Les jeunes prêts à donner leur sang et leurs organes post mortem, un peu moins leur moelle osseuse et leurs gamètes

INFO « 20 MINUTES » A l’occasion de la Semaine de mobilisation pour le don de moelle osseuse, « 20 Minutes » a interrogé son Panel #MoiJeune pour savoir ce que les 18-35 ans pensent du don de soi en général

Oihana Gabriel

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Illustration d'un don du sang.
Illustration d'un don du sang. — Frederic DIDES/SIPA
  • Les jeunes se mobilisent-ils plus que leurs aînés sur le don de sang, d’organes, de moelle osseuse ? Nous avons interrogé notre communauté #MoiJeune avec OpinionWay.
  • Parmi les répondants, 47 % ont déjà donné leur sang, 56 % sont prêts à donner de la moelle osseuse, 24 % des gamètes et 75 % des organes ou tissus après leur mort.
  • « On sent sur le terrain que les jeunes sont généreux, mais veulent tout comprendre », estime notamment Hervé Le Serre, secrétaire général de France Adot.

​Les jeunes sont-ils généreux, non pour donner à une association, mais pour sauver des vies ? A l’occasion de la Semaine de mobilisation pour le don de moelle osseuse, notre sondage* #MoiJeune, réalisé avec  OpinionWay, dévoile que les 18-30 ans sont plutôt disposés à donner leur sang et leurs organes post mortem, un peu moins leur moelle osseuse, et assez peu leurs gamètes.

Surtout, ils souhaitent recevoir davantage d’informations sur ces questions.

Généreux pour le sang

Parmi les jeunes interrogés, 47 % ont déjà donné leur sang. Et parmi ces derniers, 47 % le font au moins une fois par an. Pourquoi le font-ils ? Le principal déclencheur est la proximité d’un centre (37 %), suivi, à niveau quasi égal, par les campagnes de sensibilisation (23 %) et l’encouragement des proches (22 %). Signe que les diverses opérations pour expliquer l’intérêt du don de sang fonctionnent.

« Sur la pyramide des âges, on voit chez les 18-24 ans un taux de générosité plus élevé que la moyenne, souligne François Charpentier, porte-parole de l' Etablissement Français du Sang (EFS). En clair, le rapport entre le nombre de donneur et la population est de 7 à 9 % chez ces jeunes, contre 4 % sur la population totale tous les ans. Après, il y a un biais : on a une offre de collecte spécifiquement dédiée à cette tranche d’âge, puisqu’on se déplace dans les lycées professionnels, les grandes écoles, les universités… »

Quels sont les freins pour ces jeunes sondés ? Presque la moitié ne rentrent pas dans les critères, et un tiers d’entre eux ont peur : 18 % d’avoir mal, et 13 % du sang lui-même.

Une majorité prête à donner de la moelle osseuse

Qu’en est-il du don de moelle osseuse ? Toujours selon notre sondage, 91 % des jeunes en ont déjà entendu parler, et 53 % savent précisément de quoi il s’agit. « Vu les campagnes promotionnelles, les Semaines sur le don de moelle osseuse, les actions sur les réseaux sociaux faites par l’Agence de Biomédecine et l’EFS, le fait que lors des collectes de sang, on évoque ce don-là, je ne suis pas étonné qu’une immense majorité des jeunes en ait entendu parler », analyse le porte-parole de l’EFS. Mais paradoxalement, ils ne sont que 27 % à se sentir suffisamment informés. Peut-être aussi que pour ce genre de questionnaire déclaratif, certains n’osent pas avouer leur ignorance. Pour lever les doutes, cette interview revient sur ce qu’il faut savoir avant de donner.

