Coronavirus en Alsace : L'Allemagne décide toute seule de renforcer les contrôles à la frontière

EPIDEMIE La préfète de la région Grand-Est n'apprécie pas. « Le virus circule et ne connaît pas les frontières », lance Josiane Chevalier

T.G. avec AFP

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Un policier arrête un automobiliste sur le pont de Kehl, à la frontière avec Strasbourg, avant de lui demander s'il a la grippe
Un policier arrête un automobiliste sur le pont de Kehl, à la frontière avec Strasbourg, avant de lui demander s'il a la grippe — Patrick HERTZOG / AFP
  • La police allemande a renforcé ses contrôles aux frontières avec la France face à la crise du coronavirus. Notamment à Kehl, la ville qui fait face à Strasbourg, de l’autre côté du Rhin.
  • Munis de masques, les policiers allemands arrêtent les automobilistes français et leur demandent notamment s’ils ont de la fièvre.
  • « Cette mesure n’a pas été prise en concertation », a regretté la préfète de la région Grand Est, Josiane Chevalier.

De longues files de voitures à la frontière… Depuis jeudi après-midi et à la surprise générale, la police allemande effectue des contrôles renforcés face à la crise du coronavirus.

« Avez-vous de la fièvre ? Êtes-vous souffrants ? », interrogent des policiers porteurs de gilets fluorescents barrés de l’inscription "Polizei", à Kehl, la ville qui fait face à Strasbourg sur l’autre rive du Rhin. Porteurs de masques et de gants de protection, les policiers sont postés sous une petite tente blanche et interrogent les automobilistes qui viennent de traverser le Pont de l’Europe en provenance de l' Alsace. Dans la soirée, la Sécurité civile allemande a installé des projecteurs et des plots sur la zone de contrôle.

« Contrôles exagérés »

« D’après ce que j’ai entendu, je trouve que c’est correct, je pense que c’est bien même si je ne sais pas comment on peut contrôler le virus avec ça », observe Manfred, un Allemand de 79 ans venu de Kehl à pied. « Ce n’est peut-être pas assez pour protéger tout le pays contre le virus… », ironise-t-il toutefois, observant la scène avec un sourire en coin.

Pour Thomas Calcutt, un Britannique de 30 ans qui travaille chez un tour-opérateur de Kehl mais réside à Strasbourg, ces contrôles sont « exagérés ». « La question est : comment ça va influencer ma vie quotidienne ? Je fais déjà du télétravail et il se peut que ça dure deux à trois semaines », redoute-t-il.

« La méthode est un peu étonnante »

« Cette mesure n’a pas été prise en concertation », a regretté la préfète de la région Grand Est, Josiane Chevalier. « J’ai été alertée par mes propres policiers, mais la méthode est un peu étonnante. Le virus circule et ne connaît pas les frontières… »

Selon un policier allemand, ces contrôles sont effectués tout au long de la frontière avec la France. Ils se poursuivront « un certain temps » et sont valables pour l’ensemble de la frontière franco-allemande, a confirmé la police d’Offenburg (sud-ouest de l’Allemagne).

Le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer (CSU) a demandé jeudi à la police fédérale « d’intensifier de manière significative les contrôles à toutes les frontières », selon un porte-parole du ministère.

« Si une personne a une température élevée… »

« Dans la Sarre, les autorités du Land ont demandé à la police fédérale d’effectuer des contrôles de fièvre aléatoires. Il est donc actuellement tout à fait possible de rencontrer des agents de la police fédérale avec des thermomètres à la frontière entre la Sarre et la France », a précisé le ministère.

« Si une personne a une température élevée et des symptômes grippaux, elle est arrêtée à la frontière et la suite de la procédure est discutée avec les autorités sanitaires. Selon les cas, les personnes concernées pourraient être conduites dans une clinique pour y subir un test de dépistage », a-t-il spécifié.

Selon le quotidien allemand Bild, les employés des compagnies de chemin de fer doivent également signaler les cas suspects à la police. Plus de 170.000 frontaliers français quittent chaque matin leur pays pour aller travailler en Allemagne.

Mercredi, l’Institut Robert-Koch, qui supervise en Allemagne la recherche sur les épidémies et maladies, a classé la Région Grand-Est, et donc l’Alsace dans son ensemble, en « zone à risque internationale », au même titre que l’Italie ou la ville chinoise de Wuhan, épicentre mondial de l’épidémie.

Dans la foulée, la ville de Kehl a annoncé qu’elle demandait à ses employés résidant dans la capitale alsacienne ou dans le Bas-Rhin « de rester à la maison », une recommandation également faite aux Kehlois travaillant en France et aux enfants fréquentant une école strasbourgeoise.

De son côté, l’Etat régional du Bade-Wurtemberg a recommandé lundi aux personnes vivant dans le Haut-Rhin, dans le sud de l’Alsace, et « qui se rendent régulièrement à l’école ou au travail » dans ce Land, de rester « pour l’instant pendant 14 jours à la maison ». Plusieurs entreprises allemandes ont annoncé leur intention d'appliquer ces recommandations.