« Douleurs vaginales, crevasses aux seins, couches… J’ai eu la totale ! »… Des mamans racontent la réalité du post-partum

VOUS TEMOIGNEZ Beaucoup de jeunes mamans ne s’estiment pas suffisamment informées des désagréments de la période post-partum

Anissa Boumediene
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On le sait pas toujours, mais le post-partum,  ça peut aussi être une cicatrice (épisiotomie ou césarienne) qui tire, des saignements qui obligent à porter des couches et des crevasses aux sein quand on allaite (mais ça peut bien se passer aussi hein!).
On le sait pas toujours, mais le post-partum, ça peut aussi être une cicatrice (épisiotomie ou césarienne) qui tire, des saignements qui obligent à porter des couches et des crevasses aux sein quand on allaite (mais ça peut bien se passer aussi hein!). — Stock_colors / iStock / Getty Images
  • En France, toute femme enceinte bénéficie d’un suivi médicalisé de sa grossesse. Des cours de préparation à l’accouchement sont également prévus.
  • En revanche, très peu de femmes sont préparées au post-partum – les suites de couches –, qui correspond aux semaines suivant l’accouchement.
  • Outre le baby blues, voire la dépression du post-partum, cette période de vulnérabilité s’accompagne de désagréments physiques pas toujours anticipés. Un manque d’information qui renforce la souffrance des jeunes mères. 20 Minutes a donné la parole à ses lectrices pour en savoir plus.

« Je n’arrêtais pas de pleurer, mon épisiotomie me faisait super mal, je marchais en canard et je n’osais pas aller aux toilettes tellement c’était douloureux », se souvient Marie. Bienvenue dans le monde du post-partum, où l’on change ses propres couches en plus de celles de son bébé. Cette période qui suit l’accouchement, appelée aussi « suites de couches », est un moment durant lequel les jeunes mamans peuvent être très vulnérables et pour lequel elles sont souvent peu, voire pas préparées. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas glamour ? C’est ce que l’on pourrait croire, alors qu’une publicité pour des protections hygiéniques spéciales post-partum a été privée de diffusion début février lors de la soirée des Oscars, aux Etats-Unis, car jugée trop crue (pourtant, elle ne l’était pas). Une réalité passée sous silence qui a fait bondir nombre de femmes et qui a donné naissance au hashtag #MonPostPartum, un mouvement de libération de la parole sur les réseaux sociaux.

Alors, 20 Minutes a donné la parole à ses lectrices, nombreuses à regretter ce tabou encore très fort. Le but n’est pas de faire peur inutilement ou de faire chuter la natalité. Rappelons que pour certaines (chanceuses), le post-partum se vit sans encombres. A l’instar d’Audrey, pour qui « tout s’est très bien passé ». Mais pour d’autres, cette période est plus dure à traverser, surtout quand on ne sait pas à quoi s’attendre. D’où l’importance d’en parler, d’être informée, et faire ainsi le premier pas vers un post-partum mieux préparé, donc plus serein.

« J’ai marché comme Quasimodo pendant des jours »

Si vous avez suivi vos cours de sciences nat', vous vous souvenez que le bébé, ce petit être qui peut allègrement dépasser les 4 kg, naît en sortant naturellement par un orifice particulièrement petit. Forcément, ce « passage » laisse des traces. Après une épisiotomie douloureuse, Mathilde, maman depuis le mois d’août, raconte : « J’ai perdu du sang pendant six semaines et j’ai marché comme Quasimodo pendant des jours ! Je ne pouvais m’asseoir que sur mon ballon de grossesse. S’ajoutent les fuites urinaires et les gaz qui s’échappent tout seuls ». Et il ne faudrait pas oublier « les hémorroïdes », souligne Charlotte, qui ne « savait pas ce que c’était avant la naissance. Or, on en souffre dans 30 % des naissances par voie basse ! »

Et il arrive que les « désagréments » ne s’arrêtent pas là. « Moi, j’ai eu à peu près la totale, se rappelle Dounia. Outre la fatigue extrême, qui paraît presque ridicule à côté du reste, il y a eu les douleurs vaginales pendant près d’un mois, les douleurs aux seins liées à l’allaitement, avec des crevasses aux mamelons, mais aussi les douleurs au derrière à cause des fissures anales ! Tout ça en plus d’avoir un ventre qui ressemble a du chewing-gum, de ne plus ressembler à grand-chose faute de temps pour se maquiller ou se coiffer, et de devoir être au garde à vous H24 pour votre bébé. Ça… et le fait de devoir porter des couches ».

« J’allais faire mes courses avec cette grosse couche qui faisait du bruit »

Car si les femmes savaient qu’elles changeraient des milliers de couches en devenant maman, nombre d’entre elles ignoraient qu’elles devraient en porter après l’accouchement. « Pour mon premier bébé, je ne savais rien du post-partum, plante Ania. C’est donc en rentrant à la maison, après la maternité, que j’ai découvert la fatigue, les nuits sans dormir, les tranchées [ces contractions qui aident l’utérus à retrouver sa taille normale], les douleurs de l’épisiotomie quand on prend sa douche, les maux de dos et j’en passe. Mais aussi cette perte de sang énorme ! J’allais faire mes courses avec cette grosse couche qui faisait du bruit quand je marchais, j’avais honte, c’était l’enfer ».

