VIDEO. Coronavirus : Entre gestion, anticipation et besoin de rassurer, plongée dans une cellule de crise

REPORTAGE A Rennes, une trentaine de personnes sont mobilisées au quotidien au siège de l’agence régionale de santé pour faire face à l’épidémie de coronavirus dans la région

Jérôme Gicquel

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Dans les locaux de l'ARS Bretagne, les réunions de crise s'enchaînent pour coordonner les actions pour lutter contre l'épidémie de coronavirus.
Dans les locaux de l'ARS Bretagne, les réunions de crise s'enchaînent pour coordonner les actions pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Une cellule de crise contre l’épidémie de coronavirus a été activée au début du mois dans les locaux de l’Agence régionale de santé à Rennes.
  • Elle a pour mission de suivre l’évolution de la situation de crise et de piloter l’organiser de soins avec les différents établissements de la région.
  • Deux cellules sont chargées de répondre aux questions du public et d’identifier et de contacter les personnes ayant été en contact avec les personnes contaminées.

A crise exceptionnelle, dispositif exceptionnel. Depuis le début du mois, le siège de l’agence régionale de santé (ARS) à Rennes a pris des allures de bunker avec l’activation de la cellule d’appui et de pilotage sanitaire. Cette cellule de crise, composée d’une trentaine de personnes mobilisées 7 jours sur 7, est en première ligne sur le front du coronavirus. Car en pleine épidémie, les missions sont multiples. « On doit suivre la situation de crise, anticiper ses évolutions, prendre des décisions et communiquer », souligne Nathalie Le Formal, directrice de la santé publique à l’ARS Bretagne.

Dans la salle de réunion de la « task force », installée au 9e étage, deux points de situation sont réalisés chaque jour à 9h et à 15h30 pour recenser les nouveaux cas confirmés dans les quatre départements bretons et piloter l’organisation des soins. Directeur de l’ARS Bretagne, Stéphane Mulliez sort tout juste d’une visioconférence avec le personnel du centre hospitalier de Vannes où plusieurs patients contaminés par le virus sont hospitalisés. « On évalue si les services de réanimation et de soins intensifs sont en tension dans les établissements concernés et le cas échéant, on fait appel à la solidarité régionale entre établissements », détaille-t-il. « Le stade 3 n’a pas été activé, on a donc encore un temps d’avance qu’il faut mettre à profit pour anticiper la capacité de lits », poursuit le directeur.

Plus de 800 appels chaque jour sur le numéro vert régional

A quelques bureaux de là, huit opératrices répondent aux appels du numéro vert régional mis en place depuis le début de la crise. Et les questions sont nombreuses. « On a reçu 800 appels pour la journée d’hier et cela peut dépasser le millier certaines journées », souligne Nathalie Le Formal. En deux heures de temps, Frédérique a déjà réceptionné une quinzaine d’appels ce mercredi matin. « Je viens d’avoir une personne habitant Rennes qui se demande si elle peut aller le week-end prochain dans le Morbihan, indique-t-elle. Juste avant, c’était une personne intervenant comme éducatrice sportive dans un Ehpad où un cas a été confirmé. Elle demandait si elle pouvait aller travailler et si oui, quelles étaient les consignes à respecter ».

A chaque appel, les opératrices rédigent une main courante pour garder une trace des personnes et elles les orientent ensuite vers les services concernés. Dans l’ensemble, les personnes ne cèdent pas trop à la panique. « Il y a des inquiétudes, c’est bien normal, mais elles sont quand même raisonnées », témoigne Bernadette.

Une cellule d’investigations pour identifier « les cas contacts »

Cinq étages plus bas, un autre service de la cellule de crise enchaîne également les appels téléphoniques. Il s’agit de l’équipe d’investigations qui est chargée d’identifier et d’appeler « les cas contacts ». « Dès qu’un cas est confirmé, on essaie de recenser toutes les personnes avec qui le malade a pu être en contact étroit, on les contacte et on mène notre enquête pour évaluer le risque », précise Yvonnick Guillois, ingénieur épidémiologiste chez Santé Publique France.

Selon les malades, la tâche peut parfois s’avérer assez complexe. « C’est assez simple avec des personnes isolées, indique-t-il. Mais si la personne a une activité sociale et professionnelle dense, cela peut prendre du temps avec parfois des dizaines de personnes à contacter ».

Au dernier bilan publié ce mercredi, 93 cas de Covid-19 ont été confirmés dans la région Bretagne, dont 73 dans le seul département du Morbihan, le département le plus touché. L’épidémie n’en étant qu’à ses débuts, la cellule de crise mise en place par l’ARS n’est pas prête à être désactivée. « Ce dispositif est inédit de par son ampleur et il va falloir tenir dans la durée », assure Nathalie Le Formal.