Coronavirus : Agnès Buzyn avait-elle affirmé que le risque de propagation était « très faible » en France ?

FAKE OFF Une déclaration qu’aurait faite Agnès Buzyn sur le coronavirus fin janvier, lorsqu’elle était encore ministre de la Santé, est virale sur les réseaux sociaux

Alexis Orsini

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Agnès Buzyn, le 15 mars 2020 à Paris (illustration).
Agnès Buzyn, le 15 mars 2020 à Paris (illustration). — JULIEN DE ROSA/POOL/SIPA
  • Agnès Buzyn avait-elle sous-estimé le risque d’une épidémie de coronavirus en France lorsqu’elle était encore ministre de la Santé ?
  • C’est ce que laisse penser une citation virale qui lui est attribuée sur les réseaux sociaux, affirmant : « Le risque d’importation depuis Wuhan est quasi nul. Le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible. »
  • Si elle avait bien prononcé des propos semblables fin janvier, elle avait aussi noté que ces données étaient susceptibles d’évoluer très vite.

Alors que les critiques se font entendre, sur les réseaux sociaux, autour du manque de préparation du gouvernement face à l’arrivée du coronavirus en France, Agnès Buzyn est particulièrement ciblée.

La candidate à la Mairie de Paris se voit en effet reprocher des propos qu’elle aurait tenus lorsqu’elle était encore ministre de la Santé, et minimisant le danger que représentait le virus en France.

« Le risque d’importation depuis Wuhan est quasi nul. Le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible », aurait-elle ainsi affirmé le 20 janvier, à en croire ce visuel très partagé sur Twitter et Facebook.

Le post Facebook viral sur Agnès Buzyn et le coronavirus.
Le post Facebook viral sur Agnès Buzyn et le coronavirus. - capture d'écran/Facebook

FAKE OFF

Si la citation est tronquée, Agnès Buzyn avait bien tenu des propos proches le vendredi 24 janvier – et pas le 20 – à la sortie d’un Conseil des ministres diffusé en direct sur Facebook.

« Je vais maintenant faire un point de situation sur le coronavirus en Chine, ce que nous savons, et ce que nous ne savons pas. […] Plus de 800 cas avérés, plus de 150 personnes hospitalisées, pour des cas graves, 27 morts. Vingt-cinq provinces chinoises sont touchées. […] Cinq pays ont répertorié des cas : la Thaïlande, le Japon, la république de Corée, Taïwan, les Etats-Unis. Tous les cas avaient voyagé à Wuhan, il n’y a pour l’instant à ma connaissance pas de cas dans l’Union européenne », affirmait-elle en préambule sur le sujet (à partir de 12’20 sur l’archive vidéo du direct).

Avant de détailler (à partir de 14’08) : « En termes de risques pour la France, les analyses de risques d’importation sont modélisées régulièrement par des équipes de recherche. Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée. Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles, et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles ». Et d’ajouter une précision importante : « Cela peut évidemment évoluer dans les prochains jours s’il apparaissait que plus de villes sont concernées en Chine ou plus de pays, notamment de pays de l’Union européenne. »

A l’époque de ses déclarations, le coronavirus n’avait effectivement pas encore atteint l’Europe – du moins à la connaissance des autorités. Le même jour, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publiait en outre un modèle « pour estimer le risque d’importation en Europe ».

Un risque estimé entre 5 % et 13 %

Ce bulletin semble bien avoir minimisé, dans ses deux scénarios (celui d’un faible risque de diffusion de l’épidémie et celui d’un risque élevé), la probabilité qu’un cas ne survienne en France : « D’après les chercheurs, le risque qu’au moins un cas soit importé en Europe dans le premier scénario est de 33 % et de 70 % dans le deuxième scénario. Étant donné les flux aériens, les pays les plus exposés seraient l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le risque qu’un passager infecté arrive en France est lui de 5 % dans le scénario 1 et de 13 % dans le scénario 2, et se concentrerait surtout sur les aéroports de la région parisienne. »

L’Inserm soulignait toutefois la nature purement hypothétique de ce modèle, en rappelant que ces « résultats ne sont pas des prédictions » mais « permettent simplement d’identifier là où se situe le risque et là où il faut déployer des moyens de surveillance et de prévention accrus ».