Cancer : Un nouveau cap franchi dans la thérapie génique avec l’outil Crispr

SYSTEME IMMUNITAIRE Les chercheurs ont voulu montrer que cette technique n’est pas toxique pour l’être humain

20 Minutes avec AFP

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Des tubes servant à la recherche sur l'immunothérapie (image d'illustration).
Des tubes servant à la recherche sur l'immunothérapie (image d'illustration). — SAUL LOEB / AFP

Des scientifiques américains ont réussi à modifier génétiquement le système immunitaire de trois malades du cancer grâce aux ciseaux génétiques Crispr, sans créer d’effets secondaires. Une première pour cet outil qui révolutionne la recherche biomédicale.

Ces résultats très attendus d’un premier essai clinique ont été publiés ce jeudi dans la revue Science. Ils ne représentent qu’une étape très préliminaire et ne prouvent pas que Crispr peut guérir du cancer, mais montrent que la technologie est, jusqu’à preuve du contraire, non toxique. Des chercheurs de l’université de Pennsylvanie (Penn) ont utilisé Crispr, un mécanisme moléculaire découvert au début des années 2010, pour supprimer trois gènes de certaines cellules du système immunitaire de leurs patients, afin que ces cellules se mettent à reconnaître les tumeurs, qui autrement sont expertes pour croître incognito dans l’organisme.

Aider le système immunitaire à lutter contre le cancer

Cette technique appartient à la grande catégorie de traitements appelée immunothérapie et qui a prouvé son efficacité depuis la dernière décennie : on aide le système immunitaire à faire le travail qu’il est censé faire contre le cancer. C’est souvent complémentaire de la chirurgie, de la chimiothérapie et de la radiothérapie, les autres piliers de l’arsenal anticancéreux.

L’immunothérapie, en particulier la thérapie CAR T, « s’est révélée remarquable pour les patients qui n’ont plus d’option », dit à l’AFP Edward Stadtmauer, médecin de l’université de Pennsylvanie et responsable de cet essai. « Malheureusement, même avec cette technologie, certains patients ne voient pas d’amélioration », dit-il.

Pas d’effet secondaire grave

Les chercheurs de Penn ont recruté trois de ces malades. Ils ont prélevé leurs lymphocytes T, un type de globules blancs, et ils ont ensuite utilisé les ciseaux Crispr pour en supprimer des gènes qui les empêchaient de faire leur travail de reconnaissance des tumeurs. Puis les cellules immunitaires génétiquement modifiées ont été réinjectées dans les patients. Neuf mois plus tard, ces cellules étaient toujours là et sans avoir provoqué d’effet secondaire grave, ce qui « prouve le principe », selon Edward Stadtmauer. Dans le cas d’une patiente, la durée était même d’un an, dit le docteur.

« La grande question à laquelle cette étude ne répond pas est de savoir si les cellules modifiées par Crispr sont efficaces contre des cancers avancés », écrivent deux chercheuses dont la codécouvreuse de Crispr, Jennifer Doudna, dans un article distinct publié par Science. « Tout ce qu’on peut dire c’est qu’on est capable de faire la modification génétique et de réinjecter les cellules sans danger », insiste Edward Stadtmauer.

Les cancers des patients ont en fait progressé, dit-il à l’AFP. Mais ces résultats démontrent l’intérêt de Crispr, déjà utilisé de façon expérimentale pour d’autres maladies, par exemple pour soigner des personnes atteintes de maladies du sang. Quoiqu’il arrive, les ciseaux Crispr se confirment comme « une technique révolutionnaire », dit le docteur Stadtmauer. De nombreuses autres études seront annoncées en 2020 contre le cancer, selon lui.