Efficacité, durée de vie, réquisition… Cinq questions sur les masques utilisés pour se protéger du coronavirus

EPIDEMIE Le gouvernement a publié un décret pour réquisitionner les stocks des deux types de masques de protection existants pour se protéger du coronavirus

Clément Boutin

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Des touristes portant un masque à Paris.
Des touristes portant un masque à Paris. — STEPHANE DE SAKUTIN /
  • Deux types de masques existent en France pour des utilisations spécifiques. Les masques anti-projections dits « chirurgicaux » et les FFP2, réservés exclusivement aux personnels hospitaliers.
  • Le gouvernement a annoncé, mercredi via décret, réquisitionner tous les stocks de masques disponibles, ainsi que ceux qui seront prochainement fabriqués.
  • Il est désormais nécessaire d’être en possession d’une ordonnance pour se procurer un masque de protection en pharmacie.

Il s’agit, sans aucun doute, de l’objet le plus représentatif de la crise du coronavirus. Que ce soit dans la rue, les transports en commun et les établissements de soins, le masque est utilisé par des citoyens comme des professionnels de la santé pour se protéger du virus et ne pas le transmettre.

20 Minutes fait le point sur les nombreuses interrogations qui entourent cet objet.

Quels types de masques existent en France ?

En France, deux types de masques sont distribués. Les premiers, de type FFP2, sont « réservés exclusivement aux personnels hospitaliers, formés, en contact étroit et prolongé avec des cas confirmés et qui réalisent des gestes médicaux invasifs (soins intensifs) », peut-on lire dans un document du ministère des Solidarités et de la Santé.

Les deuxièmes, anti-projections, dits « chirurgicaux », permettent « de réduire la diffusion des particules potentiellement infectieuses et protègent les personnes et l’environnement », selon ce même document. Ils sont « réservés » aux « personnes malades et aux personnes contacts des personnes à risque modéré/élevé », ainsi qu’aux « professionnels de santé, aux personnes chargées des premiers secours et en charge du transport sanitaire en cas de suspicion de contact avec une personne malade ».

Le document précise que les personnes qui ne sont pas touchées par le virus ne doivent pas utiliser les masques dits chirurgicaux, car « l’usage à titre préventif pour les personnes n’étant pas en contact rapproché des malades est en effet inutile ». Une consigne répétée à plusieurs reprises par le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, comme mercredi soir sur France 2. Et de repasser le message sur Twitter :

Les deux types de masques se valent-ils ?

Mercredi, dans son point quotidien sur le coronavirus, le Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la Santé, a assuré qu’il « a été scientifiquement confirmé que, s’agissant du coronavirus Covid-19, les masques anti-projections ont une efficacité équivalente à celle des masques spécialisés FFP2 ». Il a ajouté s’appuyer sur « le rapport officiel de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un essai clinique publié par le Journal of the American Medical Association [une revue médicale internationale], l’avis officiel de la Société française d’hygiène hospitalière et les recommandations officielles des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux Etats-Unis ».

Pour Jérôme Salomon, les masques FFP2 « doivent être strictement réservés à l’usage des professionnels hospitaliers qui pratiquent au quotidien des gestes à haut risque, en soins critiques par exemple, ou qui sont exposés à des agents infectieux différents telle que la tuberculose ».

Une position critiquée par des syndicats de médecins libéraux, a rapporté l’AFP. Ces derniers ont réclamé que des masques à haut niveau de protection soient distribués d’urgence à ces soignants. Ils font valoir que les masques chirurgicaux, avant tout destinés à ce qu’un malade ne contamine pas d’autres personnes, ne suffisent pas à protéger les médecins. ​

Quelle est la durée de vie des masques de protection ?

La durée de vie des masques n’est que de « quelques heures », précise la Direction générale de la Santé à 20 Minutes. Un médecin généraliste, exerçant dans la ville de Salles (Gironde), nous indique que les masques chirurgicaux sont efficaces 3 à 4 heures, contre 8 heures pour les FFP2.

