Coronavirus : Pourquoi certaines personnes présentant des symptômes sont-elles dépistées et d’autres pas ?

CASSE-TETE Toute personne présentant les symptômes du coronavirus ne sera pas systématiquement dépistée

Anissa Boumediene

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Désormais, le dépistage n'est plus systématique en cas de suspicion de coronavirus.
Désormais, le dépistage n'est plus systématique en cas de suspicion de coronavirus. — Claudio Furlan/AP/SIPA
  • A ce jour, la France recense 2.281 cas confirmés, et 48 décès, selon le dernier bilan publié mercredi soir.
  • Si plusieurs foyers épidémiques ont été identifiés et que de nombreux malades ont été testés positifs au Covid-19, le dépistage n’est pas proposé à tout le monde.
  • Selon l’appréciation, une personne présentant des symptômes du coronavirus pourra ou non se voir prescrire un test de dépistage.

« Allô le 15 ? Bonjour, mon bébé présente les symptômes du coronavirus, et elle a de la fièvre depuis trois jours. Doit-elle se faire dépister ? » « Non, emmenez-la chez le pédiatre ». « Allô le pédiatre ? Ma fille a les symptômes du coronavirus, et de la fièvre depuis trois jours. Pouvez-vous l’ausculter ? » « Ah non, appelez le 15 ». Alors, que faire ? Cette situation, entendue dans l’open space, beaucoup la vivent. Alors que la grippe sévit encore dans le pays, les symptômes similaires du coronavirus inquiètent, et nombreux sont celles et ceux qui se demandent s’ils n’ont pas contracté le Covid-19. Selon le dernier bilan publié mercredi soir, la France recense 2.281 cas confirmés, dont 86 malades en réanimation, et 48 décès.

Alors que l’OMS a requalifié ce mercredi l’épidémie de Covid-19 en « pandémie » et que le stade 3 du plan de gestion du coronavirus pourrait être déclenché dans les prochains jours, la stratégie des autorités sanitaires s’est adaptée. Plus question, aujourd’hui, de dépister systématiquement toute personne présentant les symptômes du coronavirus. Désormais, il s’agit de contenir la propagation du virus et de réserver le dépistage aux seuls cas qui le nécessitent. Mais quels sont les critères permettant de déterminer qui doit être dépisté ?

Pourquoi des personnes présentant les mêmes symptômes ne bénéficient-elles pas systématiquement de la même prise en charge ?

Deux patients au profil similaire, ayant tous deux de la fièvre, une toux, des maux de tête et des courbatures. Ils contactent le Samu et indiquent qu’ils suspectent être contaminés au Covid-19. L’un est dépisté, l’autre pas. Pourquoi ? « En premier lieu, on va préconiser le test de dépistage pour les personnes présentant la symptomatologie du Covid-19, et dont le profil a été validé par le Samu et le médecin infectiologue référent ou par l’Agence régionale de santé (ARS), répond à 20 Minutes Vincent Enouf, chercheur et directeur adjoint du Centre national de référence (CNR) des virus respiratoires de l’institut Pasteur. Ainsi que pour celles qui sont hospitalisées ». En outre, aujourd’hui, « à ce stade de propagation du coronavirus en France, nous limitons le nombre de tests que nous pratiquons, pour ne tester que les "cas probables", à l’instar de personnes qui reviennent de zones à risques, les "cas contact", et les cas présentant les symptômes les plus graves », précise le chercheur.

Mais il peut également être indiqué « de pratiquer un dépistage sur une personne qui se trouve loin des foyers épidémiques et qui présenterait les symptômes du coronavirus, justement parce que cela pourrait permettre de mettre au jour un nouveau cluster, complète Vincent Enouf. Il n’y a pas un seul facteur qui commande la prise de décision, mais un ensemble d’éléments et une évaluation précise au cas par cas ». Des facteurs qui ne permettent pas toujours d’y voir très clair. Ainsi, décider de prescrire un dépistage « dépend aussi de la région où le patient se trouve. S’il est dans un endroit du territoire où un cluster est établi, la probabilité qu’il s’agisse effectivement du coronavirus est élevée. Dans ce cas, on prescrira le confinement s’il s’agit d’une personne jeune, en bonne santé et qui ne souffre pas de détresse respiratoire, et n’a qu’une faible symptomatologie ».

« Il faut bien comprendre que les tests sont utiles pour comprendre où circule le virus. Ils deviennent moins indispensables dans les zones de circulation active où c’est la prise en charge sanitaire qui devient centrale », justifie le gouvernement sur son site d’information consacré au coronavirus. Dès lors, « seuls les patients présentant un état clinique sévère et les résidents des établissements médico-sociaux présentant des symptômes resteront alors soumis à un test dans ces territoires. ».

Pourquoi le ministre de la Culture a-t-il fait l’objet d’un test de dépistage alors que ses symptômes sont faibles ?

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont demandé pourquoi le ministre de la Culture Franck Riester, testé positif au coronavirus, mais qui se déclare « en forme », a fait l’objet d’un test de dépistage si sa symptomatologie est si faible.

Alors : deux poids, deux mesures ? Ou la situation exigeait-elle vraiment d’en passer par un test ? Si le ministre a fait l’objet d’un dépistage, c’est parce qu’il a été en contact avec des personnes contaminées. La semaine précédent l’annonce de sa contamination, il avait passé plusieurs jours devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, pour présenter son projet de loi sur la communication audiovisuelle. Or, cinq députés et deux membres du personnel de l’Assemblée nationale ont été contaminés par le coronavirus, dont deux élues ayant participé aux réunions de cette même commission. Matignon s’est borné à rappeler que les règles de prudence étaient les mêmes « pour les ministres que pour tous les Français ». Ainsi, Franck Riester est en quatorzaine chez lui.

Un dépistage systématique en cas de symptômes est-il souhaitable ? Et possible ?

« Si un particulier, qui a priori n’a eu aucun contact avec une personne contaminée, appelle le 15 pour demander un test de dépistage, ce ne sera pas possible d’accéder à sa requête », indique Vincent Enouf. L’explication est simple : « il est matériellement impossible – et inutile – de tester tout le monde. Non seulement parce que cela hypothéquerait nos ressources, mais aussi parce que nos laboratoires n’ont pas la capacité de le faire ».