Planche à découper, torchon, WC, smartphone... Faut-il nettoyer ou désinfecter nos objets du quotidien ?

CRACRA Les objets qui nous entourent peuvent être de vrais nids à bactéries

Anissa Boumediene

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Selon la manière dont on nettoie sa planche à découper, on peut au choix se concocter un bon petit plat... ou attraper une diarrhée carabinée.
Selon la manière dont on nettoie sa planche à découper, on peut au choix se concocter un bon petit plat... ou attraper une diarrhée carabinée. — misskursovie2013 / Pixabay
  • Résidus de matière fécale, virus et autres bactéries peu ragoûtantes sont présents un peu partout dans notre intérieur.
  • Et parmi les objets les plus contaminés et sales, les planches à découper figurent en bonne place.
  • Si certains ustensiles et objets doivent être désinfectés, pour d’autres, un simple nettoyage suffit.

Si vous passiez votre intérieur au microscope, vous auriez peut-être la frayeur de votre vie. Acariens, bactéries, résidus de crottes de chien voire virus : tout un monde invisible à l’œil nu mais pas jojo nous entoure. La tentation : désinfecter, éliminer, javelliser ces intrus que l’on n’a aucune envie de voir chez soi.

Mais est-ce la solution ? Faut-il nécessairement tout désinfecter pour vivre dans un intérieur propre ? Pas forcément. En tout cas, pas systématiquement. Petit tour d’horizon dans votre ménage domestique quotidien.

Le plan de travail de la cuisine

Rentrer à la maison les bras chargés de sacs de courses est un sport que beaucoup pratiquent. Et pour ranger les commissions, nombreux sont ceux qui posent leurs sacs sur le plan de travail de la cuisine. Oui, les sacs qui, quelques minutes avant, étaient posés par terre, dans le métro ou en attendant l’ascenseur. Des sacs sur lesquels on retrouve donc tout ce qui se trouve au sol, à commencer par les résidus de matière fécale animale qui tapissent les trottoirs et viennent se coller sous nos chaussures.

Des résidus que l’on vient ainsi déposer là où l’on cuisinera un repas du soir quelques minutes plus tard. Vous voyez le topo ? Là, pas le choix, il faut désinfecter avec un produit qui élimine les bactéries. Une opération à renouveler quotidiennement.

Les planches à découper

Viande, poisson, légumes : en examinant une planche à découper de très près, on pourrait facilement deviner les menus que vous concoctez dessus. « So what ? », se diront certains, ce n’est jamais qu’un peu de nourriture. Eh bien pas seulement ! Les petits sillons creusés par le passage répété de la lame du couteau sont autant de tranchées dans lesquels viennent se nicher et proliférer les bactéries naturellement présentes sur ces produits frais. Parmi elles, des salmonelles. Mais aussi l’E. Coli, une bactérie intestinale potentiellement pathogène qui peut causer fortes diarrhées et violentes douleurs abdominales. Ou encore le campylobacter, l’une des quatre premières causes mondiales de maladies diarrhéiques, Viande rouge, volaille et légumes non lavés abritent ces bactéries.

Une étude menée par le Global Hygiene Council – un groupe international d’experts qui plaident pour de meilleures pratiques en matière d’hygiène, afin d’éviter la propagation de nombreuses maladies – a ainsi révélé que la planche à découper est l’un des ustensiles les plus dangereux sur le plan sanitaire, puisqu’elle abrite 200 % de bactéries fécales de plus que le siège des toilettes ! « Dans toutes les enquêtes que j’ai effectuées sur la maison, il en ressort que les planches à découper sont des objets que les gens ne nettoient pas correctement », a commenté le Dr Lisa Ackerley, experte en hygiène alimentaire et représentante du Global Hygiene Council, lors de la sortie de l’étude. Ces recherches ont également révélé que 40 % de tous les cas d’intoxication alimentaire sont causés par une mauvaise hygiène à la maison. D’où « l’importance de désinfecter ses planches à découper avec un produit désinfectant ou de les passer au lave-vaisselle à au moins 65 °C », préconise l’experte en hygiène.

Les toilettes

On ne va pas vous faire un dessin, ce qu’il se passe dans les toilettes reste dans les toilettes. Et c’est précisément sa fonction qui en fait un endroit dont il ne faut pas négliger le nettoyage. Une étape dont il faut s’acquitter, sinon tous les jours, au moins deux à trois fois par semaine, avec une éponge dédiée imprégnée de spray nettoyant ou, pour les adeptes de produits écolos, d’eau savonneuse et de vinaigre blanc. Tant qu’on y est, on passe un petit coup sur tout ce que l’on touche lors de son passage au petit coin : le bouton de la chasse d’eau, l’interrupteur et la poignée de la porte des toilettes.

