Coronavirus : Une aubaine pour la téléconsultation ?

MEDECINE Depuis mardi et jusqu’au 30 avril, la possibilité de téléconsulter un médecin s’élargit

Oihana Gabriel

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Illustration d'une téléconsultation.
Illustration d'une téléconsultation. — Pixabay
  • Depuis mardi, toutes les téléconsultations sont remboursées par la Sécurité sociale, et ce jusqu’au 30 avril.
  • Pour le ministre de la Santé comme pour nombre de médecins, cette possibilité pourrait permettre de désengorger les cabinets et de limiter la progression de l’épidémie.
  • Mais cet élargissement temporaire servira-t-il de tremplin à long terme à cette pratique ? Des experts estiment que oui.

Pourquoi prendre le risque d’attraper le coronavirus  ou la grippe dans une salle d’attente d’un médecin si on peut téléconsulter ? Depuis mardi, un décret élargit les possibilités pour consulter via son ordinateur ou son smartphone… et d’être remboursé. Car la téléconsultation semble être l’une des solutions pour limiter la propagation sans laisser des patients sans soin.

Utile pour limiter la propagation

Cette solution désengorge les hôpitaux et évite des contaminations si on attend cinq heures aux urgences alors qu’on souffre du coronavirus (sans le savoir). Ou dans la salle d’attente de son généraliste… Lequel ne pourra pas proposer le test du coronavirus au patient, de visu comme via la vidéo. « Pour les patients atteints du coronavirus et déjà diagnostiqués, mais qui présentent des symptômes légers, c’est un bon moyen de les suivre à domicile », précise Stanislas Niox-Chateau, co-fondateur de Doctolib, la plateforme où un quart des médecins généralistes et la moitié des spécialistes de France sont inscrits.

Pour les soignants aussi, c’est une solution protectrice, surtout pour ceux qui ont vu fondre leur réserve de masques chirurgicaux. « Certains soignants en quatorzaine peuvent continuer à consulter, à condition que ça soit en vidéo », ajoute Arnault Billy, directeur général de Docavenue, une autre plateforme. Pour beaucoup de syndicats de médecins, cela peut également être un outil, parmi d’autres, pour éviter que des personnes malades ou angoissées restent sans soin. « On voit une explosion des appels dans ce climat d’inquiétude généralisée », assure Luc Duquesnel, généraliste en Mayenne et président de Les Généralistes-CSMF.

50 % de plus en une semaine

Mais les chiffres montrent-ils un vrai décollage, alors que pendant sa première année, la téléconsultation a mis du temps à convaincre ? « C’est sûr, elle se démocratise, assure Stanislas Niox-Chateau. Lundi dernier, on a fait 50 % de téléconsultations supplémentaires par rapport au lundi précédent. » Chez Docavenue, même constat : une hausse de 40 % par rapport au mois dernier. « On permet des téléconsultations chez les libéraux, mais aussi des solutions dans 400 pharmacies pour être accompagné et avoir accès à des objets connectés, précise Arnault Billy. Ce qui permet de faire de la vraie démocratisation, puisqu’on peut trouver des pharmacies même dans déserts médicaux. »

Autre possibilité sur cette plateforme : consulter un médecin en vidéo sans avoir pris de rendez-vous préalable. Un tremplin clair, donc, pour une des mesures phares de Ma Santé 2022, présentée par Emmanuel Macron en septembre 2018. 

Que change le décret ?

Depuis septembre 2018, certains patients qui optent pour ce genre de rendez-vous médical sont remboursés par Sécurité sociale. A condition d’avoir consulté le médecin dans les douze derniers mois ou que celui-ci soit leur médecin traitant. Olivier Véran a décidé de lever cette obligation depuis mardi. Toutes les téléconsultations sont donc remboursées jusqu’au 30 avril.

Une aubaine pour ceux qui espéraient depuis dix-huit mois un coup d’accélérateur à la téléconsultation, dont le décollage peinait jusqu’ici. Car le risque existe de passer à côté de symptômes graves quand le soignant découvre un patient qu’il ne connaît pas.

La téléconsultation boostée sur le long terme ?

Nul doute que cette possibilité élargie soulagera des patients, notamment dans les déserts médicaux. Mais certaines personnes, âgées, pas équipées d’un ordinateur avec une caméra ou d’un smartphone, mal à l’aise avec la technique ou dans une zone blanche, ne pourront pas en bénéficier. Surtout, s’il faut prendre la température, toucher le patient pour voir s’il a mal, elle ne servira pas à grand-chose. « Bien sûr que ce n’est pas adapté à toutes les pathologies, reconnaît le directeur de Docavenue. Mais c’est important pour faire du prédiagnostic et de l’adressage : le médecin peut orienter vers un spécialiste ou les urgences. »

« Si cela permet à des médecins de mettre le pied à l’étrier, c’est très bien, assure Luc Duquesnel. On n’est pas assez nombreux à se l‘être approprié. » Mais il estime qu’il faut que cet élargissement reste transitoire. « Le risque, c’est qu’on aille vers une mauvaise utilisation de la télémédecine. Sans notion de parcours de soins, de suivi du patient. Il ne faut pas que les patients de Maubeuge soient régulés par des médecins de Nice. Car nous pouvons estimer, lors d’une téléconsultation qu’il faut voir en face-à-face le patient. »

La téléconsultation boostée sur le long terme ?

D’ailleurs, Doctolib n’applique pas le décret tel quel. Ce dernier élargit cette possibilité à tous les médecins, même si on ne les a jamais consultés. Mais sur la plateforme, il faut avoir vu au moins une fois le généraliste ou spécialiste avant. « On a une conviction forte, c’est que la téléconsultation est efficace si c’est votre médecin, proche de vous, parce qu’il va mieux vous soigner et vous orienter, nuance Stanislas Niox-Chateau. Il connaît vos antécédents et les soins de proximité. Par ailleurs, on a pris la décision la semaine dernière de rendre gratuite la téléconsultation pour nos médecins utilisateurs en mars et avril. » D’autres plateformes ont pris la même décision, notamment Medicam, Consulib, CompuGroup Medical…

Pour Arnault Billy, cette épidémie, aussi regrettable soit-elle, aura des conséquences à long terme sur l’essor de la téléconsultation. Car elle lève un frein psychologique chez certains patients. « Pour se rendre compte que ces solutions sont simples, il faut essayer une première fois. Même après le 30 avril, on aura malheureusement encore des déserts médicaux et de nombreux malades chroniques… »