VIDEO. Coronavirus : « Vous pouvez rassurer vos salariés, mais surtout, qu’ils ne s’approchent pas ! »

EPIDEMIE Une réunion publique a été organisée à Aix-en-Provence, près du site où sont confinés les rapatriés de Wuhan, dans l’espoir d’éteindre la psychose autour de ces personnes qui ont fui le coronavirus

Mathilde Ceilles

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Une réunion publique sur le coronavirus à Aix-en-Provence
Une réunion publique sur le coronavirus à Aix-en-Provence — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Une réunion publique a été organisée à Aix-en-Provence, près du site où sont confinés les rapatriés de Wuhan qui ont fui l’épidémie de coronavirus.
  • Les riverains et salariés du secteur craignent en effet pour leur santé et leur sécurité.
  • Les représentants de l’Etat ont tenté toutefois de mettre fin à la psychose, non sans mal.

« C’est la psychose depuis dimanche au village », confie Mirianne avec une certaine angoisse. Cette Aixoise vit dans le quartier des Milles, que tout le monde ici appelle « le village », à quelques encablures de la zone d’activités du même nom où sont implantées plusieurs entreprises​. La relative tranquillité habituelle des lieux a été perturbée ce week-end par un ballet inhabituel de CRS, de journalistes et de ministres, à deux pas de chez Mirianne.

C’est en effet là, dans cette zone à l’écart du centre-ville d’Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, que le gouvernement a décidé de placer ce dimanche en quarantaine 76 ressortissants français et étrangers, dont six mineurs et quatre femmes enceintes, qui ont fui l’épidémie de coronavirus qui touche la région de Wuhan, en Chine. L’Etat a réquisitionné pour l’occasion l’Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensops) du secteur, dans laquelle vont être confinés pendant quatorze jours ces rapatriés.

Ce mardi, à la demande de la maire LR d’Aix-en-Provence et candidate à sa succession, Maryse Joissains, pas franchement rassurée par la situation, une réunion publique avec les autorités a été organisée dans la matinée à l’espace des Vignerons, un amphithéâtre proche de l’Ensops.

Avec un mot d’ordre : rassurer les riverains, pas toujours des plus sereins face à ces rapatriés qui, même s’ils n’ont pas été diagnostiqués atteints par le coronavirus, font peur. Face, aussi, à cette maladie dont on sait peu de chose, si ce n’est qu’elle a causé à ce jour la mort de 427 personnes dans le monde.

« Le problème dans notre pays, c’est la grippe, pas le coronavirus »

Dès le début de son propos, le préfet des Bouches-du-Rhône Pierre Dartout assure d’ailleurs que des équipes sont allées ces derniers jours à la rencontre des riverains du site pour calmer les inquiétudes et répondre aux interrogations. « Vous pouvez considérer que le risque pour les populations environnantes est nulle, abonde de son côté Philippe de Mester, directeur général de l’ARS Paca. C’est important de le répéter. »

Et de lancer : « Le problème, actuellement dans notre pays, ce n’est pas le coronavirus. C’est la grippe qui fait 10.000 morts par an avec un taux de couverture vaccinale beaucoup trop faible. Le vrai problème qui occupe les hôpitaux, c’est la grippe qui va faire beaucoup de morts. Le coronavirus n’en fera certainement aucun ! » Et de préciser toutefois : « pour autant, la mise en quarantaine reste nécessaire car le coronavirus est un virus nouveau, dont on ne connaît pas les caractéristiques… »

« Vous pouvez rassurer vos salariés, mais, surtout, qu’ils ne s’approchent pas ! »

« Nous sommes dans une société juste à côté de l’Ensiops, témoigne Véronique Guimbal, responsable administrative de la petite entreprise Hélicoptères Guimbal voisine de l’Ensops. Nous n’avons pas eu de visite de l’Etat et nos salariés se sont vraiment inquiétés, car ils ont appris la nouvelle par la presse. Vendredi, ils voulaient user de leur droit de retrait. C’est très difficile pour nous. Les ressources humaines ont téléphoné au préfet et à la mairie mais n’ont eu aucune information. Quelles mesures de prévention doit-on mettre en place pour nos salariés ? Parce qu’aujourd’hui, ils sont inquiets ! »

« Il faudrait une liste, en liaison avec la mairie, des entreprises et des habitants autour, de façon à ce qu’ils reçoivent une visite le plus rapidement possible, réclame le préfet des Bouches-du-Rhône Pierre Dartout. Vous pouvez rassurer vos salariés. Mais surtout, qu’ils ne s’approchent pas ! »

Des riverains pas franchement rassurés

« Je ne trouve pas vos explications claires, et même parfois contradictoires, lance une riveraine dans la salle. Vous dites qu’il s’agit d’un virus qu’on ne connaît pas du tout et vous dites avec certitude qu’il n’y a pas de contamination. Vous dîtes être allé voir les riverains et ce n’est pas le cas. Vous dites qu’il n’y a pas de risque mais qu’il ne faut pas s’approcher ! Ça met des doutes… » « Il ne s’agit pas, Madame, de contradictions, rétorque Philippe de Mester. Il s’agit de mesures de prévention et de précautions maximales ! »

« Je ne suis pas vraiment rassurée, soupire, à l’issue de la réunion, Inès, une mère de famille riveraine du site qui déplore ne pas avoir, elle non plus, reçu de visite de l’Etat à son domicile. On apprend tout sur Facebook : l’arrivée de ces gens aux Milles, cette réunion publique… Ce n’est pas normal. Et ils ont un discours contradictoire. Ils nous mentent les yeux dans les yeux en disant qu’ils ont rendu visite aux riverains, ce qui n’est pas vrai… Alors ce n’est pas très rassurant. »

« A l’époque de Tchernobyl, on nous a dit que ça ne ferait rien »

« A l’époque de Tchernobyl, on nous a dit que ça ne ferait rien, et on a vu ce que le nuage a fait, peste Frédéric, un autre riverain. C’est déjà arrivé dans le passé que l’Etat nous mente… » « Ils ont essayé d’être rassurants, mais, sur certains points, je les sens mitigés, estime Sabrina. Je n’ai pas l’impression qu’ils ont toutes les informations… »

Selon des déclarations du préfet des Bouches-du-Rhône, une nouvelle réunion publique se tiendra lundi soir à Aix-en-Provence, tandis qu’une autre sera organisée ce vendredi à Carry-le-Rouet où vivent pour l’heure 224 ressortissants français de Wuhan placés ce vendredi et ce dimanche en quarantaine dans un centre de vacances. Le préfet s’est par ailleurs engagé à ce que l’ensemble des riverains du site soit visité dans les plus brefs délais.