VIDEO. Clitoris, poils, culottes tachées… A Londres, le musée du vagin déconstruit les idées reçues sur le sexe féminin

REPORTAGE Le « Vagina Museum » a récemment ouvert ses portes dans la capitale britannique

Anissa Boumediene

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A Londres, le Vagina Museum s'attache à déconstruire les idées reçues et tabous autour du sexe féminin.
A Londres, le Vagina Museum s'attache à déconstruire les idées reçues et tabous autour du sexe féminin. — Isabel INFANTES / AFP
  • La ville de Londres compte un nouveau musée : le Vagina Museum.
  • Unique au monde, cet espace entièrement consacré au vagin est gratuit et accessible à tous.
  • 20 Minutes l’a visité et vous en dévoile les secrets.

A Londres,

Chemins pavés, façades en briques anciennes et boutiques à perte de vue. Bienvenue au marché de Camden Town, attraction londonienne et temple du shopping. C’est ici, entre une friperie, une boutique de souvenirs et juste après avoir humé les effluves qui s’échappent des stands de cuisines du monde qu’est niché le Vagina Museum. Portes grandes ouvertes, l’endroit est simplement indiqué par une sobre pancarte. Premier musée au monde entièrement consacré au sexe féminin, le Vagina Museum a récemment ouvert ses portes et tient la dragée haute à l'Icelandic Phallological Museum de Reykjavik, le musée du pénis situé en Islande. Le but : déconstruire les idées reçues et les tabous associés au sexe des femmes.

Abricot, berlingot, foufoune, zézette, chatte ou encore petite fleur ; peu importe le nom qu’on lui donne, au musée du vagin, tout, tout, tout, vous saurez tout sur la vulve ! 20 Minutes a visité ce temple dédié à la connaissance du sexe féminin et vous en dévoile les secrets et les impressions des visiteurs.

« J’ai pris conscience que je ne connaissais pas grand-chose au vagin »

Le ciel gris et la petite pluie fine n’ont pas découragé les curieux, nombreux à avoir le regard happé par ce lieu insolite. Un jeune couple passe devant, ralentit le pas, le temps de voir ce qu’il se passe à l’intérieur, avant de finalement continuer son chemin. Un autre prend la pose le temps d’une photo souvenir. Et ils sont nombreux à prendre un selfie devant le Vagina Museum. Nombreux aussi à se laisser tenter par une petite visite. Un groupe d’adolescents hispanophones ressort en gloussant, avec la mine espiègle de ceux qui ont l’impression d’avoir fait quelque chose de subversif.

En balade shopping à Camden Town Market, c’est par pur hasard qu’Adele et son amie, Italiennes, sont passées devant le Vagina Museum et ont décidé d’y faire un saut. L’endroit n’est pas très grand, mais abrite une montagne de savoir sur le sexe féminin. Créations arty et objets divers sont savamment répartis dans l’espace. Partout, aussi, de grands panneaux, chacun consacré à une idée reçue liée à l’intimité féminine. Règles, hygiène, contraception ou stéréotype de genre : tout y est abordé sans le moindre tabou. Pour les deux Italiennes, la visite n’a visiblement pas été vaine. « J’ai pris conscience que je ne connaissais pas grand-chose au vagin alors que je suis une femme, confie Adele. J’ai appris qu’utiliser un tampon pendant ses règles ne risquait pas de faire perdre sa virginité, alors que c’est quelque chose que j’ai toujours entendu ». Parmi les découvertes que chacune peut faire, Amy retient ce qu’elle vient d’apprendre sur le clitoris : « Je ne savais pas qu’il mesurait plus de 10 cm, je ne connaissais que la partie émergée de l’iceberg », plaisante la jeune femme.

Rappeler que chaque femme est « normale »

Lauren, étudiante londonienne, a découvert l’existence de ce musée sur les réseaux sociaux. « J’en ai entendu parler sur Instagram, je me suis dit que ce serait cool de venir voir. Et cet endroit est génial, s’enthousiasme la jeune femme. Désormais, je connais la différence entre la vulve, qui est la partie externe de nos organes génitaux et qui peut avoir un aspect différent d’une femme à l’autre, et le vagin, qui est la partie interne. Pour moi, tout ça c’était le vagin ! On découvre aussi la vérité à propos de tout un tas de mythes et d’idées reçues ». Un avis partagé par son amie Ellen : « J’ai appris que certaines filles utilisaient du soda pour nettoyer leur vagin après un rapport sexuel. C’est horrible ! »

Dans cet antre arty et ludique, plusieurs formes de vulves sont représentées en dessin. Lèvres plus ou moins grandes, pilosité : montrer la diversité de l’intimité féminine est un moyen de rappeler que chaque femme est « normale », là où les films pornos montrent des pubis lisses et dépourvus de poils, donnant parfois des complexes injustifiés à certaines. « J’ai découvert que de plus en plus de femmes subissent des labiaplasties [une opération chirurgicale consistant à raccourcir les petites lèvres], raconte Ellen. C’est choquant d’apprendre que certaines se convainquent d’être anormales au point de subir une chirurgie de l’intime ! C’est dangereux et inutile ».

