Coronavirus : La colère des médecins libéraux face à la pénurie de masques

EPIDEMIE Alors qu’Emmanuel Macron a utilisé un vocabulaire très guerrier lundi soir, nombre de soignants s’alarment de devoir monter au front sans protection

Oihana Gabriel et Laure Cometti

— 

Photo illustration d'un masque chirurgical.
Photo illustration d'un masque chirurgical. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Emmanuel Macron a promis aux soignants qu’ils recevraient rapidement des masques de protection lundi soir.
  • Une urgence pour les généralistes et spécialistes qui n’ont pas encore reçu ces masques et qui alertent depuis plusieurs jours sur les conséquences dramatiques de cette lenteur.

« C’est lamentable, on envoie les soignants au casse-pipe sans protection », s’énerve Jean-Paul Hamon, généraliste à Clamart (Hauts-de-Seine) et président de la Fédération des médecins de France. Mercredi dernier, Olivier Véran avait promis que des masques FFP2 seraient envoyés aux médecins libéraux. Mais lundi encore, les témoignages de soignants à la ville se plaignant d’un manque criant de protections pullulaient sur les réseaux sociaux.

Lundi soir, Emmanuel Macron a promis que les vingt-cinq départements les plus touchés par l’épidémie recevraient des masques pour les soignants ce mardi, les autres départements d’ici jeudi.

Des libéraux dans l’attente

Est-ce que ces promesses seront rapidement suivies d’effets ? Le gouvernement tente de rassurer ce mardi, assurant que d’ici à jeudi, les pharmacies recevront de nouveaux stocks de masques, qui pourront être retirés par les soignants, à condition de produire une carte professionnelle. Pas la peine donc, si vous êtes un particulier, d’en demander (ou pire, d’en subtiliser…). « Notre priorité est aujourd’hui que les soignants puissent disposer de ces masques », a assuré Sibeth Ndiaye pendant le compte rendu du Conseil des ministres mardi midi. En ajoutant : « cette première ligne de soignants, si elle est elle-même trop infectée par le coronavirus », alors « nous allons au-devant de graves difficultés. »

Trop tard ? Normalement, les libéraux devaient recevoir des lots pour avoir trois masques FFP2 par jour et par médecin depuis longtemps. « Ce mardi, on ne voit pas le bout de la queue d’un masque !, tempête Jean-Paul Hamon. Au cabinet, on n’en a quasiment plus. Et on est deux médecins contaminés sur cinq, je suis positif depuis lundi. Et l’une des deux remplaçantes est en train de se faire tester. Le combat va se terminer faute de combattants. »

Une situation alarmante, alors que le nombre de cas de coronavirus double tous les trois jours en France et que le nombre de morts dépendra fortement de la résistance de notre système de santé. Et que les libéraux viennent en appui des hôpitaux pour traiter les autres patients que ceux atteints par le Covid-19. Car le diabète, le cancer, l’hypertension n’épargnent pas pour autant les Français. Si la situation se dégrade, « nous, médecins spécialistes, de toute spécialité, sommes à la disposition des organisations territoriales pour apporter toute l’aide qui sera nécessaire aux médecins de premier recours et aux médecins hospitaliers privés et publics pour répondre à la demande massive de soins », avance dans un communiqué Franck Devulder, président du syndicat Les spécialistes CSMF.

« Ils n’ont pas commandé et pas envoyé à temps ces protections. »

Jean-Paul Hamon ne cache pas sa colère. « Les libéraux, comme les hospitaliers, n’ont pas reçu les protections adéquates. Les masques chirurgicaux sont disponibles, mais ce sont des passoires. Cela ne protège que les personnes autour de vous quand vous toussez, ça ne protège pas le porteur de masque. Si vous suturez un visage, si vous êtes ORL, dentiste, c’est nettement insuffisant. Ils n’ont pas commandé et pas envoyé à temps ces protections. »

Même colère et incompréhension pour Patrick Gasser, président d’Avenir spé, syndicat de spécialistes et gastro-entérologue à Nantes. « Non, Emmanuel Macron n’a pas rassuré les soignants. J’avais le président de l’Union des médecins libéraux d’Ile-de-France tout à l’heure en ligne, qui me disait "On ne sait toujours pas où sont les masques et comment va se faire la distribution"… Dans ma clinique, on nous dit de faire des économies de masques. Normalement, on doit changer un FFP2 toutes les 4 heures, mais on nous dit de le garder 10 heures. On peut comprendre qu’on soit en période de pénurie, mais qu’on nous dise la vérité : quand arriveront-ils et où ? » Et d’ajouter que la question est aussi urgente concernant les autres protections : gants, lunettes, surblouses, gel hydroalcoolique risquent de manquer rapidement…

Un appel à la solidarité

La situation pourrait sans doute évoluer rapidement. Interrogé lors d’une conférence de presse mardi après-midi, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a assuré avoir transmis au ministère l’urgence de la situation : « Des messages nous viennent de partout, hôpitaux, médecin de ville, pour nous dire qu’ils sont à la limite de la carence de masques », a-t-il confirmé.

Par ailleurs, la Fédération nationale des techniciens ambulanciers urgentistes (FNTAU) a lancé ce mardi « un appel national à toutes les associations de Sécurité civile et l’ensemble des services départementaux d’incendie et de secours qui ne sont pas investis immédiatement dans cette crise sanitaire, ainsi qu’à l’ensemble des municipalités, à faire don de leurs stocks de matériel de protection aux professionnels de santé. » Autre initiative encourageante, les tissages de Charlieu ont lancé ce mardi la fabrication de masques en tissu réutilisables. Lundi, une des entreprises des Tissages de Charlieu, Indispensac, estimait pouvoir produire jusqu’à 100.000 masques par jour.