Coronavirus : Emmanuel Macron a-t-il supprimé plus de 4.000 lits dans les hôpitaux au début de son quinquennat ?

FAKE OFF Alors que les hôpitaux tentent tant bien que mal de gérer l’épidémie de coronavirus avec des moyens limités, Emmanuel Macron est accusé, notamment sur les réseaux sociaux, d’avoir fait fermer plus de 4.000 lits entre 2017 et 2018

Alexis Orsini

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Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le 27 février 2020.
Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le 27 février 2020. — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • « Au nom des "économies", Macron a supprimé 4.172 lits d’hôpital (2017-2018) », affirme un message viral sur Facebook.
  • Le président de la République se voit reprocher son rôle indirect dans le manque de moyens hospitaliers pour faire face à l’épidémie de coronavirus.
  • 4.172 lits d’hospitalisation complète ont bien été supprimés entre le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2018, tandis que le nombre de lits en hospitalisation partielle a augmenté dans le même temps.

Tandis que le gouvernement répète aux Français de rester chez eux pour éviter la propagation du coronavirus et de submerger le système de santé, certains internautes ne manquent pas de pointer du doigt la part de responsabilité indirecte d’Emmanuel Macron dans la crise sanitaire.

« Pour ne pas oublier, rappelons-nous ! Au nom des "économies", Macron a supprimé 4.172 lits d’hôpital (2017-2018) », clame ainsi par exemple un post Facebook devenu viral au sein d’un groupe de « gilets jaunes ». Sur Twitter, d’autres internautes avancent des chiffres similaires pour dénoncer le rôle joué par le chef de l’Etat dans la diminution des moyens de l'hôpital.

Le visuel viral dénonçant les économies à l'hôpital.
Le visuel viral dénonçant les économies à l'hôpital. - capture d'écran/Facebook

FAKE OFF

Selon les dernières statistiques en date, fournies par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé en octobre dernier, les hôpitaux ont connu une baisse importante de leur nombre de lits ces dernières années.

De 2013 à 2018, 17.500 lits d’hospitalisation complète ont ainsi été fermés, soit une baisse de « 4,2 % en cinq ans », selon ce rapport. Et entre le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2018, soit lors de la deuxième année du quinquennat d’Emmanuel Macron, 4.172 lits supplémentaires ont bien disparu, passant de 399.865 à 395.693 (-1 %, la Drees ayant arrondi le chiffre à 396.000).

Le document note cependant que, parallèlement à cette baisse du nombre de lits d’hospitalisation complète, le nombre de « places » (comptabilisant les lits pour des hospitalisations à temps partiel) a augmenté de 2,4 % en 2018, un « reflet du développement de l’hospitalisation partielle à l’œuvre depuis plusieurs années ».

Une contradiction dénoncée par rapport à ses promesses de campagne

En matière de moyens consacrés à l’hôpital, les premières décisions prises par le gouvernement d’Emmanuel Macron étaient dans la continuité de celles de son prédécesseur François Hollande. Le dernier budget de la Sécurité sociale du quinquennat Hollande (adopté en 2016 pour l’année 2017) visait ainsi en priorité le retour à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale. Un objectif également poursuivi par le premier budget de la Sécurité sociale du quinquennat d’Emmanuel Macron (adopté en 2017 pour 2018).

Il prévoyait ainsi 2,2 % de progression budgétaire pour les hôpitaux, soit 1,7 milliard supplémentaire, déjà dénoncé à l’époque comme une contradiction avec les promesses du candidat Macron de donner de vrais moyens supplémentaires à l’hôpital après des années de rigueur.

Au printemps 2018, Emmanuel Macron avait par ailleurs été vivement critiqué pour avoir assuré qu’il n’y aurait « pas d’économie sur l’hôpital dans ce quinquennat »… avant que la fuite d'une circulaire du ministère de la Santé ne révèle un projet d’économie de 960 millions d’euros sur les hôpitaux pour cette année-là.

A l’automne 2019, en réaction à la grève de plusieurs mois du personnel hospitalier, Agnès Buzyn avait dégelé 415 millions d'euros. Avant que son successeur au ministère de la Santé, Olivier Véran, ne dégèle à son tour 260 millions d’euros, début mars, face à l’épidémie de coronavirus.