Quand on leur demande s’ils sont prêts à donner de la moelle osseuse, ils répondent oui à 56 %. « Les jeunes sont intéressés par tout ce qui a du sens, donc cela me semble assez cohérent, reprend François Charpentier. Mais on parle d’une intention. Le don de moelle osseuse, c’est une inscription sur un fichier, et ce n’est pas sûr qu’on sera appelé. »

« Les gamètes, ce sont des cellules très particulières »

Sur les gamètes, en revanche, seulement 28 % des jeunes hommes projettent de donner leur sperme, et 21 % des jeunes femmes leurs ovocytes. C’est, au global (24 %), deux fois moins que pour le don de moelle osseuse. Ce qui n’étonne pas Evelyne Marry, directrice du registre des donneurs de moelle osseuse à l’Agence de Biomédecine. « Les gamètes, ce sont des cellules très particulières, reconnaît-elle. Donner son sang ou sa moelle osseuse, c’est moins engageant pour l’avenir. Mais on a besoin de donneurs de gamètes aussi, il y a gros travail pédagogique à faire. Je pense qu’on va entendre parler davantage de ce don méconnu avec la révision de loi de bioéthique. »

« Le don de moelle osseuse, c’est sauver une vie et ce n’est pas très compliqué, soutient Hervé Le Serre, secrétaire général de France Adot (la fédération des associations pour le Don d’Organes et de Tissus humains). Alors que le don de gamète, c’est aider à procréer. » Depuis 2016, la loi française autorise les femmes sans enfant (nullipare) à donner leurs ovocytes, « ce qui a permis d’ouvrir le don à un public féminin plus jeune, précise-t-on à l’Agence de Biomédecine. Pourtant, aujourd’hui, on manque toujours de donneurs et de donneuses de gamètes. »

Un besoin d’information

« On sent sur le terrain que les jeunes sont généreux, mais veulent tout comprendre, résume Hervé Le Serre. Après une conférence au collège, beaucoup se disent prêts à donner leur moelle osseuse, par exemple. » Ce que montre ce sondage, c’est aussi que la sensibilisation varie beaucoup selon le type de don. En effet, si 88 % des 18-30 ans interrogés ont déjà entendu parler à l’école ou au travail du don de sang, ils sont seulement 47 % pour le don post-mortem, 24 % pour la moelle osseuse et 22 % pour les gamètes.

« C’est clairement insuffisant », reprend le secrétaire général de France Adot, qui a organisé en 2019 environ 2.200 interventions en milieu scolaire et sensibilisé plus de 90.000 jeunes. « C’est surtout en 3e qu’on nous sollicite. Les lycées ont beaucoup plus de mal à nous ouvrir leurs portes, regrette-t-il. Or, c’est en terminale, quand ils se rapprochent de leurs 18 ans, qu’il serait important de parler de don. » Il est en effet impossible de procéder à un don de sang, de moelle osseuse ou de gamète avant la majorité.

Une moitié a informé ses proches sur le don post-mortem

Pas facile de penser qu’on n’est pas éternel quand on a 18 ans… Pour autant, 75 % des personnes interrogées sont prêtes à donner organes ou tissus après leur mort, et une sur deux a déjà informé ses proches de sa volonté de le faire. « Les plus jeunes n’ont pas nécessairement conscience que si nous pouvons tous être donneurs, nous pouvons aussi tous être receveurs », souligne-t-on à l’Agence de Biomédecine. « Avec 6 % d’inscrits sur le registre des refus [selon notre sondage], c’est ce qu’on retrouve sur la population globale, insiste Hervé Le Serre. Ce qui est plus grave, ce sont les gens qui ne prennent pas position. »

Car depuis le changement de la loi en janvier 2017, qui fait de chaque Français un donneur potentiel s’il n’a pas laissé de directive, beaucoup croient qu’il n’est plus utile de parler à ses proches de cette décision. Mais la loi reste floue et laisse une place à la décision des proches. « Les coordinations hospitalières se retrouvent souvent avec des proches qui ne connaissent pas la volonté du défunt, reprend-il. D’ailleurs, depuis 2017, le taux de refus n’a pas beaucoup baissé : on est passé de 33 % à 30 % en 2019. »

* Le sondage 20 Minutes – Opinion Way a été réalisé en ligne le 4 mars 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 514 jeunes âgés de 18 à 30 ans, selon la méthode des quotas.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.