Outre leur courte durée de vie, les masques ont également une date de péremption bien précise. Ceux « dont la date de péremption est la plus proche ont été envoyés en premier » aux pharmacies, a précisé la DGS. C’est pour cela que des moyens de protection qui se périment en mars 2020 se sont retrouvés entre les mains des professionnels de la santé et du public.

Interrogée sur comment les dates de péremption sont choisies pour les masques de protection, la DGS a indiqué ne pas avoir encore « d’éléments » en sa possession.

Existent-ils assez de masques de protection en France ?

Pour garantir la circulation d’un nombre suffisant de masques en France, le gouvernement a pris plusieurs décisions. La première a été de déstocker 15 millions de masques anti-projections qui faisaient partie du stock stratégique d’environ 150 millions de masques gardé au ministère des Solidarités et de la Santé.

Les pharmacies se trouvant dans les zones où des cas de coronavirus ont été détectés ont reçu en priorité ces masques déstockés. Ils sont envoyés sous la forme de lots de 50. « Dans la commune de Salles, nous sommes une trentaine de professionnels de santé, reprend le médecin généraliste que nous avons contacté. La pharmacie a reçu 10 lots qu’on a dû se partager entre nous. Dans mon cabinet, nous sommes quatre médecins et nous avons eu droit à 2 lots, soit 100 masques, donc 25 chacun. Or, nous devons en porter un toute la journée. Etant donné leur durée de vie, nous en utilisons environ deux par jour. Pour ne pas trop les gaspiller, nous avons ressorti des masques FFP2 qui nous restaient d’une épidémie grippale du début des années 2000… ».

De son côté, le gouvernement a assuré que les masques sont en cours d’acheminement partout en France.

La deuxième décision de l’Etat a été de commander des moyens de protection aux « quatre grandes entreprises sur le territoire national qui fabriquent ces masques », a expliqué Olivier Véran mardi à l’Assemblée. Le ministre de la Santé a assuré avoir « passé les commandes publiques les plus massives qui soient » et a demandé aux sociétés de « fonctionner jour et nuit, H24, 7 jours sur 7, de manière à fournir le maximum de masques possible », selon des citations reprises par l’AFP.

Enfin, dans un décret publié mercredi 4 mars au Journal officiel, le gouvernement a annoncé réquisitionner les stocks de masques de protection respiratoire anti-projections et de type FFP2, ainsi que ceux qui seront fabriqués entre la publication du décret et le 31 mai 2020. Le but est d’assurer « un accès prioritaire aux professionnels de santé et aux patients dans le cadre de la lutte contre le virus covid-19 ».

Emmanuel Macron en avait parlé dès mardi sur Twitter :

Comment la réquisition et la distribution des masques fonctionnent-elles ?

Le gouvernement peut-il empêcher des entreprises privées de vendre comme elles le souhaitent leurs produits sur le marché ? Oui, comme le précisent les articles L. 3131-8 et L. 3131-9 du code de santé publique.

Ainsi, « si l’afflux de patients ou de victimes où la situation sanitaire le justifient, le représentant de l’Etat dans le département peut procéder aux réquisitions nécessaires de tous biens et services […] dans le cadre d’un dispositif dénommé plan blanc élargi ». Cette compétence « peut être exercée, dans les mêmes conditions, par les préfets de zone de défense et par le Premier ministre, si la nature de la situation sanitaire ou l’ampleur de l’afflux de patients ou de victimes le justifient. »

L’ensemble des masques réquisitionnés par le gouvernement seront distribués, selon leur type, soit aux hôpitaux, pour les FFP2, soit aux pharmacies, pour ceux dit « chirurgicaux ». Les professionnels de santé et les citoyens munis d’une ordonnance pourront ensuite obtenir ces masques auprès des officines. Car le gouvernement a désormais interdit la libre vente des masques anti-projections. « Nous avons donné des instructions aux officines de pharmacie pour qu’elles ne distribuent des masques que sur prescription médicale ou qu’aux professionnels de santé » a confirmé mercredi Sibeth Ndiaye présente sur France Inter.