Coronavirus : Comment parler de l’épidémie aux enfants ?

MALADIE Alors que la France voit le nombre de cas flamber et l’épidémie devenir inévitable, il est important de rassurer les enfants qui peuvent se poser des questions

Oihana Gabriel

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Illustration de mains d'un parent et d'un enfant.
Illustration de mains d'un parent et d'un enfant. — Pixabay
  • Avec l’omniprésence du coronavirus dans les médias et les discussions, il est conseillé de parler avec les enfants de cette nouvelle maladie.
  • Pour éviter de les inquiéter, mieux vaut répondre à leurs questions en utilisant des termes simples, sans mentir et en osant dire qu’il reste beaucoup d’interrogations.
  • Eviter les stigmatisations, adopter des gestes barrières utiles pour lutter contre d’autres épidémies, rendre ludiques les contraintes… Plusieurs soignants nous ont livré quelques conseils.

« Pourquoi mon école est fermée ? » « Pourquoi on ne part pas en vacances finalement ? » « Pourquoi on croise des gens avec des masques dans la rue ? » Déjà que les adultes ont du mal à suivre la saga coronavirus, les plus jeunes risquent encore plus de se sentir perdus et angoissés dans cette période où cette nouvelle maladie s’est imposée dans nombre de discussions et d’émissions. Mias comment parler aux enfants du coronavirus ?

Expliquer avec des mots simples

Comme pour tout événement médiatique et imprévisible, mieux vaut accompagner, expliquer sans mensonge et sans attendre que l’enfant se fasse un sang d’encre. Et choisir des mots simples, en fonction de son âge et de sa maturité. D’autant qu’on risque d’entendre parler de ce virus pendant encore un certain temps… On peut donc commencer par dire qu’une nouvelle maladie est apparue dans le monde et en France. C’est important de décrire les symptômes, pour que l’enfant puisse alerter un adulte s’il les ressent.

« Il faut rester souriant, positif dans le discours. C’est un virus agresseur, mais la plupart des gens n’en meurent pas, souligne Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne. On peut passer par le dessin, raconter une histoire : "Le roi virus, avec sa couronne, qui veut conquérir le monde… " » Sans cacher qu’il n’y a pour le moment ni traitement, ni vaccin. Tout en insistant sur le fait que « des scientifiques, des médecins cherchent à trouver une solution, un vaccin. Si maman ou toi on tombe malade, on s’occupera bien de nous », illustre la psychologue. « Notre pays a un bon système de santé, il n’y a aucune raison de s’inquiéter », complète François Vié Le Sage, pédiatre et membre de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA).

La psychologue conseille aussi de se baser sur ce que l’enfant a compris, de lui demander ce qu’il a entendu à l’école. « C’est primordial de corriger quand il y a des fausses idées, de rassurer quand l’anxiété est importante, mais aussi de répondre à toutes les questions…. Et d’oser dire qu’on ne sait pas. » Ce qui n’est pas toujours évident pour certains parents qui veulent se montrer sûrs d’eux.

Surtout, Aline Nativel Id Hammou conseille de tout faire pour rendre les contraintes ludiques. « On peut customiser une bouteille de gel hydroalcoolique avec des autocollants, acheter des savons de couleur ou avec des formes rigolotes, dessiner sur le masque si quelqu’un doit en porter un… » A la différence d’un attentat terroriste, « les enfants comprennent bien la maladie, ils ont déjà été malades, rappelle la psychologue. Ce qu’ils comprennent moins, c’est l’agitation des adultes… »

Limiter l’angoisse

Les parents doivent donc garder la tête froide (au moins devant leur progéniture…). En effet, les enfants se construisent par mimétisme et sont des éponges à émotion. « Peut-être qu’on peut en parler sans être dans une psychose, ne pas en discuter tout le temps, ne pas écouter les informations tout le temps », conseille Jimmy Mohamed, médecin à SOS Médecin et chroniqueur à la radio.

Le choix des mots est alors important. « Le cerveau de l’enfant, c’est du plastique. Si on le façonne avec une angoisse d’un virus qui ne menace pas grand monde, il peut devenir hypocondriaque, prévient-il. C’est à nous de les protéger du coronavirus et de l’angoisse que ça génère. » Autre risque : que des enfants habitués pendant des mois à se laver les mains 12 fois par jour adoptent des troubles obsessionnels compulsifs…

Photo illustration protection contre le Coronavirus//ALLILIMOURAD_1.893/2002081425/Credit:ALLILI MOURAD/SIPA/2002081428
Photo illustration protection contre le Coronavirus//ALLILIMOURAD_1.893/2002081425/Credit:ALLILI MOURAD/SIPA/2002081428 - ALLILI MOURAD/SIPA

Ce qui peut rassurer les parents, et par ricochet leur progéniture, c’est que ce virus s’attaque peu aux enfants. En effet, selon une étude chinoise menée sur 45.000 patients atteints du coronavirus, seulement 1 % avait moins de 9 ans. Les parents peuvent donc insister sur le fait que « peu d’enfants attrapent cette maladie et que si c’est le cas, ce sera une forme pas grave. Par contre, c’est important de leur expliquer que ce sont plutôt leurs grands-parents qui risquent d’être en difficulté », renchérit le pédiatre. Et donc qu’il vaut mieux aller les voir quand on se sent en forme. D’autant que les enfants peuvent être des « porteurs sains » du virus, une notion pas simple à manier. « On peut leur dire qu’ils peuvent être malades sans le savoir, sans aucun problème, mais qu’ils peuvent alors transmettre le virus », souligne le pédiatre.

Prendre de bonnes habitudes

« C’est important que les parents transmettent les messages de précaution : il faut se laver les mains très régulièrement, avec du savon ou du gel hydroalcoolique, tousser dans son coude, se moucher avec un mouchoir unique qu’on met tout de suite à la poubelle, éviter les câlins et bisous, surtout si on est enrhumé », reprend Jimmy Mohamed. Pas évident à expliquer à un marmot de 3 ans pour qui tendresse et morve sont des repères quotidiens… Mais dès cet âge, on peut expliquer que la maladie ne se transmet pas quand on reste à 1 m – dont un grand pas – de ses copains. « Expliquer pourquoi on prend ces précautions, c’est aussi éveiller l’empathie : tu prends soin de toi et des autres. Une idée à laquelle les enfants sont assez réceptifs », souligne Aline Nativel Id Hammou. Et quand l’école est fermée ? « On peut insister sur le fait que ces fermetures ne touchent pas que l’école, mais aussi les stades de foot, les théâtres », précise le médecin pour SOS médecin.

« Cette épidémie va être une bonne occasion de leur donner de bonnes règles d’hygiène », se félicite le médecin. Qui sont d’ailleurs valables pour toutes les maladies, rappelle Jimmy Mohamed.

Attention aux discriminations

« Il faut que les adultes fassent attention à ne pas chercher des coupables, car cela peut amener à des situations de discrimination », prévient Aline Nativel Id Hammou. D’autant que la cour d’école peut être un haut lieu de cruauté.

« L’effet indésirable de cette maladie, le pire que j’ai vu, c’était chez une enfant d’origine vietnamienne humiliée par ses camarades, raconte le pédiatre. Elle a fait une dépression sévère et a arrêté l’école. Voilà pourquoi il faut insister sur le fait que ce n’est la faute de personne, que tout le monde peut avoir cette maladie. Et qu’au lieu de se moquer, on aide une personne malade. »