Toutefois, contrairement à une pensée très répandue, les toilettes ne sont pas si sales qu’on pourrait le croire : « On peut s’asseoir dessus sans risque », rassure dans son ouvrage Votre santé sans risque (éd. Albin Michel) le Dr Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste. Toutefois, en cas de gastro (quelques cas traînent encore en ce moment), on désinfecte le siège, pour éviter de la refiler à toute la maisonnée. Et surtout, on se lave soigneusement les mains pour se débarrasser des microbes.

On pense aussi à tirer la chasse d’eau avec le capot de la lunette abaissée. Pourquoi ? Parce que sans cela, tout ce dont vous venez de vous alléger est projeté façon aérosol, par la force de propulsion de la chasse d’eau, un peu partout dans la pièce. Si vos toilettes se trouvent dans une pièce qui n’occupe que cette fonction, ça limite les dégâts (mais si on passait vos murs à la lumière bleue, vous en auriez probablement l’estomac retourné). En revanche, si vos toilettes se trouvent dans votre salle de bains, imaginez toutes ces microgouttelettes contenant urine et caca aller se loger… jusque sur votre brosse à dents !

Le réfrigérateur

Légumes, viande, poisson. Autant de produits que l’on range au réfrigérateur dès que l’on rentre de courses. Autant de produits qui, si on les laisse à l’air libre au lieu de les mettre au frais, se transforment en bouillon de culture bactérien mal odorant, eux qui sont fréquemment porteurs de bactéries (E. coli, salmonelles…). D’où l’importance de les conserver au frais, à condition d’avoir un frigo bien propre.

Pas la peine de le récurer quotidiennement à grand renfort d’eau de javel : un simple nettoyage de son réfrigérateur deux fois par mois lui permettra de rester propre et sain. A cette occasion, on le vide complètement et on en profite pour vérifier les dates de péremption, jeter les emballages inutiles et les produits entamés de longue date et qui n’ont plus une très bonne tête. Ensuite, place au nettoyage avec une éponge (propre) imprégnée d’un mélange moitié vinaigre blanc moitié eau tiède, que l’on peut agrémenter de quelques gouttes de citron pour un parfum frais, et le tour est joué.

Le smartphone

Vous n’y penseriez pas nécessairement, mais votre smartphone est sans contexte l’un des objets les plus cracra que vous touchez au quotidien. « Les analyses biologiques ont montré que la lunette des toilettes est plus propre que votre téléphone portable », apprend-on du Dr Saldmann. Ne jouons pas les étonnés : une étude récente a démontré que 46 % des Français vont aux toilettes avec leur smartphone. Un chiffre qui grimpe à 85 % chez les adolescents ! La surface lisse de votre bien-aimé portable est le terrain de jeu idéal des bactéries et virus, qui s’y épanouissent longtemps et se multiplient si vous ne faites rien pour les en déloger. Alors, chaque jour, on prend une minute de son temps pour désinfecter son smartphone avec une lingette désinfectante ou « un coton légèrement imprégné de produit antiseptique pour ne pas le transformer en réserve d’agents contaminants », préconise le Dr Saldmann dans son dernier ouvrage, On n'est jamais mieux soigné que par soi-même (éd. Plon). On profite de l’occasion pour passer un petit coup aussi sur ses lunettes si on en porte, et sur sa carte bancaire, des petits objets eux aussi blindés de bactéries !

Le torchon de cuisine

Si votre torchon reste en place plusieurs jours d’affilée dans votre cuisine, n’avez-vous jamais remarqué qu’au bout d’un moment… il pue ? On cuisine, on s’essuie les mains, parfois après les avoir seulement rincées, voire pas rincées du tout. Dès lors, les bactéries présentes sur les mains passent sur le torchon humide, dans lequel elles vont proliférer à loisir à une vitesse exponentielle. Selon l’étude menée en 2014 par le Global Hygiene Council, « 75 % des torchons de cuisine ont des traces d’E. Coli ». Donc « la raison pour laquelle votre torchon de cuisine sent, c’est parce qu’il est infesté de bactéries », décrypte le Dr Lisa Ackerley.

Le torchon utilisé lors de la préparation des repas contient « plus de microbes que la poignée de la poubelle de la cuisine », renchérit le Dr Saldmann dans son ouvrage. Pour éviter de transformer votre cuisine en champs de germes, « lavez-vous les mains avec soin entre chaque préparation », conseille-t-il. Et changez régulièrement de torchon, que vous aurez lavé à 60 °C pour le débarrasser de ses colonies de microbes indésirables.

L’éponge

Cette petite chose traîne parfois au fond de l’évier, gorgée d’eau de vaisselle et de résidus de nourriture qu’elle a récurés de sa face grattante vert sapin. Mais ce n’est pas la seule chose que contient votre pauvre éponge de vaisselle. Souvent mal essorée, insuffisamment nettoyée, l’éponge chaude et humide se transforme en vrai bouillon de culture.

Dans un monde propre comme un sou neuf, on changerait d’éponge chaque semaine. Dans la réalité, on essaie quand même de la changer souvent. A minima, on lui donne régulièrement un petit bain dans de l’eau de javel diluée à l’eau. Et on la nettoie et essore correctement après chaque utilisation.