Morbihan : « Furieuse », la mère d’un bébé né avec un seul avant-bras témoigne

LIVRE Une douzaine de familles du département sont concernées par des malformations similaires. D’autres le sont aussi dans l’Ain et en Loire-Atlantique

C.A. avec AFP
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Isabelle Taymans-Grassin, médecin généraliste et mère d'une fillette née sans main en 2012.
Isabelle Taymans-Grassin, médecin généraliste et mère d'une fillette née sans main en 2012. — Fred Tanneau / AFP

Elle s’appelle Charlotte et est née en 2012 à Lorient, dans le Morbihan. « Quand elle est arrivée dans notre vie, et qu'on a découvert son handicap, on a reçu une grosse gifle. » Les mots sont ceux d’Isabelle Taymans-Grassin, qui vient de publier un ouvrage intitulé D’étranges coïncidences aux éditions du Cherche midi. La mère de la fillette née sans avant-bras y raconte son combat, partagé avec une dizaine d’autres familles, pour tenter d’identifier la cause de cette malformation.

Dans le Morbihan, douze familles ont vu leur enfant souffrir du même handicap, dont plusieurs habitent Guidel. D’autres aussi dans le département voisin de Loire-Atlantique. Et encore huit autres, au moins, dans le département pourtant lointain de l’Ain. Sans réponse des autorités, la mère de la petite Charlotte est aujourd’hui installée à Bruxelles. « On a beau en détester l’idée mais l’image d’une amputation était là, violente, brutale », écrit cette médecin généraliste.

« L’enquête est au point mort »

Il lui faudra attendre 2015 pour découvrir que deux autres enfants présentent le même symptôme. « Avec un cas de malformation pour 10.000 naissances, trois bébés malformés en dix-huit mois dans une même commune ne peuvent, statistiquement, relever du hasard. »

La révélation des multiples cas en 2018 par Emmanuelle Amar, directrice générale du Remera, semblait marquer la volonté des autorités de trouver la cause de ces malformations. Mais, un an et demi plus tard, « l’enquête est au point mort », regrette Isabelle Taymans-Grassin, furieuse. « Le comité d’orientation a été dissous et les familles n’ont plus accès à l’information. Il y a eu un semblant d’enquête qui a consisté à regarder la qualité de l’air ou de l’eau dans les bases de données. C’est vraiment très léger. »

Pour la mère de Charlotte, les autorités cherchent « à masquer leur inaction pendant des années ». La question des pesticides a souvent été soulevée. « Mais ça peut être tout à fait autre chose », admet l’auteure, qui entend poursuivre le combat « pour Charlotte, pour que jamais elle ne puisse douter du fait que j’ai tout tenté afin d’élucider l’origine de son handicap ».