Coronavirus dans le Morbihan : Dans ce foyer de l'épidémie, « on attend de savoir » qui est à l'origine de la contamination

SANTE Treize cas de Covid-19 ont été détectés dans plusieurs communes du département breton

Camille Allain

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Une femme et ses deux enfants marchent dans une rue de Crac'h (Morbihan), commune touchée par le coronavirus où les écoles sont fermées.
Une femme et ses deux enfants marchent dans une rue de Crac'h (Morbihan), commune touchée par le coronavirus où les écoles sont fermées. — C. Allain / 20 Minutes
  • Treize cas de coronavirus ont été détectés dans le département du Morbihan.
  • Ce « cluster » a poussé les autorités à fermer les établissements scolaires dans quatre communes. On ignore pour l’heure comment elles ont contracté le Covid-19.
  • A Crac’h, les habitants restent plutôt tranquilles. Six cas ont été identifiés dans cette commune d’un peu plus de 3.000 habitants.

De notre envoyé spécial à Crac’h,

C’est une petite commune d’un peu plus de 3.000 habitants nichée à deux pas du golfe du Morbihan. Dimanche soir, Crac’h et sa jolie petite église du XIXe siècle trônant sur la place principale sont devenus l’un des foyers les plus actifs du coronavirus. Six personnes de la commune ont été infectées par le Covid-19. Trois autres cas ont été détectés dans la ville voisine d’Auray, trois à Carnac et un à Saint-Philibert. Dans ces quatre communes, tous les établissements scolaires sont fermés depuis lundi, jour de rentrée scolaire, et le resteront jusqu’au 14 mars.

Dans le département breton, considéré comme un « cluster » de l’épidémie avec ses 13 malades, 5.700 élèves sont pour l’heure privés d’école. « Je l’ai appris ce matin en allant au travail. J’ai dû faire demi-tour pour venir garder mes enfants ». Maman d’Ethan, 10 ans, et Manon, 7 ans, Caroline n’a pas hésité à sortir de chez elle ce lundi matin. Présidente de l’association de parents d’élèves, elle n’avait pas été informée par l’école de la fermeture immédiate. « C’est un peu perturbant de savoir que ça peut arriver dans une commune comme Crac’h. Mais je ne m’inquiète pas trop. Nous sommes en bonne santé, nous suivons les consignes. Je ne veux pas paniquer ». La maman a tout de même pris contact avec d’autres parents d’élèves avec qui ses enfants ont été en contact ces derniers temps « pour s’assurer qu’ils n’étaient pas malades ».

L’enterrement prévu mardi aura-t-il lieu ?

Comme elle, de nombreux habitants s’interrogent ce lundi sur l’identité des six personnes contaminées au coronavirus et sur l’origine du « patient zéro ». « On n’a pas identifié à ce stade quelle était l’origine de la contamination. Il n’est pas impossible que cette contamination soit autochtone à partir d’un patient qui est déjà sur le territoire breton », a fait savoir Stéphane Mulliez, directeur général de l’Agence régionale de Santé (ARS) de Bretagne. « On attend de savoir qui c’est pour prendre les bonnes mesures », témoigne Laurent Picard. Cet adjoint de la commune attendait le retour de son maire, convoqué par la préfecture à Vannes ce lundi matin, pour une réunion de « crise ». Tous les rassemblements collectifs sont interdits dans le département. « Nous avons une cérémonie pour un enterrement prévu demain matin (mardi). J’ignore si elle pourra se tenir », admet l’élu.

Une affichette sur l'école publique de Crac'h (Morbihan), commune touchée par le coronavirus où les écoles sont fermées.
Une affichette sur l'école publique de Crac'h (Morbihan), commune touchée par le coronavirus où les écoles sont fermées. - C. Allain / 20 Minutes

D’après lui, plusieurs agents de la ville ont fait part de leur inquiétude quant à la potentielle propagation ce lundi matin, moins de 24 heures après l’annonce des premiers cas. Dans la boulangerie du village, on préfère en sourire. « Ne restez pas trop longtemps à Crac’h », nous lance la boulangère, sourire aux lèvres. Ce matin, elle a quand même vu un client venir avec un masque mais elle ne semble pas inquiète. « Tout le monde ne parle que de ça mais ça n’empêche personne de sortir. Pour moi, c’est comme une grippe », évoque cette grande femme à l’humour grinçant. « Le boulanger n’est pas contaminé », lance-t-elle à un client. « On va faire attention, bien se laver les mains mais je ne pense pas qu’on va se confiner », témoigne une sexagénaire à la sortie du commerce.

Plusieurs arrêtés préfectoraux ont cependant été signés dès dimanche soir, interdisant tout rassemblement collectif et rassemblements dans un lieu fermé. Les rencontres sportives sont également annulées. « Il s’agit de freiner l’épidémie », a expliqué le préfet Patrice Faure ce lundi à Vannes.

« Pas de bisous, ni de câlins »

A quelques kilomètres de Crac’h, la commune de La Trinité-sur-Mer vit pourtant parfaitement normalement et ses écoles sont restées ouvertes ce lundi. Un peu plus loin, la découverte de trois cas de coronavirus à Carnac a poussé le rectorat à y fermer les écoles. Dans cette commune très touristique célèbre pour ses alignements, les visiteurs relativisent. « Je ne vais pas mettre un terme à mes vacances à cause de trois cas. Il y en a partout en France maintenant », témoigne Brigitte, venue du bassin d’Arcachon. La mère de famille a cependant passé les consignes à ses enfants. « Pas de bisous ni de câlins avec les copains et copines. On fait attention, mais je ne vais pas m’arrêter de vivre ».

Un peu plus de 140 cas de coronavirus ont pour l’heure été détectés en France, ce qui en fait l’un des foyers les plus actifs en Europe. Mais qui reste bien loin de l’épidémie que connaît l’Italie, où le Covid-19 a fait plus de 30 morts.