Coronavirus : Pourquoi ne parle-t-on pas encore de pandémie ?

EPIDEMIE L’Organisation mondiale de la santé a appelé le monde, ce lundi, à se préparer à une « éventuelle pandémie »

Manon Aublanc

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Des agents diffusent du désinfectant face à l'épidémie de coronavirus, à Séoul, en Corée du Sud, le 247 février 2020.
Des agents diffusent du désinfectant face à l'épidémie de coronavirus, à Séoul, en Corée du Sud, le 247 février 2020. — YONHAP / AFP
  • Apparu en décembre à Wuhan, en Chine, le coronavirus a déjà tué 2.627 personnes et en a contaminées 77.544 en Chine. Le virus a également touché une trentaine d’autres pays.
  • En Italie, pays le plus touché en Europe avec 219 cas détectés, cinq personnes sont décédées. Des mesures de confinement ont été prises dans onze villes du nord du pays.
  • Toute proche, la France se prépare à une possible « épidémie » de Covid-19, a déclaré Olivier Véran, le nouveau ministre de la Santé, indiquant être « attentif à la situation en Italie » et estime « très probable » la possibilité de nouveaux cas dans l’Hexagone.

Italie, Iran ou encore Corée du Sud… Depuis plusieurs jours, les cas de contamination au coronavirus se multiplient hors de Chine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a jugé « très préoccupante (…) l’augmentation soudaine » du nombre de cas, a appelé le monde, ce lundi, à se préparer à une « éventuelle pandémie ».

« Nous devons nous concentrer sur l’endiguement (de l’épidémie), tout en faisant tout notre possible pour nous préparer à une éventuelle pandémie », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’organisation, ce lundi lors d’une conférence de presse à Genève.

En Italie, considérée comme le foyer européen de l’épidémie, cinq personnes sont décédées et le nombre de cas a explosé en quatre jours, passant de 6 à 219. En Iran, où le virus est apparu il y a moins d’une semaine, 12 personnes ont trouvé la mort et 64 personnes ont été contaminées. Avec un record quotidien de 231 nouveaux cas de contamination en l’espace de 24 heures, la Corée du Sud, elle, dénombre désormais plus de 800 patients contaminés, dont sept mortellement. Pourquoi ne parle-t-on pas encore de pandémie ? 20 Minutes fait le point.

Qu’est-ce qu’une pandémie ?

Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une pandémie est une épidémie qui « se propage dans le monde entier, en l’absence d’immunité dans la grande majorité de la population ». « Une pandémie, c’est une épidémie mondiale avec plusieurs foyers », explique Frédéric Tangy, directeur du Laboratoire d’innovation vaccinale et professeur à l’Institut Pasteur.

Si Olivier Terrier, chercheur du CNRS au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI), donne une définition similaire, il ajoute que « la différence entre épidémie et pandémie est parfois compliquée à situer ». « Quand on observe un virus qui se diffuse de manière globale, sur plusieurs continents, dans un laps de temps relativement court, on peut parler de pandémie. La question est : à partir de combien de pays ou de gens infectés ? Les critères ne sont pas forcément toujours les mêmes d’un organisme à un autre, d’un scientifique à un autre », poursuit le spécialiste.

Pourquoi l’OMS n’a-t-elle pas encore qualifié ce virus de pandémie ?

Si les cas de contamination du coronavirus se multiplient hors de la Chine depuis plusieurs jours, l’OMS parle pourtant toujours d’épidémie. « On est pas encore tout à fait en situation de pandémie. Pour le moment, on n’a qu’un seul foyer officiel, c’est celui de Wuhan. Il y a d’autres pays touchés, mais ils ne sont pas encore considérés comme des foyers », analyse Frédéric Tangy.

« Si les foyers de l’Iran, de l’Italie et de la Corée du Nord se confirment dans les prochains jours, là, on pourra bien parler de pandémie », confirme François Buton, chercheur du CNRS au laboratoire « Triangle : Action, discours, pensée politique et économique ». Pour Olivier Terrier, le terme pandémie qualifie simplement un développement de la situation : « Ça n’a rien à voir avec un changement ou une évolution du virus. Le virus n’est pas plus dangereux quand il est considéré comme pandémique, c’est simplement un terme qui décrit l’ampleur de la propagation d’une maladie infectieuse », poursuit le scientifique.

Quelles sont les mesures prises en cas de pandémie ?

En cas de pandémie, les 196 pays membres de l’OMS s’engagent à respecter le Règlement sanitaire international (RSI). Cet instrument juridique, destiné à éviter la propagation internationale des maladies, consiste « à réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu’elle présente pour la santé publique, en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux », explique l’organisme sur son site. « Chaque pays a également son propre plan et ses propres mesures », ajoute Olivier Terrier.

Mesures médicales, stockage de vaccins, restrictions dans les transports, fermetures des lieux publics, suspensions des échanges commerciaux, mobilisation de la Réserve sanitaire… En France,le plan pandémique est rendu public sur le site du ministère de la Santé. «  Les annonces d’Olivier Véran laissent penser que le gouvernement est déjà en train de se préparer à une pandémie », explique Frédéric Tangy, qui prévient : « C’est rassurant pour la population. Mais même en étant préparé, on ne pourra pas éviter la panique. »