Démission de Buzyn : Coronavirus, retraites, crise à l’hôpital… Les dossiers brûlants qui attendent Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé

AU BOULOT Alors qu’Olivier Véran, ex-député LREM de l’Isère, vient de remplacer au pied levé Agnès Buzyn comme ministre des Solidarités et de la Santé, au moins cinq gros dossiers l’attendent en 2020

Oihana Gabriel
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Le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, défend la réforme des retraites à l'Assemblée nationale le jour de son investiture, lundi 17 janvier 2020.
Le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, défend la réforme des retraites à l'Assemblée nationale le jour de son investiture, lundi 17 janvier 2020. — AFP
  • Dimanche, Agnès Buzyn a annoncé qu’elle quittait son ministère des Solidarités et de la Santé pour remplacer Benjamin Griveaux dans la bataille des municipales à Paris.
  • C’est Olivier Véran, ancien député LREM de l’Isère, qui connaît particulièrement bien les dossiers santé et retraites, qui la remplace depuis ce lundi matin.
  • Retraites, coronavirus, bioéthique… Le nouveau ministre va avoir un grand nombre de dossiers chauds à traiter.

Du pain sur la planche. Le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, anciennement député LREM de l’Isère, ne va pas chômer. Agnès Buzyn a quitté un ministère en pleine tourmente pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux comme candidate du parti de la majorité pour les élections municipales à Paris. Hôpital en crise, risque d’épidémie avec le coronavirus et débat parlementaire sur la très contestée réforme des retraites dès ce lundi… Olivier Véran aura très peu de temps pour potasser tous ces dossiers. Mais il l’a dit dimanche soir au micro de France Bleu : « Je suis préparé à exercer ces responsabilités. Il n’y aura pas de période de chauffe, comme on dit. »

Retrouvez par ici le live de la passation de pouvoir

La réforme des retraites

Nommé le matin, puis dans le chaudron, à défendre la réforme des retraites, dès l’après-midi. Le nouveau ministre ne va pas perdre de temps, puisque l’examen de la réforme des retraites débute ce lundi à 16h. Mais l’ancien député LREM connaît bien ce dossier : il était rapporteur du volet organique de cette réforme, celui sur l’équilibre financier.

Le gouvernement espère boucler les débats avant les municipales et accoucher de la réforme avant l’été. Reste que l’opposition n’a pas dit son dernier mot : 41.000 amendements ont été déposés. Les traiter en quinze jours relève de la gageure. Mais une troisième semaine de débat n’est pas exclue. Les échanges s’annoncent houleux après plusieurs semaines de manifestations et de grève dans les transports et les établissements scolaires. Ce matin, lors de la passation de pouvoir, le nouveau ministre s’est permis un peu d’ironie : « Je voudrais dire aux parlementaires que je serai à leur écoute. Je serai juste un peu plus à gauche… »

Le coronavirus

En plus des dossiers de long terme, Agnès Buzyn quitte le navire en pleine tempête coronavirus. Depuis la mi-janvier, l’ex-ministre faisait un point presse quasi quotidien pour délivrer elle-même les dernières informations sur les contaminations et autres rapatriements. Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale Covid-19 s’est encore alourdi en Chine continentale avec désormais 1.765 morts, pour la plupart dans la province du Hubei (centre), selon des chiffres officiels publiés lundi. En France, on dénombre toujours 12 patients, donc un décédé samedi, un touriste chinois de 80 ans.

Agnès Buzyn, comme son successeur, ont tenté de rassurer les citoyens dans leurs discours lundi matin. L’épidémie de nouveau coronavirus reste « la priorité numéro 1 » du ministère de la Santé, a assuré Olivier Véran. « Je partagerai avec les Français l’ensemble des informations dont je disposerai, (…) je continuerai de faire des comptes rendus réguliers sur la situation », comme l’ancienne ministre l’a fait depuis le début.

La crise inédite de l’hôpital public

Il n’y a pas que sur le front des épidémies qu’Olivier Véran est attendu. Alors que certains paramédicaux sont en grève aux urgences depuis presque un an, c’est désormais tout l’hôpital public qui crie sa colère. Une première manifestation nationale a eu lieu en novembre, une deuxième vendredi dernier, alors que les trois plans pour les urgences annoncés par Agnès Buzyn n’ont pas calmé les troupes. Pour certains de ces soignants à l’hôpital public, cette démission est une forme de mépris. « On nous enlève le commandant du navire en pleine tempête », a réagi sur LCI Patrick Pelloux, président de l' Association des médecins urgentistes (Amuf). Est-ce que le nouveau ministre va réussir à calmer la grogne ? Certains rappellent qu’il était le rapporteur du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, lequel n’avait pas prévu de desserrer les cordons de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam).

Se disant à l’écoute de ceux qui soignent, Olivier Véran a annoncé « une enquête nationale » auprès de l’ensemble de tous les « hospitaliers » pour « tenter de saisir en détail le sens de leur engagement auprès du public et les raisons du mal-être qu’ils nous disent depuis un certain nombre d’années désormais ». Ce qui fait sourire le collectif Inter-Hôpitaux. Dans un communiqué, ce dernier juge que, « depuis quatre mois, le ministère de la Santé s’est montré incapable de prodiguer autre chose que des bonnes paroles. Le changement d’interlocuteur ne change en rien les revendications ».

En revanche, à l’Intersyndicale des internes (Insi), l’arrivée au ministère de cet ancien de la maison réveille quelque espoir. Au point de suspendre, à partir de mercredi, la grève des internes initiée le 10 décembre.

La révision de la loi de bioéthique

Voilà un dossier qui traîne depuis plusieurs mois et pour lequel Agnès Buzyn a mouillé la chemise. Après une longue consultation publique, le projet de loi est déjà passé par l’Assemblée nationale et a été adopté le 4 février, de justesse, par les sénateurs. Le texte, qui va retourner à l’Assemblée nationale en deuxième lecture, a été voté par 153 voix pour, 143 voix contre et 45 abstentions au Palais du Luxembourg.

Non sans d’importantes modifications du texte : la PMA serait bien autorisée pour les couples de lesbiennes et femmes seules, mais ne serait pas remboursée. Le Sénat a également supprimé l’article autorisant l’autoconservation des gamètes. Les dates du retour à l’Assemblée ne sont pas encore connues, mais nul doute qu’Olivier Véran devra aussi traiter avec finesse ce sujet sociétal explosif.

Grand âge et dépendance

C’est un serpent de mer qu’Agnès Buzyn n’aura pas eu le temps de traiter. Alors qu’Emmanuel Macron avait promis une « loi grand âge et autonomie », très attendue, avant la fin 2019, elle a été maintes fois repoussée. Mais était bien au calendrier des réformes annoncées par Edouard Philippe en ce début d’année, pour l’été 2020. A la suite de l’annonce du départ d’Agnès Buzyn, les professionnels du grand âge et de la dépendance se sont montrés inquiets. La déléguée générale du Synerpa (regroupant les principaux acteurs privés des Ehpad), Florence Arnaiz-Maumé, estime dans un communiqué que « ce remaniement ne doit pas se faire au détriment de la loi Grand Age et Autonomie ».

Le nombre de seniors en perte d’autonomie, qui était de 2,5 millions en 2015, pourrait atteindre 4 millions en 2050, selon l’Insee. Et le mouvement de contestation de l’hôpital public n’épargne pas les Ehpad…