Une découverte scientifique liée à la grippe avec des implications contre le coronavirus ?

RECHERCHE Des chercheurs lillois et parisiens ont démontré l’implication du microbiote intestinal dans la lutte contre les surinfections bactériennes liées à la grippe

Mikaël Libert

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Le microbiote est étroitement lié à notre système immunitaire (illustration).
Le microbiote est étroitement lié à notre système immunitaire (illustration). — M.Libert / Archives 20 Minutes

Il y a quelques jours, des chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille (Centre d’Infection et d’Immunité de Lille) et de l’Inrae ont publié les résultats de travaux démontrant le lien entre les perturbations du microbiote intestinal induites par la grippe et les surinfections bactériennes. Cette découverte pourrait avoir des retombées majeures dans la prévention des pathologies associées à d’autres infections virales aiguës, telle que l’infection par le coronavirus.

Le microbiote intestinal, également appelé flore intestinale, est composé de très nombreux micro-organismes, essentiellement des bactéries, présents dans notre système gastro-intestinal. « Le microbiote intestinal est impliqué dans beaucoup de choses, notamment dans l’éducation du système immunitaire et dans les mécanismes de défense contre les infections », explique le docteur François Trottein, directeur de recherche au CNRS.

Comment la grippe favorise les surinfections bactériennes

Dans cette étude, les scientifiques se sont intéressés à la grippe et aux surinfections bactériennes, responsables de la majeure partie des décès chez les personnes âgées ou vulnérables contaminées par le virus. « Nous avons essayé de comprendre comment la grippe favorise ces surinfections bactériennes », poursuit le chercheur.

Les scientifiques ont donc axé leurs recherches autour du fameux microbiote. Les études chez la souris ont permis de démontrer que le virus modifiait temporairement la composition et l’activité métabolique du microbiote. « La réduction de la prise alimentaire au cours de la maladie réduit aussi de fait la production d’acides gras à chaîne courte par le microbiote. Capables, de façon naturelle et à distance, de renforcer nos défenses immunitaires dans le poumon. Cette chute des d’acides gras à chaîne courte au cours de l’infection virale favorise les surinfections bactériennes », poursuit François Trottein.

En gros, lorsque l’on est grippé, on mange moins, du coup notre microbiote intestinal change et produit moins d’acides gras à chaîne courte, ce qui entraîne un affaiblissement des défenses pulmonaires. L’infection bactérienne s’installe, ce qui aggrave l’état de santé du patient.

Cette découverte n’empêchera pas d’attraper la grippe. Néanmoins, elle donne des pistes pour mieux armer les patients contaminés par le virus. « On pourrait protéger le microbiote en ingérant par exemple davantage de fibres, à l’origine de la production des acides gras à chaîne courte », explique le chercheur.

Ce que l’on a pu observer autour des victimes du coronavirus, c’est que ces personnes étaient essentiellement mortes de pneumonies virales ou de dysfonctionnement de certains organes. Selon le scientifique, « les malades du Covid-19 pourraient aussi développer des surinfections bactériennes. Etudier le microbiote intestinal dans le cadre du coronavirus va être une piste intéressante de recherche. Des études sont en cours », conclut le chercheur. Alors, en attendant un traitement ou un vaccin, mangez des fibres et prenez soin de votre microbiote intestinal.