de masques de protection, à s’en confectionner eux-mêmes des modèles en tissu. Dimensions, matériaux à utiliser et même patrons pour avoir la forme exacte du masque à disposition, la direction du CHU a proposé un tutoriel pour que médecins, infirmiers ou encore aides-soignants puissent se fabriquer une protection à utiliser à compter du jour où les stocks de masques homologués seront à sec.

« Dans le cadre d’une situation dégradée et pour remédier à la possible pénurie de masques de soins, un modèle de création de masques de soins en textile est proposé pour permettre de se protéger, continuer son activité professionnelle, permettre (…) la prise en charge des patients », indique la direction dans le document. Une proposition applicable toutefois aux personnels « ne prenant pas en charge de patients Covid-19 ». En découvrant ce tutoriel, une urgentiste du Samu a d’abord cru à « un fake », assurant que « ces masques ne servent à rien », avant de découvrir que ce n’était pas une blague.

« C’est mieux que rien »

De tels tutoriels destinés aux particuliers se sont eux aussi multipliés sur Internet, et peuvent rassurer toute personne craignant de s’exposer en allant faire ses courses ou en allant au travail quand poursuivre son activité à distance est impossible. « On voit beaucoup de personnes avec des masques en tissu, assez couvrant sur le visage. Faute de disposer de masques achetés en pharmacies, cela permet tout de même de protéger un peu, même si la double épaisseur avec du tissu en coton et une pièce de molleton fait que le modèle doit être assez épais, donc pas très respirant, donc assez inconfortable », estime le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste à Clamart et président de la  Fédération des médecins de France (FMF)

Mais ces créations artisanales ont-elles leur place à l’hôpital, dans les ambulances ou encore en médecine de ville ? Offrent-elles une protection efficace ? « C’est mieux que rien, répond avec résignation le Dr Hamon. J’ai même tenté de mobiliser les tricoteuses de ma ville pour qu’elles confectionnent ces masques artisanaux. Vu la défaillance criante de l’administration, on en vient malheureusement à bricoler des solutions​ qui n’en sont pas vraiment ! Quand je lis aujourd’hui qu’ Agnès Buzyn pleure de sa déroute aux municipales et d’avoir quitté son ministère, elle devrait pleurer pour sa gestion catastrophique de l’épidémie, pleurer de ne pas avoir stocké suffisamment de masques de protection ! »

Pour le médecin généraliste, la question d’utiliser lui-même un masque en tissu dans le cadre de son activité ne se pose plus. « Je viens d’être testé positif au Covid-19, j’ai été infecté en examinant un patient diabétique fébrile. Mon associée a également été contaminée. Pour le reste de mes collègues, la situation va vite devenir critique : le stock de masque FFP2 est presque écoulé et nous ne pouvons clairement pas recevoir des patients sans protection sûre, dont l’efficacité n’est plus à prouver. C’est inacceptable. La semaine dernière, le ministre de la Santé, Olivier Véran, m’a assuré qu’une livraison de masques était imminente, mais une semaine plus tard, nous n’avons toujours rien reçu ».

« Jamais je ne ferai travailler mes équipes avec des masques faits maison »

Autres personnels en première ligne, les ambulanciers travaillent de concert avec les Samu de France pour prendre en charge des cas possibles ou avérés de Covid-19 et les transporter à l’hôpital. Pour eux, l’équipement de protection maximale est de rigueur. « Combinaison, charlotte, gants, lunettes spéciales et bien sûr masque de protection doivent être systématiquement portés par nos ambulanciers et changés entièrement entre chaque patient », plante Yannick Janeiro, président de la Fédération nationale des techniciens ambulanciers urgentistes (FNTAU). Avec la progression de l’épidémie de Covid-19 en France, « les gens ont peur d’aller à l’hôpital, cela nous libère pour nous concentrer sur la prise en charge des cas probables ou confirmés de coronavirus. Cela représente ces derniers jours plus de 80 % de l’activité des ambulanciers ».

Mais si les moyens humains « sont largement mobilisés, si on n’a pas de masques, on ne peut plus travailler du tout, prévient Yannick Janeiro. Or, très concrètement, il me reste une dizaine de masques de protection, alors qu’aujourd’hui, j’ai fait une quinzaine d’interventions. Cela veut dire que si mes collègues et moi ne recevons pas une livraison de masques ce mardi, on baisse le rideau. Et pour l’heure, nous n’avons reçu aucune information relative à un quelconque réapprovisionnement ». Les masques artisanaux sont-ils la solution pour pallier cette pénurie ? « Certainement pas, répond catégoriquement Yannick Janeiro. En tant que chef d’entreprise et président de la FNTAU, je ne vais pas prendre la responsabilité d’envoyer mes équipes travailler et s’exposer à ce coronavirus sans un matériel sûr et certifié aux normes sanitaires. Jamais je ne les ferai travailler avec des masques faits maison ».