« Je me disais que quelque chose clochait chez moi »

C’est pour cette raison qu’il est « important que les femmes apprennent à quoi ressemble leur intimité, insiste Jenna, venue exprès à Camden avec son amie Katie. Nous sommes nées avec cette vulve, pourtant je n’ai appris ce terme que cette semaine ! C’est capital que les femmes viennent ici, et les hommes aussi, pour mieux connaître leur partenaire ! Tout à l’heure, j’ai vu une mère qui visitait le musée avec sa fille et j’ai trouvé ça génial. Maintenant, je me sens plus à l’aise avec mon corps ». Même enthousiasme pour Katie : « J’aurais adoré qu’un tel endroit existe quand j’étais ado et que je me posais un million de questions. Ce n’est pas gênant, c’est instructif et drôle ».

Et parfois, même les découvertes les plus simples peuvent avoir des bienfaits immenses. En déambulant entre les panneaux, Katie s’arrête longuement devant un cadre renfermant des culottes comme tachées par de l’eau de javel. Un phénomène largement expérimenté par les femmes et qui s’explique par l’acidité des pertes vaginales. Quelque chose de « tout à fait normal » et « signe d’un vagin en bonne santé », apprend-on dans ce musée. « Jusqu’à présent, je me disais que quelque chose clochait chez moi en bas, que je devais avoir du sang ou des pertes bizarres, alors que ça fait partie du processus de nettoyage du vagin », explique Katie.

Une connaissance « libératrice »

Visiter le musée du vagin, c’est aussi l’occasion de s’interroger sur le rapport à son intimité, et la manière dont le sexe féminin est perçu. « La honte et la stigmatisation associées à cette partie du corps, ce n’est pas seulement quelque chose que je m’inflige, c’est aussi un sentiment que j’éprouve parce qu’il m’est infligé par le jugement que portent les autres sur le sexe féminin, et par le manque d’éducation sur ce sujet », médite Katie, pour qui une meilleure connaissance est « libératrice ».

Buisson, triangle, ticket de métro ou intégrale, on apprend que l’épilation du pubis, c’est comme on veut et si on veut. Parmi les idées reçues : le « mythe » selon lequel « les poils pubiens [des femmes évidemment] sont sales », alors qu’en « réalité : Il est plus hygiénique d’en avoir », peut-on lire sur l’un des panneaux exposés. « J’ai un partenaire très ouvert, mais j’ai toujours eu l’habitude de m’épiler, pour être sûre d’être "prête", indique Katie. Puis, j’ai commencé à apprécier cette partie de ma pilosité, à laisser repousser mes poils. Mon copain m’a dit : "mais je t’ai connu sans !". Je lui ai dit que je me sentais mieux ainsi, mais il avait quand même du mal à se faire à l’idée. Je lui ai rétorqué qu’il avait bien une barbe, qu’il ne la trouvait pas sale et estimait que c’était sa fourrure naturelle ! Eh bien, mes poils pubiens sont ma fourrure naturelle, expose la jeune femme avec humour. Il n’a pas lâché et m’a dit : "mais n’est-il pas plus hygiénique de ne pas avoir de poils ?" J’ai dû lui expliquer que non, les poils pubiens ont au contraire un effet protecteur contre les infections sexuellement transmissibles. Mais il ne m’a pas crue tout de suite. De sa part, c’est un manque d’information. Il faudra peut-être que je revienne ici avec lui ! »

Un musée arty… et gratuit

Au Vagina Museum, tout est fait pour apprendre les secrets du vagin sans s’en rendre compte, le musée remplissant sa fonction d’antre culturel. « J’ai adoré le tampon à paillettes ! La mise en scène est très cool, c’est une vraie expo », note Amy. « J’aime bien la façon dont est agencé ce musée, avec son ambiance décontractée, renchérit Katie. L’intimité féminine est une zone vulnérable, mais ici, c’est présenté comme quelque chose de sacré, qui ne devrait jamais être un tabou », poursuit la jeune femme.

Petit détail qui a son importance : l’accès au musée est gratuit. On entre librement, sans faire la queue et sans débourser la moindre livre (ici, c’est le pound qui a cours). « C’est bien que ce soit gratuit, parce que même si c’est très ludique et instructif, je ne sais pas si les gens sont prêts à payer pour visiter un musée qui ne parle que de vagin », estime Amy. Et « comme ça, beaucoup de jeunes femmes et d’ados peuvent découvrir facilement tous ces trucs hyper importants qu’on n’apprend pas à l’école », abonde son amie Ellen.

Celles et ceux qui sont prêts à sortir le porte-monnaie peuvent toutefois faire un don au musée, qui a d’ailleurs vu le jour grâce à une campagne de financement participatif. Enfin, les esprits coquins et audacieux pourront repartir avec un souvenir vendu à la boutique. En plus de stickers, de mugs et de tote bags figurant une vulve, il est possible de s’offrir une paire de pussy earrings, des boucles d’oreilles en forme… de vulve, évidemment !