Ces pertes de sang, ce sont les lochies, qui apparaissent après l’accouchement. Elles sont d’abord rouge vif avant de brunir, sont plus ou moins liquides, et peuvent parfois s’évacuer sous forme de caillots. Elles peuvent durer seulement quelques jours, ou, parfois, s’étendre sur plusieurs semaines. Une chose que Marion a eu beaucoup de mal à vivre : « Le plus embêtant, c’est l’absence de protections adaptées pour les femmes qui perdent beaucoup de sang, j’ai dû porter des couches pour personnes âgées pour l’incontinence urinaire. C’était vraiment dur psychologiquement ».

« Cette impression d’être une coquille vide, que son ventre ne sert plus à rien »

Le post-partum, ce sont aussi des montagnes russes hormonales et émotionnelles. En plus des manifestations physiques, il s’accompagne d’une chute brutale d’hormones, de la fatigue liée à l’accouchement, et des courtes nuits des jeunes parents. Un cocktail des plus éprouvants. « Mon baby blues a duré trois semaines, se souvient Mathilde. Des pleurs du soir au matin pour tout et rien, une sensibilité extrême, et surtout cette impression d’être une coquille vide, que son ventre ne sert plus à rien. Dans ce contexte, c’est compliqué de faire le lien entre ce qu’on avait dans son ventre peu de temps auparavant et ce petit bébé qu’on a ensuite dans les bras ».

Un sentiment partagé par Marie : « On se prépare pendant neuf mois à avoir un beau bébé et à être la plus heureuse du monde, sauf que personne ne nous dit que ça peut être l’enfer, confie la jeune mère. Je n’arrêtais pas de pleurer, mon corps me faisait tellement souffrir. On pense que les douleurs sont finies après la naissance mais non, et avec la fatigue, c’est plus difficile à supporter ». Pour la jeune femme, cet état de grande vulnérabilité a perturbé sa prise de marques dans son nouveau rôle de mère. « J’étais complètement déboussolée, je trouvais mon bébé moche et j’avais honte de penser ça ! Et mon entourage ne comprenait pas pourquoi j’étais si mal. Je n’avais qu’une envie, c’était de sauter par la fenêtre. Heureusement, mon mari a été super et c’est passé aussi vite que c’est venu ! Mais je pense que pendant les cours de préparation à l’accouchement, il faudrait en parler un peu plus car c’est aussi ça, la grossesse. Et ça peut se finir de façon dramatique pour certaines, simplement parce qu’elles n’ont pas été assez accompagnées », estime Marie.

« Je me suis dit "soit c’est moi qui suis faible, soit on ne m’avait pas tout dit" »

Et c’est précisément ce manque d’information et d’accompagnement qui a rendu l’expérience si douloureuse pour nombre de mamans. « Personne ne te dit vraiment ce qui t’attend », déplore Maria, maman d’un « petit garçon adorable » né il y a quelques semaines. « Enceinte, j’ai beaucoup lu, assisté aux cours de préparation à l’accouchement, parlé avec les femmes de ma famille, mes amies mamans, mais pas un mot sur "l’après". Or, comment savoir si ces douleurs sont normales, si ces caillots de sang sont normaux, si cette poitrine toute dure est normale, si on ne nous dit rien ? C’est ça qui effraie le plus : ne pas savoir. Il y a des milliers de sites, de blogs, de livres sur la grossesse et l’accouchement, mais un vide intersidéral sur "l’après" ». Même constat pour Elodie : « Aucun médecin ou sage-femme ne m’avait parlé de cette période ». Saloua, elle, s’est enfoncée dans sa souffrance. « La fatigue, la solitude, le bébé qui hurle, la honte : j’ai fini par faire une dépression du post-partum, explique-t-elle. Pendant toute ma grossesse, j’ai été choyée par le personnel médical, mais après la naissance, plus rien, on vous laisse tomber ! »

Le post-partum, c’est à peine si Amandine connaissait le terme. « Je ne l’avais entendu que deux ou trois fois pendant ma grossesse. Mais quand je me suis retrouvée dedans, je me suis dit : "soit c’est moi qui suis faible, incapable et mauvaise mère, soit on ne m’avait pas tout dit" ! Tout est passé sous silence ou banalisé. Pourquoi parler de "baby-blues", alors que c’est tellement plus que quelques larmes ? La dépression du post-partum touche beaucoup de jeunes mamans. Je trouve ça grave de ne pas avoir été réellement préparée à ce qui m’attendait. Aujourd’hui, on doit allaiter, être une mère parfaite, ne pas se plaindre, sourire comme une miss ! On est jugées de toutes parts et on n’ose pas demander de l’aide car on se croit nulle. Je crois qu’il faut tout revoir concernant la maternité et la préparation de ce post-partum : être informée, c’est être mieux préparée ! »

Mais « heureusement, ça finit par passer et ça ne nous empêche pas d’avoir d’autres enfants », rassure Dounia, enceinte de son deuxième enfant. Et « quand on dit qu’on oublie, ce n’est pas complètement faux, et c’est tant mieux d’ailleurs, sinon on ne recommencerait pas », plaisante Fafa, pour qui « la deuxième fois c’est très bien passé ».