Coronavirus : L’épidémie de grippe saisonnière est-elle plus faible cette année « grâce » au Covid-19 ?

SANTE Le virus de la grippe semble moins virulent cette année par rapport à l’année dernière

Anissa Boumediene

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Le coronavirus ferait de la concurrence à la grippe saisonnière.
Le coronavirus ferait de la concurrence à la grippe saisonnière. — BUFKENS CEDRIC/SIPA
  • L’épidémie de grippe saisonnière est moins virulente cette année, comparé à l’année précédente.
  • Cela pourrait s’expliquer par une efficacité accrue de la vaccination.
  • Mais aussi par la concurrence avec le Covid-19 qui sévit actuellement.

Chaque hiver, la grippe est au cœur des préoccupations. Elle touche des millions de personnes et fait plusieurs milliers de victimes en France. Pourtant, le virus est moins virulent cette année, affichant une mortalité plus faible que durant l’épidémie de grippe de l’année dernière.

Depuis novembre 2019, 72 personnes sont décédées des suites du virus de la grippe après avoir été admises en réanimation, selon les chiffres recensés jusqu’au 4 mars par Santé publique France, contre 197 à la même période un an plus tôt. Comment expliquer une telle différence ? Est-ce la vaccination contre la grippe saisonnière ? Le renforcement des mesures barrières ? Ou encore l’épidémie concurrente de coronavirus ? 20 Minutes fait le point.

Une vaccination plus efficace et une épidémie plus faible

Cette année, les Français ont été plus nombreux à vouloir se prémunir contre la grippe. La vaccination est en augmentation cet hiver, avec 600.000 doses administrées de plus que l’année dernière. Une augmentation qui pourrait s’expliquer en partie par une nouveauté : pour la première fois, les pharmaciens ont eu le droit de vacciner les patients, facilitant ainsi l’accès à ce mode de prévention.

Il y a donc eu davantage de personnes vaccinées, mais aussi un vaccin plus efficace que celui de l’an passé. « Cette année, la grippe n’est pas tout à fait la même que celle qui a circulé l’année dernière, explique le Pr Bruno Lina, virologue, directeur du Centre national de référence de la grippe pour le sud de la France et chercheur au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI). L’année dernière, ce sont les souches H1N1 et H3N2 qui étaient en circulation. Cette année, ce sont les souches H1N1 et un virus de type B. Et cette différence explique que l’efficacité vaccinale ne soit pas la même : il est très difficile de vacciner contre la souche H3N2, alors qu’il est plus facile de mettre au point un vaccin efficace pour une combinaison H1N1 et virus de type B ».

Comparativement, « l’épidémie de grippe 2018-2019 a été caractérisée par une importante sévérité, malgré sa courte durée, liée à la co-circulation des virus A (H3N2) et A (H1N1) dans un contexte de couverture vaccinale insuffisante et d’efficacité vaccinale variable selon les virus (…) et marquée par une surmortalité importante, avec environ 8.100 décès attribués à la grippe », confirme Santé publique France.

En outre, « il y a une "petite épidémie" cette année aussi parce qu’elle est apparue plutôt en période de vacances scolaires, ce qui a freiné la propagation du virus, relève le Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste et membre du syndicat MG France. Cela explique qu’il y ait eu beaucoup moins de cas au total, et que moins de personnes âgées – beaucoup plus vulnérables face à la grippe – n’aient contracté le virus », souligne-t-il.

Les mesures barrières plus appliquées par crainte du coronavirus

Et le coronavirus dans tout ça ? L’arrivée du Covid-19 en France a-t-elle bousculé l’épidémie de grippe saisonnière ? « Elle avait déjà commencé à diminuer quand le coronavirus est arrivé dans l’Hexagone, répond le Pr Bruno Lina. Mais le passage du pic de l’épidémie de grippe correspond au renforcement des mesures barrières prônées pour lutter contre le coronavirus – les mêmes, d’ailleurs, que celles contre la grippe, précise-t-il. On peut légitimement penser que ce renforcement, la vigilance accrue de la population, qui applique davantage ces mesures d’hygiène protectrices pour tenir le coronavirus à distance, ont permis de ralentir la propagation du virus de la grippe ».

Car l’explosion du nombre de cas de coronavirus sur le territoire a poussé les Français à se ruer sur les flacons de gel hydroalcooliques, aujourd’hui en pénurie totale. Et faute d’avoir des stocks suffisants du précieux liquide désinfectant, nombreux sont celles et ceux qui ont adopté le réflexe de se laver très régulièrement les mains. « Une mesure de protection très efficace contre le coronavirus et contre la grippe saisonnière, rappelle le Dr Bensoussan. Espérons que les gens garderont ces bonnes habitudes à l’avenir ».

Une concurrence possible entre la grippe et le coronavirus

Mais l’arrivée en France du Covid-19 a-t-elle pu limiter la propagation du virus de la grippe ? « Oui, confirme le Pr Lina. Maintenant que le coronavirus est implanté sur le territoire, il y a une concurrence entre les deux virus. On parle ainsi d’interférence virale : quand deux virus épidémiques circulent en même temps, sur un même territoire et ciblent la même population, ils s’opposent, et c’est le virus qui a le potentiel de croissance le plus important qui prend le dessus », décrypte le Pr Lina.

Et comme « l’épidémie de grippe était déjà dans sa phase descendante quand le coronavirus est arrivé en France », note le Dr Bensoussan, « c’est le Covid-19 qui a le champ le plus ouvert pour se propager », complète le Pr Lina.

Et si les deux virus se caractérisent tous les deux par des symptômes grippaux, tels que de la fièvre, une toux voire une détresse respiratoire, ils n’ont pas les mêmes risques. « La grippe saisonnière touche beaucoup les enfants, mais fait beaucoup de victimes chez les personnes âgées », précise le virologue. Et ce virus, qui revient chaque année, a un taux de mortalité d’environ 0,2 %. Le Covid-19, lui, atteindrait un taux de mortalité d’environ 2 %. Mais ce taux pourrait en réalité être bien inférieur, si l’on considère que beaucoup de personnes contaminées par le Covid-19 développent peu de symptômes et ignorent l’avoir contracté.